‹ La terre avant le délugeChapitre 42 sur 75 · E.SALLE · texte numérisé non relu

E.SALLE

Mächoire de l’Alligator de l'ile de Wight. (1/3 G. N.)

Fig. 955.

Les Grenouilles datent de l’époque éocène. Voici, de gran-

PÉRIODE EOCÈNE. 297

deur nalurelle (fig. 256), la figure, donnée par Mayer, d'une grenouille et de son têtard, dont on a trouvé l'empreinte admirablement conservée dans le terrain éocène. M. Mayer désigne ce batracien sous le nom de Palacobatrachus gracilis.

Fig. 256. Grenouille fossile et son têtard. (G. N.)

On voit, en même temps, apparaître une multitude de mollusques nouveaux (Oliva, Triton, Cassis, Harpa, Crepidula, etc.). Les formes jusque-là inconnues des Schizaster se font remarquer parmi les échinodermes ; les zoophytes abondent, surtout les Foraminifères, qui semblent compenser par leur nombre l'infériorité de leurs dimensions. C’est alors que vivaient, au sein des mers et loin des rivages, les Nummulites, êtres inférieurs dont les enveloppes calcaires jouent un rôle considérable comme élément de quelques terrains tertiaires. Les coquilles agglomérées de ces mollusques composent aujourd'hui des roches très-importantes. Les Calcaires à Nummulites forment, dans la chaîne des Pyrénées, des montagnes entières; en Égypte, ils constituent des bancs fort étendus, et c'est avec ces roches que furent construites les anciennes pyramides. Que de temps n’a-t-il pas fallu pour que les dépouilles de ces petites coquilles aient fini par former des couches de plusieurs centaines de mètres d'épaisseur ! Les espèces de Mi-

liolites étaient aussi tellement abondantes dans les mers éocènes, qu'on doit à leur agglomération la plupart des roches calcaires qui ont servi à bâtir Paris. Ces coquilles, agglutinées de manière à former des roches continues, forment autour de Paris, à Gentilly, à Vaugirard et à Châtillon, des couches trèsétendues, qui sont exploitées comme carrières de pierre à bâtir.

Voici l’énumération de quelques espèces animales caractéristiques de l’époque éocène, outre celles que nous avons déjà signalées parmi les mammifères, les oiseaux et les reptiles,

Fig. 257. Rhombus minimus. {1/2G N.)

Poissons : Platax altissimus; — Rhombus ninimus (fig. 257.

Fig. 258. Cardita planicosta. (1/2 G. N.

. . Mollusques : Cardita plamcosta (fig. 258); — Cardua pectuncularis ; — Nerita Schmideliana ; — Cyclostoma Arnouldi

PÉRIODE EOCÈNE. 299

(fig. 259); — Helix hemispherica (fig. 260) ; — Physa colum-

Fig. 259. Fig. 260. Fig. 261.

Clyclostoma Arnouldi. Helix hemispherica. Physa columnaris. (G. N.) (G. N.) (1/2 G. N.)

naris (fig. 261); — Cyprœa elegans (fig. 262); — Crassatella

Fig. 262. Cypræa elegans. . Fig. 263. Fig. 264. Lymnea (Gros:ie 4 fois.) Typhis tubifer. (G. N.) longiscata. (G. N.)]

ponderosa ; — Typlus tubifer (fig. 263); — Lyma2a longiscata

Fig. 265, Fig. 266.

Cassis cancellata. (G. N.) Cerithium hexagonum. (G. N.}.

fig. 264); — Cassis cancellata (fig. 265); — Cerithium hexago-

num (fig. 266); — Cerithiun acutum, — mutabile, — lapr dum.

Échinodermes : Laganum reflexum (fig. 267).

à Fig. 267. Laganum reflexum. (1/2 G. N.)

Foraminifères : Nummulites lœvigata (fig. 268); — Nummulites planulata (ig. 269) ; — Nummulites scabra.

(Coupe verticale.) (Coupe horizontaie.) Fig. 26. Fig. 268. Nummulites lævigata. Nummulites planulata. (Grossie 2 fois.) {Grossie 10 fois.)

On voit sur la planche 270 une Vue idéale de la terre pendant la période éocène. On y remarque, en ce qui concerne la végétation, le mélange des espèces fossiles. avec celles des arbres de notre époque. Les Aunes, les Charmes, les Cyprès, etc., se mêlent aux Flabellaria, Palmiers d’une espèce disparue. Un grand oiseau échassier, le Tantalus, se tient à la pointe d’un rocher: des Tortues Trionyx nagent dans les eaux d’une rivière, au milieu des Nymphéas, des Nénufars et d’autres plantes aquatiques; tandis qu'un troupeau de Paléothé-

Fig. 270. Paysage idéal de la période éocene,

riums, d’Anoplothériums et de Xiphodons broute paisiblement l'herbe des prés sauvages de cette tranquille oasis.

Terrain éocène. Les roches formées pendant la période éocène sont parfaitement développées dans le bassin de Paris : aussi cet étage est-il quelquefois désigné sous le nom de terrain parisien. On le divise en trois assises principales : 1° l'argile plastique et les sables inférieurs; 2 le calcaire grossier ; 3° la formation gypseuse.

L’argile plastique constitue aux environs de Paris l'élément dominant du terrain éocène. Habituellement bigarrée, quelquelois grise ou blanche, elle est employée comme terre à poterie et à faïence. Ce dépôt semble avoir été formé principalement par les eaux douces. Il existe à sa base un conglomérati de craie et de calcaire divers, dans lequel on a trouvé, au Bas-Meudon, des débris de reptiles (Tortues, Crocodiles), de mammifères, et plus récemment ceux d’un oiseau gigantesque, le Gas:ornis, dont les proportions devaient surpasser celles de l’Autruche. Dans le Soissonnais, il existe à ce même niveau une grande masse de lignites renfermant quelques coquilles et les ossements du plus ancien pachyderme connu, le Coryphodon, qui tenait à la fois de l’Anoplothérium et du Cochon.

Les sables inférieurs constituent une puissante assise, principalement sableuse, qui renferme descouches d'argile calcarifère et des bancs de grès coquilliers. Ces roches, très-riches en coquilles, renferment beaucoup de Nummulites.

On désigne sous le nom de calcaire grossier un puissant étage marin, composé de calcaires de diverses sortes, en général d’un grain grossier, quelquefois compactes, qui sont propres à faire des pierres de taille et des moellons. Cette assise, qui forme le membre le plus caractéristique du bassin parisien, peut se subdiviser en trois groupes de couches, caractérisés, le premier par des Nummulites, le second par des Milliolites, le troisième par des Cérithes. Aussi leur donnet-on les noms de calcaire à Numimulites, calcaire à Milliolites et calcaire à Cérithes. Au-dessus se développe une grande masse, généralement sableuse, marine à la base et annonçant à sa partie supérieure des eaux saumâtres : on l’appelle sables

moyens ou grès de Beauchamp. Ces sables sont très-riches en coquilles.

La formation gypseuse consiste en une longue série de couches marneuses et argileuses, de couleur grisâtre, verte ou blanche, dans l'intervalle desquelles se trouve intercalée une puissante couche de gypse (sulfate de chaux). Sa plus grande épaisseur, en France, se trouve à Montmartre et à Pantin, près de Paris.

La formation de ce gypse, ou sulfate de chaux, est due probablement à l’action de l’acide sulfurique libre sur le carbonate de chaux des terrains. Cet acide sulfurique provenait lui-même de la transformation en acide sulfurique, par l’action de l'air et de l’eau, des masses gazeuses d'hydrogène sulfuré émanées de bouches volcaniques.

C’est, comme nous l’avons dit plusieurs fois, dans les carrières de gypse de Montmartre que l’on a rencontré une grande quantité d'ossements de Paléothérium et d’Anoplothérium. C’est exclusivement à ce niveau que l’on trouve ces animaux, qui ont été précédés par le Coryphodon, et ensuite par les Lophodon. L'ordre d'apparition successive de ces animaux est aujourd'hui parfaitement établi.

Nous venons d'expliquer qu’autour de Paris le terrain éocène se compose, de bas en haut, des assises de l’argile plastique, du calcaire grossier avec ses Nummulites et Milliolites, suivies de l'étage gypseux. La série se termine par les grès de Fontainebleau, si remarquables par leur puissance, comme par le paysage qu'ils constituent, sans compter leur emploi pour le pavage de la capitale. Nous ajouterons que dans la Provence la même série de terrain se continue, et prend une énorme puissance. Cette partie supérieure du terrain éocène y est d’ailleurs entièrement de formation lacustre. Nous allons en donner une idée.

D'abord viennent les calcaires et les marnes inférieures qui contiennent les beaux lignites dont l’exploitation se fait dans certaines parties du midi de la France, aussi activement que celle de la houille. Dans ces lignites on trouve des Anodontes et autres coquilles d'eau douce.

Depuis la base de la Sainte-Victoire jusqu’au delà d’Aix, s'étend un puissant conglomérat caractérisé par sa couleur

rouge, mais qui perd de son unité en se prolongeant vers l’ouest. Ce conglomérat renferme des Helix terrestres de diverses tailles, mêlées à des coquilles d’eau douce. Sur ce conglomérat, y compris ses marnes, reposent d’épais bancs calcaires avec les gypses d'Aix et de Manosque, que l’on croit correspondre à ceux de Paris. Quelques assises sont remarquablement riches en soufre. Les lames calcaires marneuses qui accompagnent les gypses d'Aix contiennent des insectes variés et des poissons ressemblant assez aux Lebias cephalotes, dontla figure 271 donne l’idée.

Enfin le tout se termine, à Manos-

que, par une nouvellesuite demarnes, degrèsentrecoupés de bancs calcaires avec Limnées et Pla- = norbes. Au bas de Fig. 271. Lebias cephalotes. cel étage on trouve trois ou quatre couches de lignite plus fusible et plus collant que la houille et qui donne une huile très-sulfureuse. On jugera de l'épaisseur de ce dernier étage si nous a]Joutons qu'’au-dessus des couches à lignite fusible on en compte une soixantaine d’autres de lignite sec, parmi lesquelles il en est quelques-unes qui seraient très-exploitables si cette partie de la Provence était dotée de voies de communication convenables.

C'est sur le continent que nous trouverons les caractères les plus frappants de la période qui va nous occuper. Jetons d’abord un regard sur la physionomie de sa végétation. Ce qui la distingue, c’est le mélange des formes végétales propres au climat brülant de l'Afrique équatoriale actuelle, avec des végétaux qui croissent aujourd'hui dans l'Europe tempérée, tels que les Palmiers, les Bambous, diverses Laurinées, des Combrétacées (T'erminalia), de grandes Légumineuses propres aux pays chauds (Phaseolites, Erythrina, Bauhinia, Mimosites, Acacia), des Apocynées analogues aux genres des résions équatoriales, une Rubiacée tout à fait tropicale (Steinhauera), se mêlant à des Érables, des Noyers, des Bouleaux, des Ormes, des Chênes, des Charmes, genres propres aux résions tempérées ou froides. ;

Outre les plantes que nous venons de citer, il y avait encore, pendant la période miocène, des Mousses, des Champignons, des Chara, des arbres verts, des Figuiers, des Platanes, des Peupliers.

« Pendant la seconde période de l’époque tertiaire, dit M. Lecoq dans sa Géographie botanique, les Algues et les Monocotylédones marines deviennent moins abondantes que dans la précédente, les Fougères diminuent encore, la masse des Conifères s’affaiblit et les Palmiers multiplient leurs espèces. Quelques-unes, déjà citées à l’époque précédente, semblent appartenir encore à celle-ci, et de magnifiques Flahelleria animent le paysage avec de beaux Phænicites qui se montrent pour la première fois. On remarque dans les Conifères des genres nouveaux, parmi lesquels on distingue le Podocarpens, cette forme australe du monde actuel. Presque toutes les familles arboreseentes ont des représentants : les Nupricinées, Bélulinées, Cupulinées, Ulmacées, Morées, Platanées, Salinées, Laurinées, Combrétacées, Calycanthées, Légumineuses, Anacardiées, Zanthoxylées, Juglandées, Rhamnées, Acérinées, Apocinées, Rubiacées, composent les forêts de cette époque, où pour la première

fois des types si différents sont réunis. Les eaux se couvrent de Nymphæa Arethusæ, Brongn., et du Myriophyllites capillifolius, Unger; le Culmites amomalus, Brongn., et le C. Gæœpperti, Munst., naissent à profusion sur leurs bords, et le grand Bambunistes sepultum les ombrage de ses longues tiges articulées; des espèces analogues décorent de nos jours les grandes rivières du nouveau monde. Une ombellifère est même indiquée par M. Unger : c’est le Pimpinellites zizioides.

« De cette époque datent des couches puissantes de lignite, résultat. de l'accumulation séculaire de tous ces arbres différents. Il semble que la végétation arborescente atteigne alors son apogée. Des Smilacites enlaçaient comme des lianes ces grands végétaux qui tombaient sur place de vétusté. Quelques parties de la terre nous offrent encore ces grandes. scènes de végétation. Elles ont été décrites par les voyageurs qui ont parcouru les régions tropicales, où souvent la nature déploie le luxe le: plus grandiose sous des rideaux de nuages qui ne permettent pas aux rayons du soleil de venir éclairer la terre. M. d'Orbigny en rapporte un exemple très-intéressant : « J'avais atteint, dit-il, une zone (Rio Chapu- « ré, Amérique du Sud) où il pleut régulièrement toute l'année. A peine: « apercçoit-on par intervalles les rayons du soleil à travers les rideaux de « nuages qui le voilent presque constamment. Cette circonstance, jointe « à la chaleur, donne un développement extraordinaire à la végétation. « Les lianes tombent de toutes parts en guirlandes du haut des arbres dont le sommet se perd dans la nue.

« Les espèces fossiles de cette période, aujourd’hui au nombre de 133, se rapprochent déjà de celles qui embellissent nos paysages. Déjà les. plantes équatoriales sont mélangées de végétaux des climats tempérés,. mais ce ne sont pas encore nos espèces. Les Chénes croissent à côté des. Palmiers, les Bouleaux avec les Bambous, les Ormes près des Laurinées,. les Érables sont unis aux Combrétacées, aux Légumineuses et aux Rubiacées tropicales. Les formes des espèces appartenant aux climats tem-— pérés sont plutôt américaines qu’européennes. »

Les animaux qui habitaient les continents pendant cette: période élaient des mammifères, des oiseaux et des reptiles. Beaucoup de mammifères nouveaux ont été créés depuis la période précédente : ce sont des singes, des chéiroptères (Chauves-souris), des carnassiers, des marsupiaux, des rongeurs. Citons comme espèces : les Singes Piüthecus antiquus et Mesopithecus, les Chauves-souris, les Chiens, les Coatis, qui habitent aujourd'hui le Brésil et la Guyane; les Ratons de l’Amérique du Nord, les Genettes, les Marmottes, les Écureuils, les Opossums ayant quelques rapports avec l’'Opossum des deux Amériques. Des Merles, des Moineaux, des Cigognes, des Flamants, des Corbeaux représentent la classe des oiseaux. Parmi les reptiles apparaissent les premières couleuvres, des

Grenouilles, des Salamandres. Les eaux douces étaient habitées par les Perches, les Aloses, Lebias, etc.

Mais c’est parmi les mammifères qu'il faut chercher les espèces animales les plus intéressantes de cette période. Elles sont nombreuses et remarquables par leurs dimensions ou leurs formes. C’est pendant la période miocène qu'ont apparu plusieurs genres de mammifères aujourd’hui éteints : les Palæomys, les Macrothériums, les Dinothériums aux défenses gigantesques, les Mastodontes aux formes massives. C'est aussi la date de la naissance des premiers représentants des genres Phoques, Ours, Felis, Rat, Castor, Tapir, etc., qui vivent encore aujourd'hui. Il y avait aussi des quadrumanes Singes), tels que le Pithecus antiquus et le Dryopithecus, qui appartenaient au groupe des Orangs-outangs et avaient presque la taille de homme; le Mesopithecus, singe de la plus petite taille, se rapprochant du Macaque et de la Guenon.

Nous ne parlerons ici, comme nous le faisons d’ailleurs dans tout le cours de cet ouvrage, que des espèces animales qui ont élé bien étudiées par les paléontologistes, et sur lesquelles on possède des renseignements certains. Ce sont, parmi les genres aujourd’hui éteints, le Dinothérium et le Mastodonte, el parmi les espèces encore vivantes, le Singe mesopithecus. Nous parlerons au même litre des ruminants fossiles découverts par M. Albert Gaudry dans le terrain miocène de Pikermi, en Grèce, et des oiseaux fossiles du terrain miocène de l'Auvergne, étudiés récemment par M. Alphonse Milne-Edwards fils.

Le Dinothérium est le plus grand des mammifères terrestres qui ait jamais vécu. Longtemps on ne posséda de cet animal que d’incomplets débris, qui conduisirent Cuvier à le ranger à tort parmi les Tapirs. La découverte d’une mâchoire inférieure, presque complète, armée d’une défense dirigée en bas, vint démontrer plus tard que cet être mystérieux était le type d’un genre nouveau et des plus singuliers. Toutefois, comme l’on connaissait des animaux de l’ancien monde dont les mâchoires supérieure et inférieure étaient toutes les deux garnies de défenses, on crut pendant quelque temps qu'il pourrait en être de même pour le Dinothérium. Mais, en 1836, on découvrit dans le gîte, déjà célèbre, d'Eppelsheim

PÉRIODE MIOCËÈNE. 309

grand-duché de Hesse-Darmstadt) une têle presque entière de Dinothérium, qui ne portait que les deux défenses de la

mâchoire inférieure.

En 1837, cette belle pièce (fig. 272) fut apportée à Paris,

et exposée, rue Vivienne, à la curiosité du public; elle avait 1",30 de longueur sur 1 mètre de largeur.Les défenses, énormes, étaient portées à l'extrémité antérieure du maxillaire inférieur, et recourbées en bas comme celles du Morse. Les dents molaires avaient beaucoup d'analogie avec celles des Tapirs.

De grands trous sous-orbitaires, joints à la forme du nez, rendent probable l'existence d’une trompe.

Fig. 272. Tête du Dinothérium.

L'os le plus remarquable qu'on ait trouvé du Dinothérium est une omoplate, qui rappelle par sa forme celle de la Taupe.

Page 1