‹ La terre avant le délugeChapitre 48 sur 75 · Commentarii Academiæ Petersburgicæ, tome XVIT · texte numérisé non relu

Commentarii Academiæ Petersburgicæ, tome XVIT

existe probablement une mine plus haut, près de ce fleuve. Le ruisseau de Kemtendoï, qui avoisine une montagne entière de sélénite et de sel gemme, et celle-ci une montagne d’albâtre, est à plus de trois cents verstes, en remontant le Viloui, du lieu où l’on a trouvé ce rhinocéros, On voit près du fleuve un monticule en face de cette place. Elle a quinze toises d’élévation, et, quoique sablonneuse, elle présente des couches de pierre meulitre. Le corps du rhinocéros a dû être enterré dans un gros sable graveleux, près de cette colline ; la nature du sol, qui est toujours gelé, a dû l’y conserver. La terre ne dégèle jamais à une grande profondeur près du Viloui. Les rayons du soleil amollissent le sol à deux aunes de profondeur dans les places sablonneuses élevées. Les vallons, où le sol est moitié sable et moitié argile, sont encore gelés à la fin de l'été, à une demi-aune de leur surface. Sans cela, la peau de cet animal et plusieurs de ses parties n'auraient pas pu se conserver aussi longtemps. Cet animal n’a pu être transporté des pays méridionaux dans les contrées glaciales du Nord qu’à l’époque du déluge. Les chroniques les plus anciennes ne parlent d’aucuns changements plus récents dans le globe auxquels on puisse attribuer la cause de ces débris de rhinocéros et des os d’éléphant dispersés dans toute la Sibérie!. »

Dans l'extrait qui précède des Voyages de Pallas, l'auteur, pour ne pas se répéter, nous dit-il, renvoie le lecteur à un mémoire publié par lui antérieurement, et inséré dans les mémoires (Commentarii) de l'Académie de Saint-Pétersbourg. Ce mémoire, écrit en latin, comme tous les travaux de l’ancienne Académie de Pétersbourg, n’a jamais été traduit. Nous allons en donner la traduction.

Le mémoire de Pallas a pour titre : Sur quelques animaux de la Sibérie. Après quelques considérations générales, l’auteur raconte ainsi les circonstances de la découverte du Rhinocéros fossile :

« Arrivé à lakoustk, au mois de mars de l’année 1772, une des premières choses curieuses qui me furent présentées, ce fut la tête fossile d’un animal énorme, encore pourvue de sa peau naturelle, et à laquelle adhéraient même de nombreux restes de muscles et de tendons. A sa forme et à ce qui restait des cornes, je reconnus sur-le-champ une tête de Rhinocéros. Frappé d’un fait si étrange, mais encore dans le doute, je fus bientôt confirmé dans mon opinion, quand on me montra aussi les pieds de l'animal, dont la partie de derrière était entière jusqu’au fémur. On voyait encore l'extrémité antérieure de ce pied. On reconnaissait dans tout cela non-seulement les traits caractéristiques du Rhinocéros, mais encore la peau, et, qui plus est, les fibres les plus grosses des chairs durcies.

« Ces restes me furent donnés par Son Excellence le gouverneur de

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