Commentarii Academiæ Petersburgicie
un grand nombre de reptiles vivaient encore sur les continents, bien que cette classe d'animaux eût beaucoup perdu du rôle important qu'elle jouait à l’époque secondaire.
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Fig. 305. Sivatherium restauré.
De tous les reptiles qui appartiennent à la période pliocène, un seul nous occupera : c’est [a Salamandre. Nos Salamandres actuelles sont des batraciens amphibies, à la peau nue, qui ont à peine une longueur de 50 centimètres ; la Salamandre dé l'époque tertiaire avait les dimensions d’un Crocodile.
La découverte de la Salamandre fossile a valu à l’histoire de la géologie une page assez piquante, dont nous ne priverons pas nos lecteurs. Le squeletle de ce Reptile a été longtemps considéré comme celui d’une victime humaine du déluge (homo diluvii testis). I fallut tous les efforts de Camper et de Cuvier pour rayer ce préjugé de l'esprit du vulgaire et de celui des savants.
Sur la rive droite du Rhin, non loin de Constance, un peu au-dessus de Stein, et près du village d’OEningen, en Suisse,
existent de belles carrières de calcaire schisteux. En raison des produits variés qu’elles renferment, ces carrières, qui appartiennent à l’époque tertiaire, ont été plusieurs fois décrites par les naturalistes, entre autres par Horace de Saussure, dans le troisième volume de ses Voyages dans les Alpes.
En 1725, on trouva dans ces carrières, incrusté dans un bloc, un squelette, remarquablement conservé. Scheuchzer, célèbre naturaliste suisse, qui alliait à $es études scientifiques les travaux du théologien, fut appelé pour prononcer sur la nature de cette relique des anciens âges. Il crut reconnaitre dans ce squelette celui d’un homme, et sa conviction sur ce point se traduisit bientôt par les élans d’un vérilable enthousiasme. En 1726, il donna, dans les Transactions philosophiques de Londres, la description de ces restes fossiles, et en 1731 il en fit l’objet d’une dissertation spéciale, qui avait pour titre : Homo diluvii testis (V Homme témoin du déluge). Gette dissertation élait accompagnée de la figure sur bois de l'Homme témoin du déluge. Scheuchzer revint sur ce sujet dans un autre de ses ouvrages, Physica sacra*.
« Il est certain, écrivait-il, que ce schiste contient une moitié, ou peu s’en faut, du squelelte d’un homme; que la substance même des os, et, qui plus est, des chairs et des parties encore plus molles que les chairs, y Sont incorporées dans la pierre; en un mot, que c'est une des reliques les plus rares que nous ayons de cette race maudite qui fut ensevelie sous les eaux. La figure nous montre le contour de l'os frontal, les orbites avec les ouvertures qui livrent passage aux gros nerfs de la cinquième paire. Où y voit des débris du cerveau, du sphénoïde, de la racine du nez, un fragment notable de l'os maxillaire, et des vestiges du foie. »
Et notre pieux auteur de s’écrier, en prenant cette fois la forme lyrique :
D'un vieux damné déplorable charpente, Qu'à ton aspect le pécheur se repente?!
Le lecteur à sous les yeux la figure du fossile du schiste d'OEningen (fig. 306). Il est évidemment impossible de trouver
1. Bible en estampes où la physiologie (physica sacra) des merveilles naturelles mentionnées dans les saintes Écritures se trouve expliquée et démontrée par J. F. Scheuchzer; Ulm, 1731.
2° Betrübles Beingerust von einem altem Sunder
Erweiche, Stein, das Herz der neuen Bosheitskinder.
dans ce squelette ce que voulait y voir l’enthousiaste savant, -et l'on peut apprécier par cet exemple à quelles erreurs peu
Fig. 306. Andrias Scheuchzeri. (1/5 G,. N.)
vent quelquefois conduire l'aveuglement d’une opinion préconçue’et l’esprit de système. Comment un naturaliste aussi
éminent que Scheuchzer pouvait-il trouver dans cette tête énorme et dans ces membres supérieurs la moindre ressemblance avec les parties osseuses de l’homme ?
Le Préadamite (prédécesseur d'Adam), l'Homme témoin du déluge, fit grand bruit en Allemagne, et personne n’osa contester l’opinion émise par le naturaliste suisse, sous sa double autorité de théologien et de savant. C’est ainsi que, dans son Traité des pétrifications, publié en 1758, Gesner décrit avec admiration le fossile d'OEningen, qu'il attribue, avec Scheuchzer, à l’homme antédiluvien.
Pierre Camper fut le seul qui osa s'élever contre l’opinion alors universellement professée en Allemagne. S'étant iransporté à OEningen, en 1787, pour y étudier le célèbre animal fossile, il n'eut pas de peine à se convaincre de l’erreur de Scheuchzer. Il reconnut que ce squelette était celui d’un reptile. Camper lui-même se {trompa néanmoins sur la famille de reptiles à laquelle il fallait rapporter le prétendu témoin du déluge ; il le prit pour un saurien. « Un lézard pétrifié, écrivit Camper, peull passer pour un homme! »
C'est à Cuvier qu'il appartenait de ranger dans sa véritable famille le fossile d'OEningen. Dans un mémoire sur ce sujet, Cuvier démontra que ce squelette avait appartenu à un de ces batraciens amphibies qui portent le nom de Salamandre.
« Prenez, disait Cuvier dans ce mémoire, un squelette de salamandre et placez-le à côté du fossile, sans vous laisser détourner par la différence de grandeur, comme vous le pouvez aisément en comparant un dessin de salamandre de grandeur naturelle avec le dessin du fossile réduit au sixième de sa grandeur, et tout s’expliquera de la manière la plus claire.
« Je suis persuadé même, ajoutait notre grand naturaliste dans une édition postérieure de ce mémoire, que si l’on pouvait disposer du fossile, et y chercher un peu plus de détails, on trouverait des preuves encore plus nombreuses dans les faces articulaires des vertèbres, dans celles de la mâchoire, dans les vestiges de très-pelites dents, et jusque dans les parties du labyrinthe de l'oreille. »
Et il invitait les propriétaires ou dépositaires du précieux fossile à procéder à cet examen.
Notre grand naturaliste eut la satisfaction de faire lui-même l'examen qu'il demandait pour la confirmation de ses vues. Se trouvant à Harlem, il demanda au directeur du Musée de
faire creuser la pierre qui contenait le prétendu homme fossile, afin d’y mettre à découvert les os qui pouvaient encore y rester cachés. L'opération se fit en présence du directeur du Musée et d’un autre naturaliste. Un dessin du squelette de la Salamandre avait été placé près du fossiie, par Cuvier. Il eut la satisfaction de reconnaitre qu’à mesure que le ciseau creusait la pierre, quelqu'un des os que ce dessin avait annoncés d'avance apparaissait au jour.
Dans les sciences naturelles, il y a peu d'exemples de triomphe aussi éclatant, il y a peu de démonstrations aussi frappantes de la certitude des méthodes d'observation et d’induction sur lesquelles repose la paléontologie.
Pendant la période pliocène, des oiseaux d'espèces trèsnombreuses, et qui vivent encore de nos jours, animaient les immenses solitudes que l’homme ne remplissait pas encore : des Vautours, des Aigles, des Cathartes, parmi les rapaces ; et parmi les autres genres d'oiseaux, des Goëlands, des Hirondelles, des Pies, des Perroquets, des Faisans, des Coqs, des Canards, etc.
Jetons un coup d'œil sur la Faune marine de la période pliocène.
C'est pendant cette période que les mers se sont peuplées en plus grande abondance de Cétacés, ou mammifères marins. Le genre Dauphin (famille des Célacés) vivait dans la période précédente.
Les Baleines que l’on trouve dans les terrains correspondants à la période éocène, différaient peu des Baleines actuelles ; mais les observations que l’on à pu faire sur ces gigantesques débris des animaux de l’ancien monde, sont trop peu nombreuses pour que l’on ait pu en tirer une conclusion précise. Il est certain toutefois que les Baleines fossiles diffèrent de la Baleine actuelle par les os du crâne.
La découverte d’un énorme fragment de Baleine fossile, faite à Paris en 1779, dans la cave d’un marchand de vin de la rue Dauphine, fit une certaine sensation. La science prononça sans trop d’hésitation sur la véritable origine de ces ossements; mais le public eut quelque peine à comprendre l'existence d’une Baleine dans la rue Dauphine.
C'est en faisant pratiquer des fouilles dans sa cave que le marchand de vin fit la découverte dont il s’agit. On rencontra sous la pioche, enfouie dans une argile jaunâtre, une énorme pièce osseuse. L'extraction complète de ce morceau eût présenté de grandes difficultés. Peu empressé de pousser plus loin ses recherches, notre homme se contenta de faire enlever, à l’aide du ciseau, une portion de cet os monstrueux. La pièce ainsi détachée pesait à elle scule 227 livres. Elle fut exposée chez le marchand de vin, où un grand nombre de curieux vinrent la voir.
Un naturaliste de cette époque, Lamanon, qui l’examina, conjectura qu'elle appartenait à la tête d’un cétacé. Quant à la pièce elle-même, elle fut achetée pour le musée de Teyler, à Harlem, où elle est encore.
Il n'existait au Muséum d'histoire naturelle de Paris qu’une copie de l’os du cétacé de la rue Dauphine, qui a recu le nom scientifique de Balænodon Lamanoni. L'examen de cette figure conduisit Cuvier à reconnaître que cet os à appartenu à une espèce de Baleine antédiluvienne, qui différait non-seulement des espèces vivantes, mais encore de toutes les espèces connues jusqu'ici.
Depuis l'observation de Lamanon, d’autres ossements de Baleine ont été découverts dans le sol de différents pays, mais les études de ces fossiles ont toujours laissé à désirer. En 1806, une Baleine fossile fut déterrée à Monte-Pulgnasco par M. Cortesi: une autre fut trouvée en Écosse. En 1816, on découvrit également de nombreux os du même animel dans une petite vallée formée par un ruisseau se rendant à la Chiavane, l’un des affluents du Pô. Mais aucune étude rigoureuse ne fut entreprise au sujet de ces ossements.
Heureusement, des découvertes récentes ont mis à jour dans les terrains tertiaires, des parlies complètes de squelettes de Baleine et de Dauphin fossiles. Le Journal de zoologie de M. Paul Gervais a donné la description de squelettes presque entiers de Baleine et de Dauphin, trouvés dans le tercain tertiaire. Les planches 307 et 308 représentent ces deux grands animaux fossiles.
Cuvier a établi parmi les cétacés fossiles un genre particulier qu'il désigne sous le nom de Ziphius. Les animaux qui
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