Pline, loc. cit.; Aulu-Gelle, lib. XVI, cap. x
&. Phlégon, De mirabil., cap. xvi.
ginaires, rassemblés dans ces recueils, peuvent s'expliquer par la découverte accidentelle d'os d'Éléphants, plutôt que de tout autre animal de notre époque ou de l’ancien monde.
On trouve répétée dans la Gigantologie l'histoire du prétendu géant découvert, au quatorzième siècle, à Trapani, en Sicile, dont parle Boccace, et qu’on ne manqua point de prendre pour Polyphème; ainsi que l’histoire du géant trouvé, au seizième siècle, selon Fasellus, dans les environs de Palerme. Le même auteur cite d’autres parties de la Sicile, comme Melilli, entre Leontium et Syracuse, Carine, à 12 milles de Palerme, Calatrasi, Petralia, elc., où l’on déterra des os de géants.
Le P. Kircher parle de trois autres débris de géants trouvés en Sicile, et dont il ne restait de bien complet que les dentst.
En 1577, un ouragan ayant déraciné un chêne, près du cloitre de Reyden, dans le canton de Lucerne, en Suisse, de grands ossements furent mis à nu. Sept années après, le célèbre médecin Félix Plater, professeur à Bâle, s'étant rendu à Lucerne, examina ces os, et déclara qu'ils ne pouvaient provenir que d’un géant. Le conseil de Lucerne consentit à lui envoyer ces ossements à Bâle, pour qu'il les soumit à un examen plus approfondi. Plater crut pouvoir attribuer au géant de Lucerne une taille de 19 pieds. Il fit dessiner un squelette humain sur cette proportion, et renvoya le dessin à Lucerne, avec les os°.
De tous les os du géant de Lucerne il ne restait plus, en 1706, qu'une portion d’omoplate et un fragment du carpe. L’anatomiste Blumenbach, qui les vit au commencement de notre siècle, les reconnut parfaitement pour des os d'Éléphant.
Nous ne devons pas manquer d'ajouter, comme complément de cette histoire, que les habitants de Lucerne ont adopté, depuis le seizième siècle, l’image de ce prétendu géant comme support de leurs armes. Il est maintenant établi que ce prétendu géant n’était qu’un Mammouth. Ainsi les Lucernois ont fait, sans le savoir, ce qu'ont faitavec connaissance de cause,
1. Mundus subterraneus, lib. VIII, cap. x1v, p. 39. 2. Ce dessin de Félix Plater se voit encore aujourd’aui à Lucerne, dans l’ancien collége des Jésuites.
les habitants de Berne: l’ours des armes parlantes de la ville de Berne est le pendant du Mammouth des armoiries de Lucerne.
La littérature espagnole conserve le récit de beaucoup d’histoires de géants, déclarés tels au seul examen de leurs os. La prétendue dent de saint Christophe, que lon fit voir à Louis Vivès, à Valence, dans l’église de Saint-Christophe, n’était certainement qu'une molaire d'Éléphant fossile. Il ne faut pas trop s'étonner d’ailleurs de voir, aux premiers siècles du christianisme, des ossements d'Éléphant pris pour des reliques de saints, car ce genre d'erreur s’est prolongé jusqu'aux confins de notre siècle. En 1789, les chanoines de Saint-Vincent faisaient promener processionnellement dans les rues et dans la campagne, pour obtenir de la pluie, un prétendu bras de saint, qui n’était autre que le fémur d’un Éléphant fossile.
En 1456, sous le règne de Charles VIT on vit de ces prétendus os de géants apparaitre sur le lit du Rhône. Le même phénomène se reproduisit sur les bords de ce fleuve, près du bourg de Saint-Peirat, vis-à-vis de Valence. Le Dauphin, depuis Louis XI, qui résidait alors à Valence, fit recueillir ces os; on les porta à Bourges, où ils restèrent longtemps exposés à la curiosité publique, dans l’intérieur de la Sainte- Chapelle.
Vers 1564, une découverte semblable eut lieu aux environs de la même ville de Valence. Deux paysans apercurent, sur les bords du Rhône, le long d’un talus, de grands os qui sortaient de terre. Ils les portèrent au village voisin, où ils furent examinés par Cassanion, qui demeurait à Valence. C’est sans doute à ce propos que Cassanion écrivit son Traité des géants'. La description donnée par l’auteur?, d’une dent de <e prétendu géant de Valence, suffit, selon Cuvier, pour prouver qu'elle appartenait à un Éléphant : elle avait un pied de longueur et pesait huit livres.
C’est aussi sur les bords du Rhône, mais en Dauphiné, que fut trouvé, sous Louis XIII, le squelette du fameux Teutobocchus, dont nous avons parlé dans le précédent chapitre, à propos du Mastodonte.
1. De gigantibus, auctore J. Cassanione Monostroliense. Basil., 1380. 2. Page 62.
En 1663, Olto de Guericke, l’illustre inventeur de la machine pneumatique, fut lui-même témoin, aux environs de Quedlinbourg, de la découverte d'os d’Éléphant enfouis dans un calcaire coquillier. On y trouva d'énormes défenses, qui auraient dû suflire à établir leur origine zoologique. On les prit pour des cornes, et l’illustre Leibniz composa, avec ces débris, un animal étrange, portant une corne au milieu du front, et à chaque mâchoire une douzaine de dents molaires longues d’un pied. Après avoir fabriqué ce fantastique animal, Leibniz le baptisa du nom d’Unicornu fossile. Dans la Protogée de Leïbniz, ouvrage très-remarquable, d’ailleurs, comme le premier essai d’une théorie de la formation de la terre, on trouve la description et le dessin de cet être imaginaire.
Pendant plus de trente ans on a cru, en Allemagne, à l'Unicornu fossile de Leibniz. Il ne fallut rien moins, pour faire renoncer à cette idée, que la découverte, faite en 1696, dans la vallée de l’Unstrutt, du squelette entier d’un Mammouth, qui fut reconnu pour appartenir à cette espèce par Tinzel, bibliothécaire du duc de Saxe-Gotha, non toutefois sans une vive controverse contre des adversaires de tout genre.
En 1700, un soldat wurtembergeois remarqua par hasard quelques os qui se montraient hors de terre, dans un sol argileux de la ville de Canstadt, non loin du fleuve Necker. Le due régnant, Everard Louis, à qui l’on avait adressé un rapport à ce sujet, fit exécuter sur ce point des fouilles, qui durèrent plus de six mois. On découvrit là un véritable cimetière d’Éléphants : il y avait plus de soixante défenses. On garda les os entiers; quant aux débris, on les abandonna à la pharmacie de la cour. Les soixante défenses figuraient parmi ces débris jugés sans valeur. On ne sut tirer autre chose de ces ossements qu'un vulgaire remède. Au siècle dernier on administrail, en Allemagne, comme médicament, les ossements fossiles d’Ours, qui sont assez abondants dans ce pays : c’est ce que l’on appelait alors Licorne fossile. Les magnifiques défenses des Mammouths trouvées à Canstadt servirent donc à combattre la fièvre ou la colique. Quel être intelligent que ce pharmacien de la cour de Wurtemberg !
On a fait, dans le dix- huitième siècle, un grand nombre de découvertes semblables à celles qui viennent de nous occuper.
Ces récits nous entraîneraient trop loin. Le progrès des sciences naturelles ne permettait plus alors des méprises aussi grossières que celles que nous avons rapportées; ces ossements furent donc bien reconnus comme propres à l'Éléphant. Mais l’érudition vint se mettre de la partie, et elle réussit à obscurcir une question parfaitement claire. Il fut donc déclaré que les ossements trouvés en Italie, en Allemagne et en France provenaient des Éléphants qu’Annibal avait amenés de Carthage à la suile de son armée, dans son expédition contre les Romains. La considéralion qui va suivre paraissait particulièrement triomphante aux veux de ces savants terribles. La partie de la France où l’on a trouvé le plus anciennement des os d'Éléphant est située aux environs du Rhône, et par conséquent dans les lieux où le général carthaginois, et plus tard Domitius OEnobarbus, conduisirent leurs armées, que suivaient un certain nombre d’Éléphants armés en guerre.
Cuvier a pris la peine de réfuter cette objection, bien insignifiante aujourd'hui. Il faut lire dans son ouvrage sa dissertation savante sur le nombre d'Éléphants qui pouvaient rester à Annibal quand il pénélra dans les Gaules".
La meilleure manière de réfuler l'argument étrange élevé par les érudits du commencement de notre siècle, c’est de montrer la prodigieuse diffusion des ossements d’Éléphants fossiles, non-seulement dans l'Europe, mais dans le monde entier. Il n’est pas de région du globe dans laquelle on n'ait trouvé de ces débris. Dans le nord de l’Europe, dans la Scandinavie et l'Irlande; dans le centre de l’Europe, l'Allemagne, la Pologne et la Russie moyenne; dans le midi, en Grèce, em Espagne, en Italie; en Afrique, en Asie, dans le nouveau monde, presque partout, en un mot, on à trouvé et l’on trouve encore des défenses, des dents molaires et des ossements de Mammouth. Ce qu'il y a de plus singulier, c’est que ces débris existent surtout en grand nombre dans les parties septentrionales de l’Europe, dans les régions glacées de la Sibérie, lieux qui seraient tout à fait inhabitables pour léléphant de nos jours.