Reliquiz diluvianæ, in
infiltrées du dehors à l’intérieur de la caverne. Les stalactites et les stalagmites calcaires ornent les parois de ces antres ténébreux des plus brillants et des plus pittoresques décors.
Sous le revêtement stalagmitique, le sol de ces cavités offre. fréquemment des dépôts limoneux et ferrugineux. C’est en creusant le sol de ces cavernes que l’on découvre les ossements d'animaux antédiluviens, mêlés de coquilles, de fragments de roches et de cailloux roulés.
La distribution des os au milieu des limons argilo-graveleux est aussi irrégulière que possible. Les squelettes ne sont presque jamais entiers; les os ne sont même pas rapprochés dans leur position naturelle, d’après les animaux auxquels ils ont appartenu. On trouve des ossements de petits rongeurs accumulés dans le crâne d’un grand carnassier; des dents d’Ours, d'Hyène, de Rhinocéros sont cimentées avec des cubitus ou des mâchoires de ruminant. Les os sont très-souvent usés et roulés, comme ils le seraient s'ils avaient subi un: transport à très-grande distance; d’autres sont fissurés ; certains néanmoins sont à peine altérés. Leur état de conservalion varie avec la situation géographique des cavernes.
Les ossements que l’on trouve le plus fréquemment dans les cavernes proviennent des carnassiers de l’époque quaternaire (Ours, Hyène, Lion, Tigre, etc.). Les animaux des plaines, et notamment les grands pachydermes (Mammouth, Rhinocéros), ne s’y rencontrent que très-rarement, et toujours en petit nombre. De la caverne de Gaiïlenreuth on a extrait plus de mille squelettes, dont huit cents de la grande espèce d’Ursus spelœus et quatre-vingts de la petite espèce, et deux cents d'Hyènes, de Loups, de Lions, de Gloutons. Dans la caverne de Kirkdale on a découvert des débris d'environ trois cents Hyènes, appartenant à des individus de différents âges. On ya trouvé aussi des os de Loup, de Lièvre, de Rat d’eau et d’oiseaux, mêlés à ceux de quelques herbivores. Buckland constata que les os autres que ceux d’Hyènes avaient été rongés; il reconnut la présence de nombreux coprolithes d'Hyènes, ainsi que les traces du passage fréquent de ces animaux à l'entrée de la grotte.
Buckland conclut de ces remarques que les Hyènes seules avaient habité ces repaires, et que ces animaux accumulaient
dans les cavernes, pour s’en repaitre, les cadavres d’herbivores dont on y retrouve les débris. Faisons toutefois remarquer que l'opinion du géologue anglais ne saurait être généralisée. Dans le plus grand nombre des cavernes, les os des mammifères sont brisés, usés par le frottement d’un long transport, roulés, selon l'expression géologique, enfin cimentés par un même limon et avec les fragments des roches de la contrée voisine. À cîté d’ossements d'Hyènes, on trouve nonseulement des os d’herbivores inoffensifs, mais encore des restes de Lions et d'Ours. Toutes ces circonstances se réunissent pour établir que les os qui remplissent les cavernes ont été entraînés, pêle-mèêle, dans ces anfractuosités par le rapide courant des flots diluviens. Les grottes ossifères se trouvent le plus souvent vers l'entrée des vallées, dans les plaines, ou à une hauteur qui ne dépasse jamais les limites du phénomène diluvien. Il est donc à supposer que, dans le plus grand nombre des cas, les animaux, surpris et tués par des torrents impétueux et soudains, ont été entraînés et engloutis dans les cavernes que le flot rencontrait sur son passage en balayant la terre. Les os ont été ensevelis, de cette manière, dans le limon diluvien.
Nous devons signaler, pour être complet, une explication qui a été donnée de la présence des ossements dans les cavernes. Quelques géologues ont prétendu lque ces antres avaient servi de refuge à des animaux blessés ou malades. Il est certain que l’on voit, de nos jours, des animaux malades ou mortellement atteints se réfugier dans des fissures de rochers ou dans des creux de troncs d'arbres, pour y mourir, et c'est pour cette raison que l’on trouve si rarement des squelettes d'animaux en plein champ ou dans les forêts. Cette circonstance peut s'être présentée quelquefois. Concluons, en définitive, qu’outre le mode de remplissage le plus général des cavernes à ossements, qu'il faut, comme nous venons de le dire, attribuer au courant des eaux diluviennes, les deux autres causes de remplissage que nous avons énumérées, c’est-à dire le séjour habituel des animaux carnassiers et destructeurs ou la retraite des animaux malades, peuvent être invoquées dans quelques cas particuliers.
Quelle est l’origine géologique des cavernes? Comment ont
pu se produire ces immenses excavations? Nous les considérons, avec beaucoup de naturalistes modernes, comme des fentes ou fractures du globe produites par le grand phénomène géologique ordinaire, c'est-à-dire par l'effet du refroidissement terrestre. Ces fentes ou fractures sont d'ordinaire remplies par l'injection de matières ignées lancées de l’intérieur, et qui viennent combler ces immenses vides. Par une circonstance particulière, ces fentes ne sont pas comblées; la matière centrale du globe nest pas venue les remplir, de sorte que ces énormes boursouflures sont restées vides à l’intérieur de la terre. Il n’est pas inutile de faire remarquer, pour appuyer cette hypothèse, que presque toutes les cavernes se rencontrent dans des contrées qui ont élé Le théâtre de dislocations et sont creusées dans le calcaire. Ce sont particulierement les terrains jurassique et néocomien qui offrent de vastes cavernes.
Ainsi l’une des plus belles assurément que l’on puisse signaler en France, est celle qui porte le nom de Grotte des Demoiselles qui fait partie du calcaire oxfordien de la Roque, près de Ganges (Héraull).
Il faut ajouter, pour donner l'explication complète de la formation des cavernes, que la plupart de ces vastes excavations internes du sol ont été agrandies par des courants d'eaux souterraines qui en ont érodé les parois, et ont beaucoup augmenté de celte manière leurs dimensions primitives.
Les cavernes à ossements les plus célèbres sont celles de Gailenreuth, en Franconie (Bavière), que nous représentons ici (fig. 343): celles de Nabeustein et de Brumberg, dans le même pays; celles du Hartz et des environs de Liége; celles du Yorkshire, du Devonshire et du Berbyshire, en Angleterre ; de Palerme et de Syracuse, en Sicile. I] faut citer, en France, celles de Lunel-Viel (Hérault), des Cévennes, de la Franche- Comté, etc.
Brèches osseuses. — Les brèches osseuses ne diffèrent des cavernes que par leur forme. Ce sont des amas conglomérés, composés de débris de diverses roches et d’os, cimentés par un limon calcaire, et qui remplissent des boyaux ou des fissures des terrains. La plupart des brèches osseuses qui exister en Europnc sont disposées comme une sorte de ceinture
LES DELUGES D'EUROPE. hu]
autour de la Méditerranée : ce qui indique bien qu’elles sont toutes rattachées à une même fente du globe. Les brèches
Fig. 343. Coupe verticale de la caverne de Gailenreuth en Franconie (Bavière).
osseuses les plus remarquables se voient à Cette, à Antibes, à Nice, sur les côtes de l'Italie, aux îles de Corse et de Sardaigne, etc.
Lh2 ÉPOQUE QUATERNAIRE.
On rencontre à peu près dans les brèches osseuses les mêmes ossements que dans les cavernes; seulement les débris fossiles des ruminants y sont en plus grande abondance. Les mêmes ossements se trouvent dans les brèches osseuses des côtes de la Méditerranée, ce qui doit faire présumer qu'elles ont dû se former en même temps et de la même manière.
La proportion des ossements aux fragments de pierre et au ciment varie, dans les brèches osseuses, suivant les localités. Dans les brèches de Cagliari, où les débris de ruminants sont moins abondants que dans celles de Gibraltar et de Nice, les ossements les plus connus, et qui appartiennent à de petits rongeurs, sont, pour ainsi dire, plus abondants que le limon qui les empâte. On y a trouvé trois ou quatre espèces d’oi-, seaux, que l’on a rapportées aux genres Merle et Alouette. On a trouvé dans les brèches de Nice les restes de quelques grands carnassiers, parmi lesquels Cuvier à signalé deux espèces voisines du Lion et de la Panthère. À San Siro, en Sicile, les brèches ont offert les os d’une espèce de Chien.
Mais les brèches osseuses ne sont pas seulement propres à l'Europe ; on en rencontre dans toutes les parties du globe, et celles qu’on a découvertes récemment en Australie correspondent entièrement aux brèches osseuses de la Médilerranée, dans lesquelles un ciment rouge ocreux relie des fragments de roches et des os : on y a trouvé quaire espèces de Kangurous.
PÉRIODE GLACIAIRE. Lh3
Les deux cataclysmes dont nous venons de présenter le tableau avaient surpris l'Europe au moment de l’expansion d’une création puissante. L’essor de la nature animée, l'évolution des êtres se trouvèrent arrêtés dans les parties de notre hémisphère où s'étaient produits ces gigantesques ébranlements du sol, suivis de ces courtes mais terribles submersions des continents. La vie organique se remettait à peine de cette secousse violente, lorsqu'une seconde atteinte, plus grave peut-être, vint l’assaillir. Les parties septentrionales et centrales de l'Europe, ces vastes contrées qui s'étendent de la Scandinavie à la Méditerranée et au Danube, furent en proie à un refroidissement soudain. Une température glaciale les saisit. Les plaines de l'Europe, ornées naguère de cette végétation luxuriante que les ardeurs d’un climat brülant avaient développée et entretenue, ces pâturages sans fin que remplissaient des troupeaux de grands Éléphants, d’agiles Chevaux, de robustes Hippopotames et de grands Carnassiers, se trouvèrent tout d’un coup recouverts d’un manteau de neige et de glace.
L’explication la plus plausible, c’est que le soleil perdit pendant un certain intervalle de temps le degré de chaleur qui lui est propre. Les ouvrages d'astronomie nous apprennent que le soleil est une étoile. Or, les étoiles sont sujettes à des variations d'éclat et même à des extinctions totales. On voit une étoile diminuer d'intensité lumineuse, puis reprendre son éclat primitif au bout d’un certain nombre d’années. L'abaissement de température qui se manifesta sur la terre, pendant l’époque glaciaire, provenait sans doute d’un refroidissement passager du soleil qui communique à la terre la chaleur et la vie. Le soleil ayant plus tard repris sa température et son éclat ordinaire, la terre se réchauffa et revint
Lhh ÉPOQUE QUATERNAIRE.
à son état habituel. Telle est, du moins, la meilleure explication que l’on puisse fournir de cet événement étrange de l’histoire de notre globe.
Mais si le refroidissement du globe qui suivit les deux déluges européens est encore difficile à expliquer, ses effets sont parfaitement appréciables. Le refroidissement subit des parties septentrionales et centrales de l’Europe eut pour résultat l’anéantissement de la vie organique dans ces contrées. Tous les cours d’eau, les rivières et les fleuves, les mers et les lacs, se trouvèrent gelés. Comme le dit Agassiz dans son premier ouvrage sur les Glaciers! : « Un vaste manteau de neige et de glace recouvrit les plaines, les vallées, les mers et les plateaux. Toutes les sources tarirent, tous les fleuves cessèrent de couler. Au mouvement d’une création nombreuse et agissante succéda un silence de mort. » Un grand nombre d’animaux périrent de froid. Les Éléphants et les Rhinocéros périrent par millions au sein de leurs pâturages, subitement transformés en champs de glace ou de neige. C’est alors que ces deux espèces disparurent et furent effacées de la création. D'autres animaux succombèrent, sans toutefois que leur race périt en entier. Le soleil, qui naguère éclairait de verdoyantes plaines, en se levant sur ces steppes glacées, ne fut salué que par le sifflement des vents du nord et l’horrible fracas des crevasses qui S'ouvraient de toutes parts, sous la chaleur de ses rayons, dans l'immense glacier qui servait de tombeau à tant d'êtres animés.
Comment faire accepter du lecteur cette idée que des plaines, aujourd'hui riantes et fertiles, ont été couvertes jadis, et pendant un temps fort long, d’un immense linceul de glace et de neige? Pour la faire admettre, ou pour en établir les preuves, il faut porter son attention sur une partie de l’Europe. Il faut choisir un pays où existe encore aujourd’hui le phénomène glaciaire, et prouver que ce phénomène, aujourd’hui localisé dans ces contrées, s’est étendu pendant les temps géologiques à des espaces infiniment plus vastes. Nous choisirons par exemple les glaciers des Alpes. Nous allons montrer que les glaciers de la Suisse et de la Savoie n’ont pas