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LA CRÉATION DE L'HOMME

C’est après la période glaciaire que naquit le genre humain.

D'où venait-11?

Il venait d’où était venu le premier brin d’herbe qui apparut sur les roches brülantes des mers siluriennes; d’où étaient venues les différentes races d'animaux qui se sont remplacées sur le globe, en s’élevant sans cesse dans l’échelle de la perfection. Il émanait de la volonté suprême de l’Auteur des mondes qui composent l’univers.

La terre a subi bien des métamorphoses depuis l'instant où, selon l'expression des Livres saints, « elle était informe et toute nue; où les ténèbres couvraient la face de l’abîme; où l'esprit de Dieu était porté sur les eaux. » Nous avons parcouru toutes les phases de cette transformation. Nous avons vu notre globe nageant dans l’espace, à l’état de nébulosité gazeuse, se condenser en liquide, et commencer à se solidifier à sa surface. Nous avons présenté le tableau des agitations intestines, des bouleversements, des dislocations partielles que la terre subissait d’une manière non interrompue lorsqu'elle ne pouvait résister encore à l'impulsion des vagues de la mer enflammée qu’emprisonnait sa frêle écorce. Nous avons vu cetle enveloppe se consolider, et les cataclysmes géologiques perdre de leur gravité et de leur fréquence à mesure que cette croûte solide augmentait d’épaisseur. Nous avons assisté à l’œuvre de la création organique. Nous avons vu la vie apparaître sur le globe, naître les premières plantes et les premiers animaux. Nous avons vu cette création organique se multiplier, se compliquer,

se perfectionner constamment, à mesure que nous avancions dans les phases progressives de l’histoire du globe.

Nous arrivons à la plus grande époque de cette histoire, au couronnement de l'édifice, si parva licet componere mayris.

A la fin de l’époque tertiaire, les continents et les mers avaient pris les limites respectives qu'ils présentent aujourd’hui. Les bouleversements du sol, les fractures du globe et les éruptions volcaniques qui en sont la conséquence, ne s’exerçaient qu’à de rares intervalles, n’occasionnant que des désastres restreints et locaux. L’atmosphère était d’une sérénité parfaite. Les fleuves et les rivières coulaient entre des rives tranquilles. La nature animée était celle de nos jours. Une végétation abondante, diversifiée par l'existence, désormais acquise, des climats, embellissait la terre. Une mullitude d'animaux peuplaient les eaux, les continents et les airs. Cependant l’œuvre de la création n'était pas achevée. Il manquait un être capable de comprendre ces merveilles et d’admirer cette œuvre sublime ; il manquait une âme pour adorer et remercier le Créateur.

Dieu créa l’homme.

Qu'est-ce que l’homme?

On pourrait dire que l’homme est un être intelligent et moral; mais ce ne serait donner qu’une idée incomplète de sa nature. Franklin a dit que l’homme est celui qui sait se fabriquer des outils ! C’est reproduire une partie de la première définition, en la rabaissant. Aristote avait appelé l’homme « l'être politique, » Coov rolruwxsv. Linné, dans son Système de la nature, après avoir donné à l’homme le nom de sage (homo sapiens), écrit, après ce nom générique, ces mots profonds : Nosce te ipsum.

Un naturaliste moderne, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, a dit, après Linné : « La plante vit; l'animal vit et sent;

1. Voltaire avait déjà fait les mêmes rapprochements. « Le fabricateur éternel a donné aux hommes organisation, sentiment et intelligence; aux animaux, sentiment et ce que nous appelons instinct; aux végétaux, organisation seule. Sa puissance agit donc continuellement sur ces trois règnes. » (Voltaire, édit. Palissot, Paris, 1792, tome XXXVI, p. 428. — Dialogues et entretiens philoso phiques, Sophronime et Adelos.)

l'homme vif, sent et pense‘. » C'est l’aiimal qui est ici rabaissé. L'animal, en bien des occasions, pense, raisonne, délibère avec lui-même, et agit en vertu d’une décision mürement pesée! ; il n’est donc pas réduit à la simple sensation.

Pour définir exactement l'être humain, nous croyons qu'il faut caractériser la nature et la portée de son intelligence. Dans certains cas, l'intelligence de l’animal atteint presque jusqu'à la nôtre; mais l'intelligence de l’homme est armée d’une faculté qui lui est propre, ce qui fait que Dieu, en le créant, a ajouté un degré entièrement nouveau à l’échelle ascendante des êtres animés. Cette faculté, spéciale au genre humain, c’est celle de l’abstraction.

Nous dirons donc que l’homme est un être intelligent et doué de la faculté d'abstraire.

C’est par la faculté de l’abstraction que l'homme s’est élevé à un degré inouï de puissance matérielle et morale. C’est par l’abstraction qu'il a soumis la terre à son empire et qu’il élève son âme aux sublimes contemplations. Grâce à la faculté d’abstraire, l'homme a concu l'idéal et créé la poésie; ü a concu l'infini et réalisé les sciences. Tel est l’immense degré qui sépare le genre humain des animaux, ce qui en fait un être à part et absolument nouveau sur le globe. Comprendre l'idéal et l'infini, créer la poésie et les sciences, voilà l’homme.

En 1800, on conduisit au médecin Pinel un être à demi sauvage, qui vivait dans les bois, grimpait dans les arbres, couchait sur les feuilles sèches, et se sauvait à l’approche des hommes. Des chasseurs l'avaient ramassé ; il était sans voix et sans inlelligence : on l’appelait le petit sauvage de l'Aveyron. Les savants de Paris disputèrent longtemps sur l’origine de cet étrange individu. Était-ce un singe? un homme sauvage ?

1. Voir les Lettres de Georges Leroy, Sur les animaux ; les mémoires de Frédéric Cuvier sur L'instinct et l'intelligence des animaux; l'ouvrage de Lallemand sur VÉducation physique; l'Esprit des bêtes, par Toussenel; mais surtout l'ouvrage si complet et si remarquable de M. J. C. Houzeau, membre de l’Académie de Belgique : Etudes sur les facultés mentales des animaux, comparées à celles de l’homme, dans lequel se trouve classés et réunis tous les faits qui établissent avec

une évidence frappante l'existence de l'intelligence dans toutes les classes des animaux (Mons, 1872, 2 vol. in-8).

Le docteur Itard, qui a publié une intéressante relation de l’histoire du sauvage de l'Aveyron, a écrit ce qui suit:

« Il descendait quelquefois seul dans le jardin des sourds-muets, et allait s'asseoir sur le bord du bassin; alors son balancement diminuait par degrés, son corps devenait tranquille; sa figure prenait bientôt un caractère prononcé de rêverie mélancolique; il demeurait ainsi des heures entières, regardant attentivement la surface de l’eau sur laquelle il jetait de temps en temps des brins de feuilles desséchées!.. Lorsque pendant la nuit et par un beau clair de lune les rayons lumineux venaient à pénétrer dans sa chambre, il manquait rarement de se lever et de se placer devant la fenêtre; il restait là une partie de la nuit, debout, immobile, le cou tendu, les yeux fixés vers la campagne éclairée par la lune, livré à une sorte d’extase contemplative!.…. »

Cet être était certainement un homme. On n’a jamais observé, dans le singe le plus intelligent, ces manifestations rêveuses, cette vague conception de l’idéal, en d’autres termes cette faculté d'abstraire, qui est le propre de l'humanité.

On a écrit des volumes sur la question de l’unité du genre humain, c'est-à-dire pour décider s’il y a eu plusieurs centres de création de l’homme, ou si la souche de notre espèce est unique. Nous pensons, avec beaucoup de naturalistes, que la souche de l'humanité est unique, et que les diverses races humaines, les races jaune, brune, noire et rouge, ne sont que le résultat de l'influence du climat sur la race blanche, ou caucasique.

Nous considérons le genre humain comme ayant apparu pour la première fois, après le mystère divin et éternellement impénétrable pour nous, de son mode de création, dans les riches plaines de l'Asie, aux bords riants de l’Euphrate, comme l’enseignent les traditions des plus anciens peuples. C'est au milieu de cette nature riche et puissante, sous le climat brillant, sous le ciel radieux de l’Asie, à l’ombre de ces masses luxuriantes de verdure qui embaumaient les airs de suaves parfums, que nous aimons à nous représenter le premier homme sorli du sein de Dieu.

Nous sommes loin, on le voit, de partager l’opinion des naturalistes qui se représentent l’homme, aux débuts de l’existence de son espèce, comme une sorte de singe, à la face hideuse, au corps poilu, habitant les cavernes comme les ours et les lions, et participant des instincts brutaux

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de ces animaux féroces. Sans doute l’homme primitif a traversé une période dans laquelle il a dû disputer sa vie aux bêtes féroces, et vivre en sauvage dans les bois ou les savanes où la Providence l’avait jeté. Mais cette période d'éducation n'a pas dû être longue, et l’homme, être éminemment sociable, a promptement trouvé dans sa réunion en groupes animés des mêmes désirs, rapprochés par les mêmes intérêts, le moyen de dompter les animaux, de triompher des éléments, de se préserver des périls innombrables qui le menacçaient, el de soumettre à son empire les autres habitants du sol.

« Les premiers hommes, dit Buffon, témoins des mouvements convulsifs de la terre, encore récents et très-fréquents, n'ayant que les montagnes pour asile confre les inondations, chassés souvent de ces mêmes asiles par le feu des volcans, tremblants sur une terre qui tremblait sous leurs pieds, nus d'esprit et de corps, exposés aux injures de tous les éléments, victimes de la fureur des animaux féroces, dont ils ne pouvaient éviter de devenir la proie; tous également pénétrés du sentiment commun d’une terreur funeste, tous également pressés par la nécessité, n’ont-ils pas cherché à se réunir, d'abord pour se défendre par le nombre, ensuite pour s’aider et travailler de concert à se faire un domicile et des armes? Ils ont commencé par aiguiser en forme de haz:he ces cailloux durs, ces jades, ces pierres de foudre, que l’on a cru tombées des nues et formées par le tonnerre, et qui néanmoins ne sont que les premiers monuments de l’art de l’homme dans l’état de pure nature. Il aura bientôt Liré du feu de ces mêmes cailloux, en les frappant les uns contre les autres; il aura saisi la flamme des volcans, ou profité du feu de leurs laves brûlantes pour le communiquer, pour se faire jour dans les forêts, les broussailles : car avec le secours de ce puissant élément il a nettoyé, assaini, purifié les terrains qu'il voulait habiter; avec la hache de pierre, il a tranché, coupé les arbres, menuisé les bois, façonné ses armes et les instruments de première nécessité; et, après s’êlre munis de massues et d’autres armes pesantes et défensives, ces premiers hommes n’ont-ils pas trouvé le moyen d’en faire d’offensives plus légères pour atteindre de loin un cerf! Un tendon d’animal, des fils d’aloès, ou l'écorce souple d’une plante ligneuse, leur ont servi de corde pour réunir les deux extrémités d’une branche élastique dont ils ont fait leur arc; ils ont aiguisé plusieurs petits cailloux pour en armer la flèche; bientôt ils auront eu des filets, des radeaux, des canaux, et s’en sont tenus là tant qu'ils n’ont formé que de petites nations composées de quelques familles ou plutôt de parents issus d’une même famille, comme nous le voyons encore aujourd’hui chez les sauvages qui veulent demeurer sauvages , et qui le peuvent, dans les lieux où l’espace libre ne leur manque pas plus que le gibier, le poisson et les fruits. Mais dans tous ceux où l’espace s’est trouvé confiné par les eaux, ou resserré par les hautes montagnes, ces petiles nations, devenues trop nombreuses, ont été forcées de partager leur terrain entre elles, et c’est de ce moment que la terre est devenue

le domaine de l’homme; il en a pris possession par ses travaux de culture, et l'attachement à la patrie a suivi de très-près les premiers actes de sa propriété; l'intérêt particulier faisant partie de l'intérêt national, l'ordre, la police et les lois ont dû succéder et la société prendre de la consistance et des forces!. »

On aime à citer ces pages d’un grand écrivain. Mais combien l’illustre naturaliste eût ajouté à l’éloquence de son langage, à la force de ses traits, si de son temps la science eût été en possession des notions qui nous sont aujourd'hui acquises ; s’il eût pu nouspeindre l’homme, aux premiers temps de sa création, en présence de l’immense population animale qui occupait alors la terre, aux prises avec ces bêtes féroces qui remplissaient les forêts de l’ancien monde! L'homme, d’une organisation très-faible, [dépourvu d’armes naturelles pour l'attaque ou la défense, incapable de s'élever dans les airs comme l'oiseau, ou de vivre longtemps sous l’eau comme le poisson ou le reptile, semblait voué à une prompte destruction. Mais il était marqué au front du sceau divin. Grâce au don supérieur d’une intelligence exceptionnelle, cet être, en apparence misérable, devait peu à peu dépeupler la terre de ses farouches habitants, pour n’y laisser subsister que ceux qu'il réservait à ses besoins ou à ses désirs, et par la culture il devait changer en entier l’aspect primitif des continents.

L'opinion qui place la naissance de l’homme aux abords de l’'Euphrate, dans l'Asie centrale, est confirmée par un événement d’une haute importance dans l’histoire de l'humanité, et qu'une foule de traditions concordantes, conservées chez différents peuples, placent dans le même lieu. Nous voulons parler du déluge de l'Asie.

Le déluge asiatique, dont l’histoire sacrée nous a transmis le souvenir, peut s'expliquer, selon nous, par le soulèvement d’une partie de la longue chaîne de montagnes qui fait suite au Caucase. La terre s'étant entr'ouverte par une de ces déchirures, résultat inévitable de son refroidissement, une érup-

1. Époques de la nature, tome XII de l'édition in-18 de l’Imprimerie royale. aris, 1718, p. 322-325.

tion de malière volcanique dut s'échapper de ce cratère immense. Des masses de vapeurs d’eau accompagnaient l’éruption des laves épanchées de l’intérieur du globe : ces vapeurs, se condensant, retombèrent en pluie, et les plaines furent noyées sous ce volcan de boue. L’inondation des plaines dans un rayon très-étendu fut le résultat momentané de ce soulèvement, la formation du mont Ararat en fut la conséquence permanente. Telle est, du moins, l'explication que nous croyons pouvoir présenter de ce cataclysme géologique.

Écoutons le récit de cet événement donné dans la Genèse par l'historien sacré :

« L'année 660 de la vie de Noé, dit Moïse, le dix-septième jour du se-

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Fig. 348. Mont Ararat.

cond mois de la même année, les sources du grand abîme des eaux furent rompues, et les cataractes du ciel furent ouvertes.

« Et la pluie tomba sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits.

« Les eaux crurent et grossirent prodigieusement au-dessus de la terre et toutes les hautes montagnes qui sont sous le ciel furent couvertes.

L'eau ayant gagné le sommet des montagnes s’éleva encore de quinze coudées plus haut. Toute chair qui se meut sur la terre en fut consumée; tous les oiseaux, tous les animaux, toutes les bêles et tout ce qui rampe sur la terre, tous les hommes moururent, et généralement tout ce qui a vie et respire sous le ciel.

« Toutes les créatures qui étaient sur la terre, depuis l’homme jusqu'aux bêtes, tant celles qui rampent que celles qui volent dans l'air, tout périt; il ne demeura que Noé seul et ceux qui étaient avec lui dans l’arche.

« Et les eaux couvrirent toute la terre pendant cent cinquante jours. »

Les particularités du récit biblique peuvent s'expliquer, nous le répétons, par l’éruption volcanique et boueuse qui précéda la formation du mont Ararat. Les eaux qui produisirent l’inondation de ces contrées provenaient d’une éruption volcanique accompagnée d'énormes masses de vapeurs. Ces vapeurs se condensant en eau, retombèrent sur la terre, et inondèrent les plaines étendues qui partent aujourd’hui du pied de l’Ararat, immense gibbosité montagneuse.

Le mot toute la terre qui se trouve dans la traduction de la Bible connue sous le nom de Vulgate mérite une explication; il ne saurait être considéré que comme figuré et métaphorique. Un géologue à qui l’on doit un savant livre intitulé la Cosmogonie de Moïse, Marcel de Serres, a donné un commentaire parfaitement admissible de cette expression du texte sacré. Il a prouvé que par le mot haarets, que l’on traduit à tort, selon lui, par toute la terre, Moïse n'a entendu désigner que la partie du globe qui élait alors peuplée, et nullement sa surface entière. Le mot haarets n’a pas toujours, selon Marcel de Serres, la signification que lui ac corde la Vulgate, il est pris fort souvent dans le sens de région, pays, contrée.

Marcel de Serres explique de la même manière l'expression de toutes les montagnes, qui se trouve dans la traduction de la Vulgate.

« Moïse, dit Marcel de Serres, n’a pu entendre par ces mots toutes les montagnes, que celles qu’il connaissait. Le nombre en était peu considérable : il se bornait aux contrées habitées à son époque; dès lors il devait faire allusion à elles seules, lorsqu'il parlait de la grandeur du déluge.

« Aussi plusieurs interprètes ont traduit ce passage, non d’une ma-

nière littérale, mais-en restreignant les eaux du déluge aux contrées fréquentées par les hommes.

« Ainsi M. Glaire, dans la Chrestomathie hébraïque qu'il a mise à la suite de sa Grammaire, a traduit ce passage dans ce sens : « Les eaux « s'étaient si prodigieusement accrues, que les plus hautes montagnes « du vaste horizon en furent couvertes, ete. » Celte traduction donne à ce passage un sens moins étendu que la Vulgate, puisqu'elle restreint aux montagnes bornées par l'horizon celles que les eaux couvrirent et inondèrent. »

Ce qui paraît établi, c’est que le genre humain s’est montré pour la première fois dans les contrées qui partent du pied du Caucase, dans les lieux qui forment aujourd’hui une partie de la Perse; et ce qui est certain, c’est l'existence d’une chaîne de montagnes voisines du théâtre de l'événement. On peut admettre que le soulèvement de cette chaîne de montagnes - fut accompagné d’une éruption volcanique boueuse, qui noya les plaines très-étendues qui partent du pied de ces montagnes,

Le déluge biblique est donc réel. Plusieurs peuples en ont d’ailleurs conservé la tradition.

Moïse le fait remonter à quinze ou dix-huit cents ans avant l’époque à laquelle il écrit.

Bérose, historien chaldéen qui écrivait à Babylone au temps d'Alexandre, a composé une histoire de Chaldée, dans laquelle il remonte jusqu’à la naissance du monde, et parle du déluge universel, dont il place l’époque immédiatement avant Bélus, père de Ninus.

Les Védas ou livres sacrés des Indiens, qui ont été composés dans le même temps que la Genèse, il y a environ 3300 ans, font remonter le déluge à 1500 ans avant leur époque.

Les Guèbres parlent de ce désastre comme ayant eu lieu à la même date.

Confucius, célèbre philosophe chinois, né vers Pan 551 avant Jésus-Christ, commence l’histoire de la Chine en parlant d’un empereur nommé Jas, et il représente cet empereur comme occupé à faire écouler les eaux qui, s'étant élevées jusqu'au ciel, baignaient encore le pied des plus hautes montagnes, couvraient les collines moins élevées et rendaient les plaines impraticables.

Ainsi, nous le répétons, le déluge biblique est un fait historique réel ; seulement le phénomène fut local, comme tous les phénomènes de ce genre; il fut la conséquence du soulève-

eat des montagnes de l’Asie occidentale.

Un déluge tout à fait moderne peul nous donner d’ailleurs une idée très-exacte du déluge biblique. Nous rappellerons les circonstances qu’il a présentées, pour mieux faire comprendre la véritable nature du déluge qui ravagea quelques contrées de l'Asie pendant la période quaternaire.

A six journées de marche de la ville de Mexico, se trouvait, en 1759, une contrée fertile et bien cullivée, où croissaient en abondance le riz, le maïs et les bananes. Au mois de juin, d’effroyables tremblements de terre agitèrent le sol, et ces tremblements se renouvelèrent sans cesse pendant deux mois entiers. Dans la nuit du 28 au 29 septembre, la terre éprouva une violente convulsion ; un terrain de plusieurs lieues d’étendue se souleva peu à peu, el finit par atteindre une hauteur de 150 mètres, sur une surface de plusieurs lieues carrées. Le terrain ondulait comme les vagues de la mer sous le souffle de la tempête; des milliers de monticules s’élevaient et s’abimaient tour à tour; enfin un gouffre immense s’ouvrit : de la fumée, du feu, des pierres embrasées et des cendres furent lancés à une hauteur prodigieuse. Six montagnes surgirent de ce gouffre béant, parmi lesquelles le volcan auquel on a donné le nom de Jorullo s'élève maintenant à 550 mètres au-dessus de l’ancienne plaine.

Au moment où commençait l’ébranlement du sol, les deux rivières Rio de Cuitimba et Rio San-Pedro, refluant en arrière, inondèrent toute la plaine occupée aujourd'hui par le Jorullo; mais dans le Lerrain qui montait toujours, un gouffre s’ouvrit et les engloutit. Elles reparurent à l’ouest, sur un point trèséloigné de leur ancien lit.

Cette inondation ne peut-elle nous rappeler les phénomènes du déluge de Noé?

Terrain quaternaire. — Outre les dépôts résultant des déluges partiels que nous avons signalés en Europe et en Asie, il s'est produit, pendant l’époque quaternaire, un certain nombre de terrains, par suite des dépôts des mers et

Fig,

des alluvions, c’est-à-dire des atterrissements des fleuves. Ces terrains sont toutefois peu nombreux et très-disséminés.

Les terrains quaternaires, stratifiés aussi régulièrement que ceux qui appartiennent aux époques antérieures, se distinguent de ceux de l’époque tertiaire, avec lesquels on pourrait quelquefois les confondre, par leur situation, le plus souvent sur le littoral des mers, et par la prédominance des espèces de coquilles identiques avec celles qui vivent actuellement dans les mers voisines. :

Une formation marine qui, après avoir constitué les côtes de la Sicile, principalement du côté de Girgenti, de Syracuse, de Catane et de Palerme, occupe le centre de l’île et s’y élève à des hauteurs atteignant jusqu à 900 mètres, est le plus remarquable des grands dépôts quaternaires européens. Cette formation se compose de deux assises principales : linférieure consiste en argiles ou marnes bleuâtres; l’autre est composée de calcaire grossier ou compacte. Toutes deux renferment des coquilles analogues à celles de la Méditerranée actuelle.

Ce même terrain existe dans les îles voisines, particulièrement en Sardaigne et à Malle.

Le terrain des pampas de l’Amérique méridionale, qui consiste en une terre argileuse d’un brun rouge foncé, avec lits horizontaux de concrétions marneuses et de tuf calcarifère, et qui recèle des coquilles actuellement vivantes dans J’Atlantique, ou identiques aux coquilles d’eau douce de la contrée, doit être considéré comme un dépôt quaternaire, plus étendu encore que le précédent.

On accorde la même origine géologique aux sables du grand désert de l'Afrique, au terrain argilo-sableux des steppes de la Russie orientale, et au terreau noir, ferlile, des plaines méridionales du même empire.

On rapporte aux dépôts quaternaires les travertins de la Toscane, des environs de Naples et de Rome. Il en est de même des tufs qui constituent essentiellement le sol napolitain.

Quant aux sédiments littoraux qu’on rapporte à l’époque quaternaire, ils sont d’une étendue très-restreinte, mais assez répandus en diverses localités. On les trouve sur la côte occi-

476 ÉFOQUE QUATERNAIRE.

dentale de la Norwége, sur les côtes de l’Angleterre; en France, un long liséré de terrain quaternaire se voit sur le littoral de l’ancienne Guyenne et dans quelques autres points du littoral de l’Océan. Les alluvions des fleuves, jointes aux dépôts marins, ont formé ces dépôts, qui se voient surtout près des embouchures de ces cours d’eau.

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Rien n’est plus difficile qu'une histoire chronologique des évolutions et des changements que notre planèle a subis depuis son origine jusqu'aux temps historiques. Les phénomènes, de nature fort diverse, qui ont concouru à faconner son énorme masse et à lui donner sa structure actuelle, se sont produits presque simultanément. Le dépôt des terrains sédimentaires a été constamment interrompu, entravé par de violents phénomènes d’éruption; par l’éjaculation, à travers les couches sédimentaires, de roches ignées lancées de l’intérieur incandescent du globe. Avec ce trouble et ce pêle-mêle d'actions, un exposé historique rigoureusement chronologique devient impossible, car on ne peut distinguer dans cette continuelle complexité de phénomènes ce qui est fondamental de ce qui est accidentel et secondaire. Pour jeter quelque clarté sur cette matière ardue, nous avons partagé en deux parties les faits relatifs à la formation progressive du globe terrestre actuel. Nous avons commencé par faire l’histoire des terrains sédimentaires, que l’ancienne géologie appelait terrains neptuniens, afin de rappeler que ces terrains doivent leur origine aux dépôts laissés par les mers de l’ancien monde. Mais, après l’étude des terrains neptuniens, reste celle des roches plutoniennes, pour employer une expression scientifique déjà un peu surannée. Après avoir exposé la formation des terrains sédimentaires, nous avons donc à parler des roches ignées, ou des roches éruplives, comme on les nomme aujourd’hui. La description de ce dernier et important ensemble de

L80 " ROCHES ÉERUPTIVES.

formations géologiques complétera la physionomie de notre planète.

Nous aurions pu sans doute faire l’histoire des formations éruplives aux époques mêmes de ces phénomènes, c’est-à-dire les rattacher aux époques de transition, secondaire et tertiaire. Mais cet exposé eût été trop fractionné et trop souvent interrompu; d'autre part, notre récit aurait perdu de son homogénéité et de sa rapidité. Nous avons espéré être plus net et plus clair en groupant dans un dernier chapitre toutes les formations éruptives.

Les roches qui sont venues du centre de la terre, à l’état de fusion ignée, se trouvent mêlées ou intercalées avec les masses stratifiées de toutes les époques, surtout des époques anciennes. Les terrains auxquels ces roches ont donné naissance présentent un grand intérêt, d’abord parce qu'ils entrent dans la constitution de l'écorce terrestre, ensuite parce qu'ils ont imprimé au sol, lors de leur éruption, des traits caractéristiques de configuration et de structure, enfin à cause des métaux qu'ils livrent à l’industrie humaine.

D’après l’ordre historique de leur apparition, nous classerons les formations éruptives en deux groupes :

1° Les éruptions plutoniques, qui ont produit la série, extrêmement variée, des granits de diverse nature, les syénites, les protogines, les porphyres, etc.

2° Les éruptions volcaniques, d'origine plus récente que les premières, qui ont donné la succession des trachytes, des basaltes et des laves modernes.

ÉRUPTIONS PLUTONIQUES. a8l

Les éruptions de granit ancien sont survenues pendant l'époque primitive. Ces roches se présentent quelquefois sous la forme de masses considérables; mais l'écorce du globe étant encore mince et perméable, devait se prêter à de fortes imbibitions granitiques : de là les gneiss, dont il a été question dès le début. En vertu de sa faible cohésion, l'écorce primitive du globe a dû se laisser déchirer dans tous les sens, et de là des

Fig. 350. Injection du gneiss par des filons de granit (montagnes du cap Wrath, en Écosse).

filons ramifiés parfois très-irréguliers, dont la figure 350 (qui représente une injection de granit à travers le gneiss) peut donner une idée.

Ces granits anciens se montrent, en France, dans les Vosges

dans l'Auvergne, à l'Espinouse (Languedoc), au Plan-de-la- Tour (Provence), dans la chaîne cévenole, au mont Pilat près de Lyon et dans la partie méridionale des chaînes lyonnaises. Ils ne donnent que rarement naissance à des accidents de paysage hardis ou grandioses ; car, ayant eu à supporter le poids des intempéries atmosphériques depuis les premiers temps de la consolidalion du globe, les roches ont été fort émoussées. C’est seulement dans les cas où des dislocations récentes y ont formé des cassures qu’elles acquièrent un caraclère pittoresque.

Le granit, quand il est sain, fournit de bons matériaux de construction; mais il ne faut pas se figurer qu'il jouisse de l’extrême dureté dont les poëtes l’ont bien gratuitement doté. Sa texture grenue le fait rejeter pour l’empierrement des routes, parce qu'il se laisse réduire trop facilement en poussière. Avec son marteau, le géologue en faconne aisément des échantillons; et en 1856, à Bomarsund (Russie), les boulets de nos pièces de marine ont largement démontré que les remparts de granit se laissent démolir aussi facilement que ceux qui sont construits en pierres calcaires.

La syénite, dans laquelle une partie du mica est remplacée par de l’amphibole, a surgi après le granit et fort souvent à côlé de cette roche. Ainsi les deux extrémités des Vosges, vers Belfort et Strasbourg, sont éminemment syénitiques, tandis que leur partie intermédiaire vers Colmar est granitique. Dans le Lyonnais, la région sud est granitique, la région nord, à partir de l’Arbresle, est en grande partie syénilique. La syénite se montre encore dans le Limousin.

La constitution minéralogique de la syénite, dans laquelle: entre un feldspath souvent rose, en fait une roche d'autant plus belle, que lamphibole vert ou presque noir rehausse, par son contraste, l'effet de coloration. Aussi quelquefois cette roche est-elle exploitée pour l'ornementation architecturale. Il en existe des scieries aux environs de Plancher-les-Mines, dans les Vosges. On en trouve le type le plus parfait en Égypte, non loin de la ville de Syène, qui lui a donné son nom.

C'est avec la syénite que les anciens Égypliens ont taillé leurs sphinx et leurs colonnes monumentales. Le piédestal

de la statue de Pierre le Grand à Saint-Pétersbourg ; le revêtement du soubassement de la colonne Vendôme, à Paris ; l’obélisque de Louqsor, aujourd’hui à Paris, sont en syénite.

La syénite se désagrége plus facilement que le granit, et comme cette roche contient des nœuds dont les parties sont très-condensées, ces nœuds demeurent souvent en forme de crosses boules au milieu des débris provenant de l’altération de l’ensemble.

Il faut remarquer encore que les masses syénitiques sont souvent fort hétérogènes. L’amphibole vient à manquer quelquefois, et on peut alors n’y voir qu'un granit ancien. Dans d'autres cas, l’amphibole devient tellement prédominante qu'il en résulte un diorite à gros ou à petits grains. Le géologue doit tenir compte de ces transitions, pour ne pas se laisser induire en erreur par quelques aspects trompeurs.

La protogyne est une autre sorte de granit: la chlorite Y lient la place du mica. Excessivement variable dans sa texlure, la protogine passe de l’aspect granitoïde le plus complet à celui d’un porphyre, de manière à présenter de continuels sujets d'incertitude et à rendre fort difficile la détermination de son âge géologique. Cependant on peut croire qu’elle est venue au jour avant et pendant la période houillère. En effet. au Creusot, la protogyne a refoulé le terrain houiller, de manière à s’épancher par-dessus, si bien qu’il serait possible de: foncer des puits qui, de la protogine, pénélreraient dans les couches de charbon. Quelque chose d’analogue se manifeste auprès du Mont-Blanc. Le célèbre colosse qui domine cette chaîne et les aiguilles qui lui font suite sont composés de protogyne. Là cette roche a manifestement agi sur les terrains houillers en les torturant et en les mélamorphosant; mais comme aucune action de ce genre ne se laisse découvrir dans ie terrain triasique juxtaposé, on doit admettre qu’à l’époque de la sédinentation du grès bigarré les émissions protogyneuses avaient cessé.

Il faut savoir, du reste, que si la protogyne forme autour du Mont-Blanc des aiguilles si hardies, cette circonstance ne lient qu’à la verticalité de la montagne et à l’excessive rigueur des saisons qui démolissent et abattent continuellement toutes les parties de Ja roche altérées par les agents atmosphériques.

L8h ROCHES ÉRUPTIVES.

En effet, là où la protogyne se trouve dans des climats plus doux, par exemple autour du Creusot et à Pierre-sur- Autre, dans la chaîne du Forez, les montagnes ne montrent pas ces pics escarpés qui hérissent la chaîne du Mont-Blanc. Seulement des ganglions résistants forment quelquefois des roches branlantes, ainsi nommées parce que, reposant, par leur base convexe, sur un piédestal également convexe, mais en sens opposé, il est facile de faire balancer ces blocs mal assis, tandis qu’en raison de leur masse il faudrait plusieurs paires de bœufs pour les déplacer s'ils reposaient sur une large base.

Cette aptitude à se faconner spontanément en boules ou en ellipsoïdes appartient d’ailleurs à d’autres roches granitoïdes, et même à certains grès. Les pierres branlantes ont souvent donné lieu à des légendes et à des mythes populaires.

Les éruptions de granit, de protogyne et de porphyre ont débuté, selon M. Fournet, durant la période carbonifère, car on trouve des cailloux porphyriques dans les conglomérats houillers; elles continuèrent pendant la période triasique, puisque, dans certaines parties de l'Allemagne, les filons d’un porphyre traversent les grès bigarrés. Les syénites ont spécialement réagi sur les dépôts siluriens, et jusque sur les parties inférieures du terrain carbonifère.

Le porphyre est une variété de granit dont les éléments minéralogiques, c’est-à-dire le quartz, le feldspath et le mica, sont noyés dans une pâte non cristalline, agglutinant, réunissant les cristaux de quartz, de feldspath et de mica, qui sont, au contraire, contigus dans le granit. La pâte des porphyres est essentiellement composée de feldspath el d’une quantité plus ou moins grande de silice, sur laquelle se dessinent ordinairement des cristaux feldspathiques plus ou moins volumineux.

La variété de leurs caractères minéralogiques, l’admirable poli qu'ils peuvent acquérir et qui leur prête un aspect éminemment favorable à l’ornementation, donnent aux porphyres une importance industrielle et artistique qui serait plus grande encore si la difficulté de les tailler n’en rendait le prx itrès-éleve.

Les porphyres, pris à part, offrent une pâte générale essen-

tiellement composée de feldspath compacte, dans laquelle se dessinent des cristaux d’orthose, largement et parfois trèsrégulièrement développés. À côté de ces cristaux d’orthose s'implantent souvent des globules, ou bien des cristaux, de quartz également terminés aux deux bouts en forme de dodécaèdres bipyramidés. À ces éléments s'ajoutent des lamelles d'un mica d'aspect chloriteux. En somme, on réserve le nom de porphyres quartzifères à ceux qui montrent ces cristaux siliceux; les autres sont désignés par le nom simple de porphyre.

Ces porphyres possèdent divers degrés de dureté et de compacité. Quand une belle couleur rouge sombre, qui contraste avec le blanc du feldspath, se joint à la dureté, il en résulte une pierre magnifique, susceptible de prendre le poli et de servir à la décoration des édifices, à la construction des vases, des colonnes, etc. Le porphyre rouge d'Égypte, dit antique, était particulièrement recherché par les anciens, qui en faisaient des sépulcres, des baignoires, des obélisques. La plus grande masse connue de ce porphyre est l’obélisque de Sixte-Quint, élevé à Rome, On voit aussi dans le musée du Louvre, à Paris, de magnifiques bassins et des statues faites de cette roche.

Malgré sa compacité, le porphyre se désagrége comme les autres roches. On a pu s'assurer de cette circonstance à Paris, où l’un des sphinx apportés d'Égypte, étant placé par hasard sous une des gouttières du Louvre, ne tarda pas à s’exfolier, tandis qu'il avait tenu bon pendant des siècles sous le climat de l'Égypte. Dans nos contrées les porphyres sont fréquemment décomposés et rendus méconnaissables!,

Les serpentines sont des falcs compactes, qui doivent au silicate de magnésie leur structure grasse et onctueuse. Leur peu de dureté permet de les travailler au tour, et d’en façonner des vases de formes diverses. On en construit des poêles

1. En France, les roches porphyriques percent sur divers points, mais elles ne sont abondantes que dans la partie nord-est du plateau central et dans quelques parties du Midi. Elles forment des montagnes de forme conique, offrant presque toujours sur leurs flancs des dépressions considérables; dans les Vosges, elles atteignent jusqu’à 1000 et 1500 mètres d’élévation.

qui supportent bien le feu. La serpentine qu'on exploite au bord du lac de Côme, et qui porte le nom de pierre ollaire, est excellente pour cet usage.

La serpentine se montre dans les Vosges, dans le Limousin, dans le Lyonnais, dans le Var. Elle occupe d’immenses surfaces dans les Alpes, ainsi que dans les Apennins. Une partie des roches stratifiées de la Toscane à été soulevée et culbutée par ses éruptions, et il en est de même dans l’île d’Elbe.

ÉRUPTIONS VOLGANIQUES.

Considérées dans leur ensemble, les roches provenant des éruptions volcaniques peuvent se grouper en trois formations distinctes, dont nous parlerons dans l’ordre suivant, qui est celui de leur ancienneté relative :

1° Formation trachytique ; 2° Formation basaltique ;

3° Formation lavique.

Formation trachytique. — Les éruptions de trachyte ont apparu vers le milieu de la période tertiaire, et se sont prolongées jusqu'à la fin de cette période.

Les trachytes présentent la plus grande analogie de composition avec les porphyres feldspathiques, mais leurs caractères minéralogiques sont différents. Leur tissu est poreux ; leur pâte blanche, grise, noirâtre, jaunâtre ; elle présente des cristaux disséminés de feldspath, d’amphibole et de mica. L'aspect extérieur des trachytes est d’ailleurs très-variable.

Dans le centre de la France, le trachyte forme les trois centres montagneux les plus élevés : le groupe du Cantal, celui des monts Dores et la chaîne du Velay.

Le groupe du Cantal est un cône irrégulier, surbaissé, évidé à son centre, dont la base, à peu près circulaire, occupe une surface qui a près de 15 lieues de diamètre. Le groupe trachytique proprement dit s'élève à la partie centrale, el se compose de hautes montagnes, d’où partent des contre-forts qui s’abaissent peu à peu, pour se terminer par des plateaux plus ou moins inclinés. Ces montagnes centrales ont une hauteur qui varie entre 1400 et 1800 mètres.

Une variété de trachyte, dite phonolithe, forme, au centre, des escarpements trachytiques qui encaissent les vallées prin-

cipales, des pics élancés, comme on le voit dans la figure 351, qui représente l’un des pics phonolithiques du Cantal.

Le groupe des monts Dores est un cône qui occupe un espace à peu près circulaire de 5 lieues de diamètre. La masse trachytique qui constitue cette gibbosité montagneuse est d’une épaisseur moyenne de 400 à 800 mètres, en y comprenant les couches de matières pulvérulentes, de conglomérats ponceux, de tufs qui en forment la base et entre lesquelles

Fig. 351. Pic phonolithique du Cantal.

on voit des assises de lignite. Le tout se superpose à un plateau primitif de 1000 mètres environ de hauteur. Déchiré et morcelé par de profondes vallées, le pâté ne s’en exhausse pas moins graduellement jusqu’au pic deSancy (fig. 352), qui atteint une élévation de 1887 mètres.

Sur le même plateau que les monts Dores, à 12 kilomètres au nord de ses dernières pentes, la formation trachytique se prolonge en quatre dômes arrondis : ceux du Puy-de-Dôme, du Sarcouy, du Clierzou et du Petit-Suchet. La roche a pris une physionomie particulière qui lui a valu le nom de domite.

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