ÉPILOGUE
peul-être de créer un jour, à côté de l’homme, ou après lui, un être supérieur encore. Cet être nouveau, que semblent avoir pressenti la religion et la poésie modernes, dans le type éthéré et radieux de l’ange chrétien, serait pourvu de facultés morales dont la nature et l'essence échappent à notre esprit, et dont nous ne pouvons pas plus concevoir la notion que l’aveugle-né ne conçoit les couleurs ou le sourd-muet les sons. Erunt œæquales angelis Dei, « ils seront semblables aux anges de Dieu, » dit l’Écriture, en parlant des hommes ressuscilés pour la vie éternelle.
Pendant l’époque primitive, le règne minéral existe les roches sont tout ce qui forme la terre brülante, silencieuse et déserte. Pendant l'époque de transition, le règne végétal, nouvellement créé, s'étend sur le globe entier, qu’il recouvre bientôt, d’un pôle à l’autre, d’une masse non interrompue de verdure immuable, et le règne animal s'empare de la terre et des eaux. Pendant les époques secondaire et tertiaire, le règne végétal et le règne animal se partagent à peu près exactement la terre. À l’époque quaternaire apparaît le règne humain. Est-il dans les destinées futures de notre planète de recevoir un hôte de plus, et après les quatre règnes qui l’occupent, de voir apparaître un règne nouveau, dont les attributs ne peuvent être pour nous qu'un impénétrable mystère, et qui différerait des autres règnes autant que l’homme diffère de l’animal et la plante du rocher ?
On doit se contenter de poser, sans espoir de le résoudre, ce problème redoutable. Ce grand mystère, selon la belle expression de Pline, « est caché dans la majesté de la nature, » latet in majestate naturæ, ou, pour mieux dire, dans la pensée
et la toute-puissance du Créateur des mondes qui forment l’univers.