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CHAPITRE XV

Sécurité du Parc National en temps de paix. — Pérégrinations des Nez-Percés en 1877. — La caravane de Radersburg surprise par les Indiens. — Le clief Miroir. — Prisonniers. — L'attaque. — Le carnage. — Récit de Carpenter. — Le calumet de paix. — La délivrance. — Incroyables aventures deCowan. — La caravane de Helena. — L'attaque du camp. — Récit de Roberts. — Mort de Deitricli. — Six ans après.

Dans les pérégrinations de leur vie nomade, les Indiens semblent avoir toujours évité soigneusement la Terre des Merveilles ; à plus forte raison ne s'y sont-ils jamais établis à demeure : ces domaines du feu leur inspiraient une sorte de terreur superstitieuse. Si, dans d'autres parties des montagnes Rocheuses, il faut toujours être armé contre les rencontres possibles dTndiens nomades, la région du Parc National présente, en temps de paix, une parfaite sécurité. Ce n'est que lorsque les Indiens étaient engagés dans le

sentier de la guerre, qu'ils furent forcés parfois de se réfugier dans ces solitudes pour échapper aux poursuites des troupes fédérales.

• Au mois d'août 1877, la tribu ennemie des Nez- Percés, sous la conduite du chef Joseph, poursuivie par le général Howard, évita les parties colonisées du Montana et de l'Idaho, pénétra dans le Parc National par le lac Henry, traversa la région des geysers, franchit la Yellowstone près des volcans de boue, et s'échappa par la passe située près des sources de la rivière Clark's Fork. Dans leur marche, ces féroces guerriers rencontrèrent de paisibles caravanes de voyageurs. Les épisodes qu'amenèrent ces rencontres sont d'un intérêt dramatique, et le souvenir en est encore vivant parmi les populations du Montana. Le récit des voyageurs qui ont échappé aux massacres a été publié dans les journaux de Helena, et M. Edwin Stanley, en le reproduisant dans ses Rambles in Wonderland, y a ajouté des détails qu'il a recueillis de la bouche de quelques survivants.

Le 6 août 1877, une expédition de huit personnes partit de Radersburg pour visiter le Parc National. Elle était composée de M. et Mme George Cowan et M. Charles Mann, de Radersburg; miss

Ida Carpentcr et M. Meyers, de Missouri Valley; MM. William Dingee, Albert Oldliam et Frank Carpenter, de Helena. Voyageant dans des wagons, ils prirent la route de Stirling- et remontèrent la rivière Madison (Firehole) jusqu'au bassin inférieur des geysers. x\près avoir établi en cet endroit leur campement permanent, ils y abandonnèrent les wagons et firent à cheval le reste de l'expédition. Ils visitèrent le bassin supérieur des geysers; trois membres de la caravane poussèrent jusqu'au lac et aux chutes de la Yellowstone. Jamais plus joyeuse caravane ne parcourut la Terre des Merveilles. Ils menaient une existence charmante; le soir ils se réunissaient autour du feu du camp, jouant du violon et de la guitare, et ne songeant guère au voisinage d'un ennemi.

Dans la nuit du 23 ils regagnèrent leur campement et se disposèrent à reprendre, le lendemain, le chemin du retour. Vers cinq heures du matin, Arnold et Dingee préparaient le feu du camp, lorsqu'ils s'aperçurent de l'approche de trois Indiens, qui vinrent à eux et mirent pied à terre.

Bientôt tout le monde fut réuni autour des nouveaux venus. Aux questions qui leur furent

adressées, les Indiens répondirent, après quelques hésitations, qu'ils étaient de la tribu des Nez-Percés, que leur chef était Miroir, que Miroir était l'ami des blancs, et qu'il ne livrait combat qu'aux soldats de l'armée fédérale ; ils formaient, disaient-ils, une bande de 200 guerriers, et ils étaient campés dans les bois à peu de distance de là. En ce moment, en effet, on pouvait apercevoir les allées et venues d'un grand nombre d'Indiens. Les voyageurs se consultèrent et résolurent de lever le camp immédiatement.

Les chevaux furent sellés, et l'expédition se mit en route sans même prendre le temps de préparer le déjeuner. Mais ils ne tardèrent pas à être entourés par une grande troupe de guerriers, qui leur dirent qu'il n'était pas sans danger pour eux de voyager sur cette route, parce qu'il y avait de ce côté des Indiens hostiles qui massacreraient toute la caravane s'ils venaient à la rencontrer. Ce qu'ils avaient de mieux à faire, disaient-ils, c'était de rebrousser chemin et de faire route avec eux sous leur protection : de cette façon ils ne seraient pas attaqués par les Indiens ennemis, et ils pourraient regagner bientôt le pays des blancs.

Pendant que les voyageurs se consultaient

Chef indien.

sur la direction à suivre, les Indiens, tous bien armés, les entourèrent et les firent entrer dans leurs lignes.

Après avoir remonté pendant quelque temps la branche orientale de la Firehole, il fallut abandonner les wagons, qui ne pouvaient franchir les arbres tombés en travers du chemin. Les chevaux furent dételés et sellés pour mistress Cowan et sa sœur Ida.

A ce moment, Frank Carpenter déclara qu'il irait trouver Miroir pour lui demander de leur permettre de retourner chez eux. En échange de six cartouches il obtint d'un Indien rengagement de le conduire auprès du chef. Il trouva Miroir à 8 milles plus loin, au pied d'une montagne escarpée, à l'ouest du lac Mary. Il lui pressa la main et lui demanda s'il était ami. Le chef répondit affirmativement.

Tandis que Frank lui parlait de la caravane, survint Oiseau-Blanc, autre chef des Nez-Percés. Il était accompagné de Shively, fait prisonnier la veille et contraint de servir de guide aux Indiens. Oiseau-Blanc invita Frank à passer sous sa tente, lui demanda qui ils étaient, d'où ils étaient, où ils allaient. Frank répondit à toutes ces questions.

(iOpendant les Indiens avaient amené leurs captifs au camp d'Oiseau-Blanc. Ce dignitaire leur fit savoir qu'ils pouvaient retourner chez eux, mais qu'il se trouvait dans la nécessité de retenir leurs chevaux, leurs armes et leurs munitions. Il leur dit qu'il leur donnerait d'autres chevaux en échange, d'autres fusils, et trois cartouches par fusil. Il tint parole.

Alors les chefs levèrent le camp, et la marche fut reprise. Les captifs reçurent l'ordre de retourner par où ils étaient venus, et ils obéirent sans hésitation : ils étaient toutefois terrifiés de voir qu'ils étaient suivis par quarante ou cinquante sauvages d'un air féroce. Oiseau-Blanc n'avait-il d'ailleurs pas avoué qu'il ne pouvait contenir plus longtemps ses hommes? Ils devinrent insolents, s'emparèrent des fusils, des couvertures et firent retentir les bois de leurs hideux hurlements. C'est dans ce moment que Dingee et Arnold s'esquivèrent dans les taillis et se sauvèrent.

Pendant quelque temps, les sauvages suivirent de près les voyageurs, puis ils leur ordonnèrent de faire halte et de revenir sur leurs pas. Il devint dès lors évident qu'ils méditaient de mauvais desseins, et que le but de ces mar-

clics oL do ces contremarches était do permettre aux autres chefs de s'éloigner. Les guerriers ramenèrent les captifs non loin du lieu où Oiseau- Blanc les avait laissés, près d'une épaisse forêt, et là ils commencèrent leur œuvre sanguinaire.

Cowan et sa femme chevauchaient en avant, quand deux Indiens se précipitèrent au-devant d'eux du haut de la colline. Les sauvages s'arrêtèrent, l'un d'eux leva son fusil et fit feu; la balle traversa la cuisse droite de Cowan. Il tomba de cheval, et, ne pouvant se soutenir sur sa jambe blessée, il s'affaissa sur le sol. Sa femme vola instantanément à son aide et se pencha sur lui, quand survinrent deux Indiens, dont l'un dirigea son revolver vers la tête de Cowan, dans le but de l'achever. A cette vue, mistress Cowan, enlaçant dans ses bras le cou de son époux et lui faisant un rempart de son corps, supplia l'Indien do la tuer la première.

Sans l'écouter, l'Indien la saisit par la main droite pour l'entraîner; mais, de l'autre main, l'infortunée se cramponna avec une force héroïque au cou de son mari. En ce moment, l'autre Indien découvrait la tête de Cowan et lui déchargeait son revolver dans la tempo gauche. Le malheureux fut laissé pour mort.

Dès le commencement du carnage, les membres de l'expédilion s'étaient dispersés, et plusieurs d'entre eux avaient réussi à s'échapper dans les taillis. Albert Oldham fut blessé au visage; la balle lui traversa la langue, mais ne lui causa point de blessure mortelle. Laissé pour mort, il erra pendant quatre jours et cinq nuits dans les déserts, sans aliments et sans abri, et fut retrouvé par l'expédition Howard. Charles Mann se sauva dans la foret, le chapeau percé d'une balle : il fut recueilli par quelques éclaireurs de la tribu amie des Indiens Bannack, et retourna avec Howard à la recherche des autres membres de l'expédition, qu'on supposait morts. Meyers, malgré les vives souffrances que lui causait un pied échaudé, réussit, par la rapidité de sa course, à devancer les Indiens de plusieurs milles et à rejoindre les soldats. Dingee et Arnold, qui avaient pris la fuite avant le massacre, passèrent cinq jours et cinq nuits dans les montagnes, sans nourriture, sans feu, sans couvertures, et ils étaient prêts de succomber au désespoir quand ils rejoignirent, près du lac Henry, l'expédition Howard.

Pendant le feu, Frank Carpenter vit un jeune chef le viser au cœur. Pensant que son heure

était vomio, il fit un sig-no de croix; à cette vue l'Indien jeta son fusil et s'écria : « Viens vite, moi pas tuer, — moi sauver toi! » Alors Carpenter, dans le but de secourir les autres, vola au lieu où sa sœur se penchait sur son mari, avant que Cowan eût été blessé à la tête ; mais le chef l'éloig-na et lui ordonna de se tenir tranquille derrière un buisson. Carpenter supplia le chef d'épargner les femmes, et l'Indien le lui promit.

Le carnage terminé, on arracha mi stress Cowan au corps de son mari. Elle et sa sœur furent liées à un cheval, derrière un sauvage, et emmenées en captivité avec leur frère.

Le lendemain, Oiseau-Blanc réunit en conseil les chefs présents, afin de décider ce qu'on ferait des prisonniers. Le conseil se composait de sept chefs. Oiseau-Blanc parla en faveur des prisonniers. Son argument principal était que, si on les tuait, les citoyens du Montana se vengeraient en tuant les Nez-Percés. Un autre chef se leva et parla longtemps. Il frappait du pied le sol et gesticulait avec emportement. Il voulait tuer Carpenter et faire de sa sœur sa squaiv.

Oiseau-Blanc alluma une pipe, en tira quelques bouffées et la passa à la ronde. Ceux qui

fumaient exprimaient par là l'opinion qu'il fallait rendre à la liberté les prisonniers.

« Jamais de ma vie, dit Carpenler, je n'éprouvai autant de plaisir avoir fumer quelqu'un! » Deux fois la pipe fit le tour du cercle. Quatre chefs fumèrent le calumet, trois refusèrent.

Le conseil se dispersa. Oiseau-Blanc fit savoir à Carpenter qu'il pourrait retourner chez lui avec ses sœurs. Il les escorta sur un parcours d'un mille environ et les quitta en disant :

« Retournez chez vous, pressez le pas! Vous ne rencontrerez pas d'Indiens en route, ils sont retournés au lac Henry pour combattre les soldats de Lewiston. Je ne veux pas combattre les bourgeois ou les soldats du Montana. Dites aux gens de Bozeman, au peuple du Montana, que, si les soldats du Montana nous combattent encore, nous tuerons toutes les femmes blanches, les enfants, les bourgeois, tout le monde! Nous les tuerons tous, nous ne leur rendrons point la liberté! Nous allons au pays des Shoshones. Vous irez à Bozeman en trois jours. Adieu! »

Le récit le plus dramatique est celui de Gowan. On se rappelle qu'il avait reçu une balle à la tête et qu'il avait été laissé pour mort. Mais il n'était pas destiné à mourir d'une balle. La balle con-

tourna le crâne sans le perforer. Le blessé resta inconscient pendant environ deux heures. Quand il revint à lui, il constata que ses blessures n'étaient pas mortelles.

Se croyant seul, il se souleva en s'aidant des branches d'un arbre; déjà il s'était mis debout sur ses jambes, quand il aperçut, à vingt yards de distance, un Indien qui s'approchait de lui, prêt k faire usage d'un fusil qu'il tenait à la main. Cowan se sauva vers un buisson : comme il se retournait pour voir s'il était poursuivi de près, l'Indien fit feu ; la balle frappa Cowan à la hanche gauche et sortit par l'abdomen. Le pauvre blessé tomba sur la face dans les hautes herbes, à une vingtaine de yards du sentier, et resta dans une immobilité absolue, pensant que sa situation était désormais sans espoir et s'attendant à tout moment avoir l'Indien venir achever son œuvre. Mais l'Indien ne vint point. Au bout de vingt minutes environ , une bande hostile passa le long du sentier, mais n'aperçut point le blessé.

Cowan resta en place pendant une demi-heure encore. L'obscurité était tombée; il régnait un profond silence. Il examina prudemment les lieux et, se voyant seul, fit de ses blessures un

nouvel inventaire, qui lui rendit quelque espoir. Incapable de se tenir debout, il se mit à ramper, gagna un endroit où il était plus en sûreté, y réfléchit jusqu'à minuit, puis se coucha en attendant le jour.

Portant trois graves blessures, souffrant du froid, de la faim, épuisé par la perte de son sang, abandonné dans un vaste désert au milieu des hôtes féroces et des sauvages, incapable de marcher, affolé à la pensée que sa femme était assassinée ou en captivité, Gowan était bien digne de pitié. Mais il n'était pas homme à s'abandonner au désespoir. Il se rappela que ses compagnons avaient laissé tomber quelques allumettes et répandu une petite quantité de café grillé au camp du bassin de la Firehole; il se rappela aussi qu'une boite de conserves vide y avait été laissée. S'il retrouvait les allumettes, le café et la boîte, il pourrait faire du feu et se procurer quelque nourriture pour se soutenir jusqu'à ce qu'il fut secouru.

L'ancien camp se trouvait à douze milles de distance; plein de résolution, Gowan entreprit ce périlleux voyage. Lorsqu'il rencontra en chemin les wagons abandonnés, il les fouilla en rampant, dans le vain espoir d y découvrir quelque

vêtement pour se défendre contre le froid. C'est là qu'il retrouva son fidèle chien de chasse, veillant et attendant patiemment le retour de son maître. Le chien, tout joyeux de le revoir, lui prodigua les plus grandes marques de tendresse et fut, dans la suite, son compagnon de voyage. Finalement, après s'être traîne pendant quatre jours et quatre nuits sur les genoux, à travers d'épaisses forêts, le mardi soir (^owan atteignit le camp où l'expédition avait été faite prisonnière : il y trouva les allumettes et les graines de café éparpillées dans la poussière. 11 se considéra alors comme sauvé, car il avait du feu pour se chauffer, du café à boire et un chien qu'il pouvait, au besoin, tuer et manger.

Le lendemain, il fut découvert par les éclaireurs du général Howard. Le jour suivant arriva l'avant-garde avec Arnold, qui annonça le premier à Cowan que sa femme était saine et sauve. Cowan fut placé dans un wagon et emmené avec l'expédition jusqu'à la Yellowstone; accompagné d'Arnold, dont la sollicitude pour son ami ne se lassa pas un instant, il fut envoyé de là à Bozeman; il rencontra sa femme en chemin, et, après maintes péripéties, arriva sans encombre à destination et reçut les félicitations

d'un grancl nombre cFamis qui l'avaient cru mort.

Les aventures de l'expédition de Helena furent aussi émouvantes que celles de l'expédition de Radersburg. Cette caravane était composée de MM. Frederick Pfister, A.-J. Weikert, Richard Deitrich, Joseph Robcrts, Charles Kenck, Jack Stewart, August Foller, Leslie Wilkie, L. Duncan et Benjamin Stone, cuisinier nègre.

Dans la matinée du 2o août, les voyageurs partirent des chutes de la Yellowstone pour camper cette nuit au volcan de boue, à neuf ou dix milles de là; mais, lorsqu'ils atteignirent le sommet de la Montagne de Soufre, ils aperçurent à quelque distance une masse mouvante qu'ils prirent d'abord pour une bande d'élans, puis pour une grande caravane de touristes, mais ils reconnurent finalement que c'était une troupe d'Indiens. Ils découvrirent bientôt le camp indien sur la rive orientale de la Yellowstone. Toute la caravane retourna aussitôt à trois milles des chutes, chevaucha à un mille à l'ouest du sentier, et campa dans une petite clairière, près d'un ruisseau qui se déverse dans la Yellowstone. Ils ne furent aucunement troublés pendant la nuit. Personne ne savait à quelle tribu appartenaient les Indiens observés.

LES INDIENS AU l'ARC NATIONAL 265

Le lendemain malin, Weikert et Wilkie s'offrirent à partir en éclaireurs. Il fut entendu que, si quelque péril les menaçait, ils feraient feu, et que ce signal serait pour la caravane le moment de chercher le salut dans la fuite.

Vers onze heures, le cuisinier préparait le dîner, et la plupart dormaient ou flânaient autour du camp, lorsqu'un coup de fusil mit tout le monde en éveil : en môme temps une volée de balles précédait dans le camp une bande de sauvages qui s'élançaient en déchargeant leurs armes et en faisant retentir les bois de leurs féroces cris de guerre. Kenck fut tué raide ; Stewart reçut une grande blessure à la hanche, mais il parvint h se sauver. Le reste de la caravane se dispersa, courut dans les bois, poursuivi par une grêle de projectiles, et parvint à se sauver.

Les éclaireurs, n'ayant pu découvrir les Indiens à cause du brouillard, revinrent sur leurs pas. Quand ils furent à environ deux milles du camp, ils découvrirent les sauvages en embuscade et firent faire volte-face à leurs montures. Au milieu d'une grêle de balles Weikert fut blessé à l'épaule. Ils purent échapper à la poursuite des Indiens et arriver au camp.

Là les fusils brisés, les provisions et les objets

d'équipement entassés sur le feu couvant sous la cendre leur racontèrent les terribles événements. En poursuivant leur route, ils rencontrèrent Stewart et Stone. Stewart était grièvement blessé, et Stone lui donnait ses soins. Tous deux étaient épuisés. Les braves éclaireurs donnèrent leurs chevaux à leurs camarades en détresse et cheminèrent à pied à leurs côtés pendant toute la nuit.

Ils arrivèrent le lendemain matin à Mammolh Springs, ayant fourni une traite de quarante-cinq milles depuis le moment de l'attaque. Là ils rclrouvèrent Carpenter et ses sœurs, qui venaient d'arriver. Pendant la journée, tous les survivants de la caravane de Helena revinrent, sauf Roberts et Foller.

Ces jeunes gens, dont l'un avait à peine vingt ans et l'autre dix-sept, parvinrent à atteindre la forêt : ils franchirent les montagnes dans une direction nord-ouest, cheminant à travers les bois et espérant éviter ainsi les Indiens, qu'ils croyaient à leurs trousses.

Perdus au milieu de ces lugubres solitudes, sans guide ni boussole, manquant de nourriture et de vêtements, les pieds ensanglantés, c'est par miracle qu'ils purent échapper h la mort et

relruuvor les leurs. Stanley a donné le curieux récit du jeune Roberts.

Weikert et Mac Gartney retournèrent au lieu do l'attaque pour rechercher les manquants , donner la sépulture aux morts, et transporter les blessés. Deitrich, un homme du nom de Stoner et Stone le nègre restèrent à Mammoth Springs pour donner leurs soins aux blessés qui seraient ramenés. Tous les autres étaient partis pour Bozeman. Une troupe d'Indiens fit apparition et ouvrit le feu. Stoner et Stone réussirent à se sauver au camp Doane; mais Deitrich fut tué. Weikert et Mac Gartney ensevelirent le corps de Kenck; ils s'en retournaient à Mammoth Springs, quand ils furent attaqués par les mêmes Indiens, auxquels ils n'échappèrent que par miracle : l'un des éclaireurs eut son cheval tué sous lui.

Qu'on s'imagine le deuil qui s'étendit sur tout le Territoire du Montana lorsque le télégraphe y apporta la nouvelle de ces tragiques événements! On crut d'abord que tous les voyageurs avaient été scalpés ou réduits en captivité. Deux seulement avaient trouvé la mort. Le salut des autres fut miraculeux.

Six ans après, nous avons trouvé un vaste

hôtel à Mammoth Springs, au lieu même où Deitrich fut tué. Les Indiens n'étaient plus qu'un lointain souvenir. En Amérique le temps marche vite!

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