CHAPITRE VI
LA RIVIÈRE GIBBON
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Compagnons de voyage. — Le guide Jack. — Plan de voyage. — Les routes du Parc National. — Les poneys indiens. — La selle californienne. — Charmes du voyage à cheval. — Le président Arthur. — Terrace Mountain. — Lone Star Geyser. — Dans là forêt. — EÉcureuils et serpents. — Une épave du train présidentiel. — Terrace Pass. — La monlagne Carrée. — Le lac des Cygnes. — Forèt incendiée. — Rochers d’obsidienne. — Une route de verre. — Source sulfureuse. — Le lac des Castors. — Le lac des Bois, — La rivière Gibbou.
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J'eus la bonne fortune de rencontrer à Mammoth Springs deux Anglais en route pour
explorer le Parc National. L'un d'eux, le doc-
teur Clarke, avait visité l'Islande en 1877 :
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en sa qualité de géologue il se proposait de comparer les phénomènes volcaniques de la Terre des Merveilles avec ceux qu'il avait cbservés dans la Terre de Glace. Quand il sut que
j'avais chevauché également à travers Les champs
108 LA TERRE DES MERVEILLES de lave de la grande île du Nord, il me prit en haute estime, me présenta à son ami Alexander, et me proposa de m'associer à leur expédition : les frais de voyage seraient répartis entre trois, on dormirait sous la mème tente. Inutile de dire que la perspective de parcourir avec d'aimables gentlemen un pays complètement désert me fit accepter la proposition avec enthousiasme.
Nous engageàmes un guide du nom de Jack.
Type de trappeur du Far-West, cet homme n'avait jamais mis le pied à l’est de Chicago; pendant huit ans il avait fait le rude métier de mineur dans les placers aurifères du Colorado. Il portait un costume moitié indien, moitié européen : culottes en peau de bison noyées dans d'immenses bottes jaunes à éperons mexicains qui sonnaient comme des grelots, veste en peau d'élau, monumental chapeau de feutre ombrageant une figure barbue; à la ceinture, dans un étui en cuir, un énorme pistolet américain.
Sous son féroce costume, Jack était le meilleur garcon du monde. Le succès de l'expédition fut dû en grande partie à son inaltérable bonne humeur, à son énergie, à son intelligence. Nous lui laïscàmes le soin de nous trouver des
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Notre plan était de gagner immédiatement la région des geysers, située au sud du Parc National. Nous visiterions ensuite le lac Yellowstone, puis les volcans de boue, la montagne de soufre; après avoir admiré le Grand Cañon et les chutes de la Yellowstone, nous voulions faire l’ascension du mont Washburn, visiter les chutes de la Tour, et revenir à notre point de départ par la vallée de la Gardiner River. Une dizaine de jours devaient nous suflire pour cette expédition.
Le réseau de routes qui doivent sillonner l'intérieur du Parc National était à peine commencé en 1883. Une route de wagons menait de Mammoth Springs à la région des geysers et aux chutes de la Yellowstone; mais les autres points du pays n'étaient accessibles que par des sentiers de mulets ou de simples pistes tracées à travers les forèts. Le chemin de wagons était, d'ailleurs, en aussi pitoyable état que les «routes royales » dont je fis plus tard l'expérience au Mexique : le plus sûr moyen de n'y point verser, c'était de les parcourir à cheval.
La somme de 15 000 dollars que le Congrès des États-Unis alloue annuellement pour l’entretien du Parc National, et dont il faut déduire
les traitements du surintendant et du garde-
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chasse, est évidemment insuffisante pour l'amélioration des routes et des sentiers : les pluies de l'hiver détruisent les minces travaux accomplis pendant l'été. Dans la relation de son expédilion au Parc National en 1881, le général Sheridan propose l'allocation d’un subside plus élevé, la nomination d'un officier du génie qui serait chargé de l'entretien et de l'amélioration des routes, et l'envoi d’une ou deux compagnies de cavalerie qui stationneraient dans le Parc en été pour empècher l'incendie des forêts et la mutilation des ouvrages naturels édifiés par les geysers.
Si nous étions venus quelques mois plus tôt, nous aurions dû emmener des chevaux de charge et emporter un matériel complet de campement, tentes, peaux de bison, provisions. Mais nous étions assurés de trouver partout des tentes, des lits de camp ou des peaux de bison, et même des cuisines volantes que le surintendant du Parc avait fait dresser à l'usage des visiteurs dans le voisinage des points les plus intéressants du pays, en attendant le jour prochain où surgiront des hôtels.
Notre petite caravane se réduisit done à quatre chevaux de selle. (étaient des poneys
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indiens, qu'on désigne dans le pays sous le nom de cayuses, excellentes petites bêtes aux jambes fines et nerveuses, qui m'ont paru avoir beaucoup d'affinités avec mes chers poneys d'Islande. Sur terrain plat ils vous ont un galop rapide comme le vent; dans la montagne ils déploient une merveilleuse sûreté de pied : ils côtoient par d’étroits sentiers les précipices les plus vertigineux, et le mieux est de se fier à leur instinct, sans essayer de les conduire.
Nos montures portaient la selle californienne, munie d’un fouillis de courroies, d’un haut pommeau et d'un dossier relevé en volute comme la selle mexicaine; les étriers, en bois, sont disposés de facon à venir d'eux-mêmes s'offrir à la pointe du pied. Moins élégante que la selle anglaise, la selle californienne est parfaitement adaptée à de longues chevauchées dans les montagnes : le cavalier y est en quelque sorte emboîté; mais malheur à lui si sa monture vient à culbuter : rivé à elle, il partagera son sort; ce qui peut le rassurer, c'est que le cayuse ne bronche pas plus que le mustang mexicain.
De tous les genres de voyage, celui qui offre le plus d’attraits est incontestablement le voyage à cheval. J'ai connu un musicien qui ne trouvait
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