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TERRE DES MERVEILLES ET TERRE DE GLACE

Les geysers’ d'Amérique comparés à ceux de l'Islande. — “ain Leurs caractères communs. — Leur température. — Ils en. ont une cause analogue. — Caractère volcanique du bassin È de la Yellowstone. — Rapide décroissance. — Tremblements ] de terre. — Nature des sources chaudes. — Leurs différents

élats. — Origine de leurs eaux.

De tous les phénomènes de la nature, je n’en 7 connais pas de plus magnifique, de plus captivant que l’éruption d'un geyser. Déjà en Islande j'avais eu le bonheur d’en être témoin, et il m'en

Rod

était resté une de ces vives et profondes impres- 7 sions qui font époque dans la vie. Mais ma % curiosité n'était pas pleinement satisfaite. Je Et

n'avais vu à l'œuvre que le Strokkr, fontaine jullissante d’une importance secondaire, dont on

peut toujours provoquer les spasmes par cerlains artifices ; quant au Gr'and-Geyser, il m'avait 4%

faussé compagnie, el je lui avais gardé quelque peu rancune. Mon séjour dans le bassin de la Firechole me vengea de son dédain : j'étais heureux et fier de présenter mes hommages à des geysers plus tratiables, Je me rappelais ce que j'en avais entendu dire en Islande par un Américain : d'après lui, les geysers d'Islande étaient des pygmées, mere puppels, en comparaison de ceux de la Firehole. Comme les Américains ont une vanité nationale excessive, je ne savais alors que penser, el j'élais assez près de croire que les prélendues merveilles de la Yellowstone étaient un Æumbug au fond duquel il y avait une bonne dose d'exagération.

Aujourd'hui que j'ai pu comparer et juger, je dois reconnaitre que mon Américain n'avait dit que la vérité. Sous le rapport des phénomènes geysériens, l'Islande n'est qu'une pàle réduction de la Yellowstone.

Les fontaines jaillissantes des montagnes Rocheuses l'emportent sur celles de la Terre de Glace par le nombre, par le volume d'eau qu'elles débitent, par la fréquence de leurs éruptions, par la durée de leur effervescence, par Fampleur et la hauteur des colonnes d'eau qu’elles projettent,

enfin par l'importance et la beauté de leurs dépôts.

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TERRE DES MERVEILLES ET TERRE DE GLACE 207 Les geysers des deux contrées ont cependant beaucoup de caractères communs : leurs éruplions présentent les mèmes intermittences, les mèmes gradations; leurs eaux, soumises aux mèmes marées, ont la mème pureté, la mème

splendide coloration bleue; elles ont les mèmes

propriétés pétrifiantes ; les spécimens de geysérite que j'ai recueillis en Islande présentent beaucoup d’analogie avec ceux que j'ai rapportés de la Yellowstone. Les formes qu'affectent les bassins des geysers, les motifs d'ornementation que présentent leurs bordures et leurs parois, se ressemblent d'une façon si surprenante dans les deux districts, qu’on est tenté de se demander si la nature ne s’est pas répétée, par une de ces réminiscences d'artiste à bout d'inspiration; cette créatrice affectionne, dans les contours des coupes d'eau bouillante, la forme ovale ou circulaire; elle varie l’aspect des incrustations suivant le régime de la source thermale : le plus souvent, c'est cette végétation mamelonnée qui rappelle si bien des efflorescences de chouxleurs; mais, dans les sources tranquilles, ce sont plutôt des surfaces planes, qui se découpent en festons et s'étendent vers le centre du bassin

comme des glaçons flottants.

Le Grand-Geyser d'Islande l'emporte peut-être sur ceux de la Yellowstone par la simplicité et la perfection des formes : son bassin, presque circulaire, s'ouvre avec une admirable régularité vers le tube central; je n’en ai point vu dans les montagnes Rocheuses qui offrent un type plus classique.

On retrouve en Islande non seulement les mèmes formes, mais aussi le mème coloris, d'une richesse et d’un éclat dont le pinceau don-

nerait à peine l'idée. :

Nous voyons de nouvelles analogies dans la lempérature des sources jaillissantes; en Amé- |

rique comme en Islande, elle est excessivement

élevée, et l’on constate qu'elle augmente nota-

blement à l'approche d’une éruption. Dans la

vallée de la Firehole et sur les bords du lac Yel-

lowstone, on voit bouillir l'eau des geysers à une

température de 92 ou 93° centigrades. C'est que li

ces régions sont beaucoup plus élevées que l'Is-æ c

lande : du niveau de la mer au niveau du lac Yel- qi

lowstone, le point d’ébullition descend de près M

de 8 degrés.

En Islande, la température du Grand-Geyser :

été mesurée à des profondeurs qu’on ne peut}

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TERRE DES MERVEILLES ET TERRE DE GLACE 209 de l'irrégularité de leurs parois intérieures. Dans le Grand-Geyser on a pu plonger le thermomètre à plus de 23 mètres de profondeur; dix minutes avant une éruption, Bunsen y a constaté l'énorme température de 122° centigrades à une profondeur d'environ 14 mètres. Dans le bassin de la Firehole, la température dépasse rarement 93°; celle des eaux profondes n’a pu encore ètre vbservée.

Les geysers d'Amérique et ceux d'Islande ont évidemment une cause analogue, car, sur tous les points du globe, la nature est soumise aux mèmes lois immuables. Dans les deux pays, les phénomènes geysériens sont les derniers vestiges d'une activité volcanique en voie d'extinction. Les sources intermittentes sont, d’ailleurs, de véritables volcans, avec cette seule différence qu'elles projettent de l’eau au lieu de projeter des maüières fondues. Comme dans les volcans, c’est un corps gazeux, principalement de la vapeur d'eau, qui est l'agent des explosions.

Durant la période pliocène, toute la région de la haute Yellowstone fut le théâtre d'un prodigieux travail plutonien dont l’activité éruptive de l'Islande actuelle n'offre qu’une faible image. Ilayden considère tout le bassin comme un

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