LES PREMIÈRES EXPLORATIONS
Ces fables avaient un fond de vérité. Dans les gorges de la Yellowstone, les roches basaltiques affectent souvent la forme de putais ruinés et de forteresses; dans maintes parties du Parc National on trouve des vestiges de forèts pétrifiées; qu'étaient-ce que les palais de perles, sinon les cratères des geysers aux parois incrustées de blanches concrétions mamelonnées? L'infernal domaine du feu, n'était-ce pas le bassin de la Firehole criblé de geysers et de sources d'eau bouillante?
Toutle monde savait enfin qu'il devait y avoir là-bas du merveilleux, bien qu'on ne sût au juste de quoi il s'agissait. Quand la fièvre de l'or attira dans le Montana un immense courant d'immigration, beaucoup voulurent connaitre la contrée mystérieuse.
C'est du Montana que partit, en 1863, l’expédition W, de Lacey, qui se proposait d'explorer le cours supérieur de la rivière du Serpent, dans le but de découvrir des gisements aurifères. Mais, comme leurs recherches n'aboutirent qu'à de maigres résullats, l'expédition fut dissoute et se dispersa dans différentes directions. Le capitaine de Lacey, avec une partie de sa caravane, remonta la rivière du Serpent et la rivière Lewis,
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découvrit les lacs Lewis et Shoshone et les seysers du bassin inférieur et du Shoshone. Le résultat géographique de cette expédition fut une carte du Montana dressée par de Lacey et publiée par les soins des autorités du Territoire en 1864-1865.
Au printemps de 1864, IL.-W. Wayant partit de Silver City avec une caravane de quarante hommes et un nombre considérable de chevaux de charge, et remonta la rive orientale de la Yellowstone. Il explora le mont des Emigrants, la rivière East Fork et le Soda Butte. Une partie de l'expédition atteignit le pie Index et l'une des sources de la rivière Columbia.
Dans la mèmeannée,George Iluston commanda une expédition à la rivière Firehole, qu'ilremonta jusqu'au grand bassin des geysers. Mais, quand Iluston et ses compagnons furent témoins des eflroyables éruptions de la Géante et des autres geysers, et quand ils pensèrent ètre suffoqués par les vapeurs de soufre, ils s'imaginèrent qu'ils élaient arrivés au seuil des régions soumises aux puissances infernales, et, dans leur terreur, ils décampèrent au plus vite.
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LES PREMIÈRES EXPLORATIONS 25 par des perspectives de lucre. Les uns y étaient venus pour chasser les bêtes à fourrure, les autres pour découvrir de l'or. En 1869, deux inspecteurs, Cook et Folsom, firent le premier véritable voyage d'exploration à travers la Terre des Merveilles. Ils remontèrent la Yellowstone, lraversèrent la rivière près des grandes cataractes, continuèrent à la remonter jusqu’au lac, dont ils contournèrent la rive occidentale, traversèrent les bassins des geysers, et effectuèrent leur retour par la rivière Madison (Firehole). Le récit qu'ils firent de leur voyage dans le Lakeside Monthly de Chicago attira l'attention du publie. Ce fut sans doute la première description authentique de la région des sources chaudes. Le voile d'obscurité qui planait sur celte Terra incognila élait maintenant soulevé, la route était ouverte. Dès lors les explorations se succèdent d'année en année.
L'été suivant, en 1870, fut organisée la premire expédition officielle, composée de personnes notables du Montana, sous la conduite du général Washburn, qui était alors inspecteur général de ce territoire, L'expédition fut accompagnée d'une petite escorte détachée du fort
Ellis, sous le commandement du lieutenant
26 LA TERRE DES MERVEILLES G.-C. Doane. Ils remontèrent la Yellowstone jusqu'au lac, dont ils firent entièrement le tour, et visitèrent tous les points remarquables, sauf les sources de la rivière Gardiner.
Pendant qu'ils exploraient les rives du lac, un des membres de l'expédition, M. Everts, s'éloigna de ses compagnons et se perdit. Pour comble de malheur, son cheval s'échappa, emportant ses couvertures et ses armes à feu. Ses compagnons le recherchèrent plusieurs jours, firent des signaux, allumèrent des feux, ürèrent des coups de fusil; enfin, pensant qu'Everts s'en élait retourné, et se trouvant d'ailleurs à bout de vivres, ils se remirent en route, espérant le rejoindre. Avant de partir, ils avaient déposé au campement des provisions, que le pauvre égaré ne trouva pas. Everts erra pendant trente-sept jours dans le désert, sans abri et sans autre nourriture que des racines qu'il faisait bouillir dans les sources chaudes, et quelques poissons qu'il réussit à prendre avec un clou. Il vit beaucoup de gibier, mais ne put s'en emparer faute d'armes. Un jour il faillit ètre mis en pièces par un lion de montagne, auquel il n'échappa qu'en grimpant sur un arbre : le fauve rôda
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LES PREMIÈRES EXPLORATIONS 27 sa queue et faisant retentir la forèt de ses effrovables rugissements, Pendant une tempète de neige il n'eut d'autre couche que la croûte chaude d'une source thermale, d'autre abri que quelques branches de pin dont il se couvrit à défaut des couvertures que son cheval avait emportées. Il fut plus d'une fois sur le point de s'abandonner au désespoir; mais le souvenir des êtres chéris qu'il avait laissés au foyer lui donnait une force presque surnaturelle. Quand il fut enfin retrouvé par ses amis sur une montagne près de Mammoth Springs, 1l avait momentanément perdu la raison et n'était plus qu'un squelette, Il revint pourtant à la santé et publia plus tard le récit dramatique de ses avenlures.
L'année suivante, en 1871, eut lieu la mémorable expédition scientifique du docteur Hayden, géologue des États-Unis, accompagné de tout un corps de savants. Les résultats du voyage furent publiés dans les célèbres rapports du Service géologique.
Cette expédition eut un grand retentissement en Amérique et mème en Europe. Hayden fut le
véritable révélateur de la Terre des Merveilles,
et c'est à lui que revient l'honneur non seule-
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ment d'avoir fait connaitre au monde cette porlion du continent américain, mais aussi d'avoir conçu une belle et grande idée.
L'enthousiasme qui s'empara de lui et de ses compagnons élait assombri par la crainte de voir cette admirable contrée envahie bientôt par une légion d'industriels qui n'attendraient que le printemps suivant pour prendre possession de toutes ces magnificences, pour faire commeree des rares spécimens minéralogiques, pour palissader les geysers, établir des guichets aux ‘ataractes et prélever des droits d'entrée sur les visiteurs. Il s’affligeait surtout à la pensée que le vandalisme des envahisseurs s’exercerait sur les incomparables monuments dont l'édification a demandé des milliers d'années. Eh bien! il fallait empècher la spéculation de profaner cette merveille de la nature comme elle avait souillé déjà les chutes du Niagara.
Hayden imagina donc de mettre la contrée découverte sous la protection et la surveillance de l'État, s'adressa au gouvernement, et proposa d'ériger cette portion du territoire de l'Union en Pare public d'agrément dont l'accès serait interdit aux chasseurs de dollars, et qui serait
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Le docteur Hayden, géologue des Éluts-Unis.
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