‹ La terre des merveilles [microforme]Chapitre 67 sur 80 · LE MONT WASHBURN · texte numérisé non relu

LE MONT WASHBURN

gigantesque d’une cathédrale gothique. La forèt de pinacles qui surgit derrière les tours jumelles complète l'illusion. La cataracte s’élance, d’un bond ininterrompu de 50 mètres, dans un abîime circulaire. C’est un spectacle saisissant. Je me rappelle que le piton du haut duquel nous vimes la chute était si étroit, qu'il n’y avait place que pour un seul spectateur, et encore fallait-il se cramponner à un arbre suspendu au-dessus du gouffre. On peut recommander ce lieu à ceux qui veulent prendre des leçons de vertige. Mais la vue vaut bien qu’on brave le danger. On embrasse à la fois la cascade et tout le pays environnant, À 300 mètres de là coule la Yellowstone au fond de son cañon, dont les parois jaunâtres forment en cet endroit des palissades naturelles disposées avec tant d’artet de symétrie, qu’on les prendrait pour des constructions militaires, Au loin on aperçoit les sommets vaporeux de la Cordillère, d’une teinte bleu velouté.

En quittant les Tower Falls, nous traversons une région déserte. Sur le bord du chemin nous apercevons le crâne blanchi d’un cheval : nous sommes au lieu mème où Weikert et Mac Cartney furent attaqués par les Nez-Percés en 1877. On se rappelle que l’un d'eux eut son cheval tué sous

856 LA TERRE DES MERVEILLES lui. Le morne aspect du pays répond bien à ce lugubre souvenir.

À sept heures du soir nous saluons enfin le loghouse où nous avons résolu de passer la nuit qui doit clore notre vie nomade. Après les quelques nuits que nous venons de passer sous la froide tente, nous nous réjouissons à l’idée de dormir cette fois dans une habitation close et bien chauffée.

Qu'on s’imagine une grossière construction faite de troncs d'arbres non équarris et non calfeutrés, laissant entrer le vent par les interstices. Cela rappelle les saeters ou huttes de bersers dans les montagnes de la Norvège. L'intérieur se compose d'une pièce unique servant tout à la fois, à la mode d'Islande, de cuisine, de salle à manger et de chambre à coucher. À la mode d'Islande aussi, les bêtes y dorment avec les gens, En entrant, nous sommes accueillis par de gros chiens noirs plus disposés à nous sauter au cou qu'à nous souhaiter la bienvenue.

Le vieux solitaire qui habite cette cabane vit

des péages percus sur les voyageurs et les mi-

neurs qui se servent du « pont de Jack » jeté sur la Yellowstone pour l'exploitation des mines

d'or et d'argent situées à une douzaine de lieues

nàce

nfin le ser la rès les T Sous dée de lose et

ruction et non , interde ber- L'intént tout e salle

mode

gens.

» gros

u cou

ne vit s mi- » jeté

ines

ieues

PR ne +R ne Qi 0 ES MORE A D OS EE GE Can nn pa pm

Murailles basaltiques du Grand-Cüñon (p. 355),

LE MONT WASHBURN 359 à l’est. Autrefois il faisait lui-mème le métier de mineur; mais, un jour, à la suite d’une explosion de poudre, des parcelles de roc et un morceau de son chapeau de feutre lui entrèrent dans la cervelle ; il fit une longue maladie, pendant laquelle il perdit une portion de la boîte crânienne.

Finalement il guérit, et il est actuellement parfaitement sain de corps et d'esprit. Il nous sert, dans une crasseuse vaisselle de fer battu, des truites et une tasse de café. Nous soupons assis sur des tonneaux et à la lueur d'une chandelle.

D'infectes peaux de bison étendues sur un plancher qui n’a jamais vu l’eau nous servent de couches pour la nuit. Sans compter les deux chiens, nous sommes bien une douzaine de dormeurs dans cette pièce étroite, car des mineurs y sont venus aussi demander l'hospitalité. Tout ce monde couche éparpillé dans tous les coins. La température est suffocante. À neuf heures du soir on souffle la chandelle, et la chambre n’est plus éclairée que par la flamme mourante des bûches de bois. Avant de fermer l'œil, ces rough people se racontent, avec l’accent nasillard si caractéristique du Yankee, les mille épisodes de leur vie aventureuse. Puis silence profond, auquel

À (1 ‘4 + LR fi k 1!

Page 1