‹ La terre des merveilles [microforme]Chapitre 9 sur 80 · DU MISSISSIPI A LA YELLOWSTONE · texte numérisé non relu

DU MISSISSIPI A LA YELLOWSTONE

Départ de Saint-Louis. — Le pont du Mississipi. — Chicago. — Madison. — Eau-Claire. — Welcome. — Aspect de la ville et de la population. — Principes égalitaires. — Les scieries mécaniques. — Saint-Paul. — Le Mississipi. — L'hôtel Métropolitain. — M. Lamborn. — Le chemin de fer du Northern Pacific. — Le Pacific Express. — Dalrymple Farm. — Les stations, — Les prairies du Dakota. — Les Sioux. — Les Mauvaises-Terres. — Little Missouri. — Le Montana. — La Yellowstone, — Les montagnes Rocheuses. — Livingstone City. — L'inauguration du Northern Pacific. —- Le général Grant.

Je quittai Saint-Louis par un train de nuit, heureux d'échanger les moustiques du Southern Hotel contre la fraicheur d’un s/eeping car.

Ce fut par un admirable clair de lune que le train traversa le fameux pont de fer jeté par le génie américain au-dessus du vénérable Mississipi. Je songeais à Atala et à Chactas, quand le conducteur du train vint brutalement me tirer

36 LA TERRE DES MERVEILLES |! de ma contemplation pour me réclamer un péage | de vingt-cinq sous pour le passage du pont, Je | me rappelai le prosaïque douanier qui vint de | || la mème facon m'arracher à mes rèveries sur Ln | le pont suspendu du Niagara.

| | Le lendemain matin, j'étais à Chicago, la reine

; | | des lacs. J'avais espéré trouver un peu de frai- À | Î cheur dans une ville assise sur les bords du lac | | | | Michigan. Ah! bien oui, les rares passants qui ; | : osaient se risquer dans les rues murmuraient Ë

| | entre les dents, en manière de soliloque : « J4 : | | | is very warm Las bu Lt Le qu'un Chicagois | | | fasse une pareille réflexion, il faut que la cha- : | | | leur prime toutes ses autres préoccupations. î il | Avais-je assez de chance! À sept années de dis- : (ll | tance je me retrouvais ici par une température : L | que je n'ai point connue dans les régions les | | | plus torrides des Terres-Chaudes du Mexique. ï | | Par je ne sais quelle fatalité, cette fois tout 4 | | 4 | comme lors de ma première visite, au dire des ‘ | pi | habitants cette chaleur anormale avait éclaté au î | | moment de mon arrivée, et l’on m'assurait que 1 Ï | la température avait été jusqu'alors exception- î ù L hi nellement fraiche. Rien ne me surprenait comme Î L | le monstrueux appétit des Américains qui man- Le à | geaient par une pareille température avec unc à :

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DU MISSISSIPI A LA YELLOWSTONE 37 avidité d'Esquimaux; ce qui ne les empèchait pas d'absorber comme des éponges sèches toutes sortes de savantes boissons.

Chicago, qui m'avait rempli d'étonnement lors de ma première visite, me parut cette fois la ville la plus mortellement ennuyeuse des États- Unis : elle ne peut retenir que des gens d’affaires, Je ne m'y arrètai que vingt-quatre heures.

Combien je préfère à la grande métropole de l'Illinois la jolie petite ville de Madison, capitale du Wisconsin, où je passai deux jours charmants chez mon ami Anderson, le savant scandinaviste américain, que le président Cleveland a récemment appelé au poste de ministre des États- Unis à Copenhague. Dans ce paisible intérieur je me retrouvais en Norvège, car Mme Anderson est Norvégienne, et sa jolie maison porte le nom d'Asgard, la demeure des dieux scandinaves. Et, vraiment, le séjour d'Odin n'était peut-être pas plus beau ni plus aimable que cette charmante vallée de Madison. Les bâtiments de l'Université sont admirablement placés au sommet d'une colline d’où l'on domine plusieurs lacs d’un aspect romantique. Ces lacs, qui ont

conservé leurs noms d'une haute saveur indienne,

me faisaient rèver aux récits de Fenimore Coo-

38 LA TERRE DES MERVLILLES per. Au Capitole, où siège la législature de l'État, on conserve un aigle empaillé qui suivit le régiment du Wisconsin dans la guerre de Sécession : les habitants en sont très ficrs.

Après avoir traversé à la vapeur les immenses forèts du Wisconsin, je m'arrètai deux autres journées à Eau-Claire, dont le nom, aujourd'hui écorché par des lèvres anglo-saxonnes, rappelle que ce pays fut primitivement colonisé par des Français.

M. Anderson me fit les honneurs de l'endroit. Je fus fèté, choyé par tout ce qui appartenait à la presse, à l’industrie, à la magistrature. Les journaux de la localité publièrent sur mon compte des articies dithyrambiques intitulés Welcome. On ne me fit grâce d'aucune usine, d'aucun chantier; on me mena prendre le thé chez tous les self-made men, nom qui sert à désigner en Amérique les hommes qui ont amassé beaucoup de dollars ; on m'initia aux secrets du poker, le jeu cher aux Américains. On m'expliqua que cette ville d'Eau-Claire, qui n'existait pas il y a quelques années, dont je n'avais jamais entendu le nom, dont les rues sont éclairées à la lumière électrique, est devenue aujourd’hui la deuxième ville du Wisconsin.

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