CHAPITRE
LES EAL'X MARINES.
Considérations générales.
Pour la plupart des hommes, groupés en populations pressées dans ces continents qui s'étendent à peine sur le quart de la surfa^ce du globe, les mers ne sont guère autre chose qu'une sorte de chaos sans limite et sans fond ; par une illusion d'optique intellectuelle, les savants eux-mêmes donnent aux phénomènes des régions continentales une importance géographique beaucoup plus grande qu'à ceux des régions océaniques. Ainsi nos ancêtres, tout en voyant au-dessus de leurs têtes s'arrondir l'espace infini rempli d'étoiles et de nébuleuses, considéraient cette immensité comme une simple coupole reposant sur le large édifice de la terre.
Et pourtant, si l'influence de l'Océan dans l'économie
générale du globe n'est point étudiée avec le même soin que laction des rivières qui coulent dans les plaines et des sources qui jaillissent dans les creux des collines, cette influence n'en est pas moins de premier ordre, et c'est d'elle que dépendent les principaux phénomènes de la vie planétaire. « L'eau est ce qu'il y a de plus grand ! » s'écriait Pindare, dès les origines de la civilisation hellénique, et depuis, la science nous a révélé que les continents eux-mêmes se sont élaborés au sein des mers, que sans elles le sol, pareil à une surface métallique, ne pourrait donner naissance à aucun organisme. Ainsi que le racontent poétiquement presque toutes les cosmogonies des peuples primitifs, la terre est « fille de l'Océan ». Ce n'est point là simplement un mythe, c'est la réalité même. L'étude des couches terrestres, grès, sables, argiles, calcaires, conglomérats, prouve que les matériaux des masses continentales ont en grande partie séjourné au fond de la mer, et qu'ils y ont pris leur fiorme et leur composition : peut-être même de nombreuses roches, et notamment les granits de la Scandinavie \ que l'on croyait autrefois être sorties à l'état pâteux de l'intérieur de la terre, sont-elles d'anciens grès et calcaires marins lentement transformés par le travail de chimie qui s'opère incessamment dans le grand laboratoire du globe. Même sur les flancs et les sommets des plus hautes montagnes, soulevées actuellement à plusieurs milliers de mètres audessus du niveau de l'Océan, on trouve les traces de l'antique séjour et de l'action des eaux marines. Sous nos yeux, l'immense labeur commencé par les mers dès l'origine des âges se continue sans relâche avec une telle activité que, même durant sa courte vie, l'homme peut assister à d'importantes modifications des côtes. Si les flots sapent et renversent lentement une péninsule, ailleurs ils construisent des plages et forment des îlots. Aux anciennes roches démolies par les vagues succèdent des roches nouvelles, différentes par l'ordonnance et l'aspect. Ainsi les promontoires de granit se
4. Voir, dans le premier volume, le chapitre inlitulé les Oscillations lentes du sol terrestre.