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L'ORIGINE OCÉANIQUE DES CONTINENTS

changent en strates de gneiss sous Taction des ondes qui trient et tamisent régulièrement les divers cristaux du rocher désagrégé, quartz, feldspath et mica. De même, l'argile provenant de la désintégration lente du feldspath porphyrîque ou granitique se transforme en ardoise, dont les feuillets superposés durciront tôt ou tard comme ceux des schistes anciens^ Ce n'est pas tout : un agent encore plus puissant que le choc des vagues travaille constamment, dans le sein de la mer^ à la modification et à la reconstruction des roches. Cet agent, c'est la vie animale. Les testacés, les coraux, Jes innombrables animalcules à carapace calcaire ou siliceuse qui . vivent dans l'Océan sont sans cesse à l'oeuvre pour consommer et produire. Ils absorbent les molécules terreuses que les fleuves apportent à la mer, les décomposent chimiquement dans leurs organismes et sécrètent les substances dont ils forment leur squelette et leur étui ; à mesure que meurent les générations de ces tourbillons d'animaux, leurs débris s'entassent au fond de la mer ou sur ses plages et finissent par former des bancs immenses, des plateaux qu'un soulèvement produira plus tard au grand jour^

Grâce à cet incessant renouvellement des roches, l'Océan crée à chaque heure une terre différente de l'ancienne par l'aspect et la disposition des couches. Aussi, pour l'esprit du géologue, le fond invisible* des mers ne devrait-il pas avoir moins d'importance que la surface émergée des continents : le sol qui nous porte aujourd'hui, nous et nos cités, disparaîtra comme ont déjà disparu en tout ou en partie les terres des époques antérieures, et les espaces encore inconnus que recouvrent les eaux surgiront à leur tour pour s'étendre à la lumière du soleil en masses continentales, en iles, en péninsules.

Durant la longue période d'Ages géologiques pendant laquelle les diverses parties de la terre sont baignées, non par les flots marins, mais seulement par les ondes de l'atmosphère, l'Océan ne cesse d'en niodeler le relief par ses nuages,

4. Voir, ci-dessous, le chapitre intitulé la Terre et sa Faune,

ses pluies et les météores naissant à sa surface. Tous ces agents de l'atmosphère qui s'acharnent contre les sommets des monts, les ravinent et les abaissent peu à peu, c'est la mer qui les envoie ; tous ces glaciers qui polissent les roches et poussent devant eux dans les vallées de puissantes moraines de débris, ce sont les nuages venus de l'Océan qui les déposent sous forme de neige dans les cirques des montagnes ; toutes ces eaux qui pénètrent par les fissures dans les profondeurs du sol, qui dissolvent les rochers, percent les grottes, entraînent à la surface les substances minérales et causent parfois de grands écroulements souterrains, que sont-elles, sinon les vapeurs marines retournant à l'état liquide vers le bassin d'où elle étaient sorties ? Enfin les innombrables rivières qui répandent la vie sur tout le globe, et sans lesquelles les continents seraient des espaces arides et complètement inhabitables, ne sont autre chose qu'un système de veines et de veinules rapportant au grand réservoir océanique les eaux déversées sur le sol par le système artériel des nuages et des pluies. C'est donc aux phénomènes de la vie maritime qu'il faut ajttribuer l'immense travail géologique des fleuves et le rôle si important qu'ils remplissent dans la flore, la faune et l'histoire de l'humanité. Les découvertes futures des géologues et des naturalistes nous diront aussi quelle part revient à l'Océan dans la production et le* développement des germes de vie animale et végétale qui ont atteint leur plus grande beauté à la surface des continents.

Quant aux climats, aux variations desquels est soumis tout ce qui vit sur la terre, ne dépendent-ils point des mouvements océaniques autant que de la distribution et du relief des espaces émergés? Le froid des latitudes polaires serait plus rigoureux , la chaleur des latitudes tropicales serait plus forte, et ces extrêmes feraient périr sans doute la plupart des êtres actuellement en existence, si les courants océaniques ne portaient l'eau des pôles à l'équateur, celle de l'équateur aux pôles, et ne travaillaient ainsi constamment à l'équilibre des températures. De même, l'atmosphère serait complètement dépourvue de vapeurs et peut-être irrespirable,

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