LES MARÉES DE LA MÉDITERRANÉE. U
par une série d*ane douzaine de hautes et de basses mers. Tel serait le résultat de l'expérience faite par les usiniers qui voient les roues de leurs moulins tourner alternativement dans un sens ou dans Tautre, suivant la direction du courante De leur côté, les musulmans maintiennent comme un article de foi que les cinq flots de l'Eu ripe se succèdent régulièrement aux cinq heures de la prière*; ^enfin les rapides observations de plusieurs voyageurs décrivent encore autrement les oscillations de la mer dans l'étroit canal. Le fait est que les courants du détroit de Négrepont sont inexpliqués et, s'ils se succédaient d'une manière aussi bizarre que TafOrment les riverains, on comprendrait en effet la. légende d'après laquelle Aristote, après avoir vainement cherché à deviner le mystère, se serait précipité de désespoir dans les tourbillons de l'Euripe.
Bien plus fameux encore que les courants du détroit de l'Eubée étaient les gouflffes de Charybde et de Scylla, bravés pour la première fois par le sage Ulysse. D'après les chants homériques, les deux monstres hurlants qui gardent l'entrée du détroit de Messine attiraient dans leurs cavernes sôus-marines d'immenses tourbillons d'eau qu'ils vomissaient ensuite en courants furieux, et tous les navires qui s'approchaient des antres formidables étaient inévitablement engloutis. Actuellement il n'est point dans la Méditerranée de détroit plus fréquenté que celui de Messine, et, grâce aux sondages opérés sur ces prétendus gouffres, où les anciens voyaient le « nombril de la mer » , les monstres ont perdu leur terrible prestige. On sait maintenant que les tourbillons de Charybde . et de Scylla ne sont autre chose que des mouvements latéraux produits par le flux et le reflux à leur passage dans ce canal trop étroit, dont la largeur ne dépasse guère trois kilomètres et qu'ont traversé plus d'une fois sur des chevaux à la nage les conquérants de la Sicile. Lors de la marée montante, le cou-
4. Berghaus; ~ von Kloden, Handlmch der Erdkunde. i. Nalur, i. VUf, 4864.
rant se porte au nord, de la mer d'Ionie dans la mer Tyrrhénienne ; à la marée descendante, le flot venu du nord reprend la prépondérance et repousse vers le sud le courant contraire \ Mais il y a lutte entre les deux masses liquides et
Fig. 48. — Profil da détroit de Messine.
le champ de bataille se déplace incessamment de Messine i\ Scylla. Sur les confins des courants, là où le mélange des eaux s'opère avec violence, il se forme des remous étroits où les vagues sont plus agitées qu'ailleurs ; ce sont les œillets ou « garofalû » Les embarcations les évitent de peur d'être trop fortement secouées; mais elles n'ont point de danger à courir, si ce n'est quand le vent souffle avec violence en sens inverse de la direction du flot. C'est un curieux spectacle que celui du détroit, vu du haut des montagnes de Messine ou de Reggio, avec les rides et les remous qu'y décrivent les eaux en conflit : à chaque instant on voit changer de forme les nappes de teinte plus sombre indiquant la lutte du flux et du reflux.
Dans les autres mers fermées de l'Europe, les marées »ont également peu sensibles. Elles ne sont que de 40 centimètres en moyenne dans le Zuyderzee, et, pendant les jours d'équinoxe et de tempêtes, elles y atteignent à peine i^ylO. La Baltique, beaucoup plus étroite et plus semée d'îles que la Méditerranée, subit en conséquence des oscillations beaucoup plus faibles : aussi l'appelait-on jadis moriina^^usa {mor y marb), c'est-à-dire, en langue celtique, mer Morte^.
K . Spallanzani ; von Hoiï; Smyth.
t. Von Maack, Zeitschrifi fur die Erdkunde; 1860.