LES MARÉES DES MERS FERMÉES
Les marins ne font nullement attention aux dénivellations produites par le flux et le reflux : les vents , les courants et les divers météores de l'atmosphère sont les seuls phénomènes qu'ils observent. Sur la côte occidentale de la péninsule du Jutland, la marée n'est déjà plus en moyenne que de 30 centimètres; à l'entrée du Cattegat, elle perd encore en force et en régularité, et dans les détroits du Sund et des deux Belt, elle est difficile à reconnaître. Dans le port de Copenhague, on peut distinguer parfois une oscillation de quelques centimètres, mais seulement lorsque le temps est parfaitement calme et que la surface de l'eau est à peine ridée. A Wismar, les phénomènes de la marée sont encore plus incertains, et c'est uniquement par une suite d'observations poursuivies pendant plusieurs années sur le niveau des eaux, qu'on a pu constater l'existence probable d'un écart total de 8 centimètres entre les hautes et les basses mers; près de Stralsund, la différence est de 4 centimètres seulement, et près de Memel, elle dépasserait à peine 1 centimètre. Les écarts beaucoup plus considérables qui se produisent dans le niveau marin proviennent des vents, des courants ou des alternatives dans la pression de l'atmosphère. On a vu parfois s'opérer des oscillations rapides de près d'un mètre ; mais ce sont là des seiches semblables à celles du lac de Genève*. La seule force des vents suffit aussi quelquefois à exhausser d'un mètre le niveau de la mer dans certains détroits, ainsi que dans les golfes d'Esthonie et de Finlande*.
Le régime des embouchures fluviales diffère absolument dans les mers à fortes marées, comme l'Atlantique septentrional, et dans les mers à oscillations insensibles» comme la Baltique et la Méditerranée. Dans les estuaires, où la mer s*élève régulièrement deux fois par jour à une grande hauteur, elle passe par-dessus tous les obstacles, barres ou bancs de sable, accumulés à l'entrée des bouches
4. Voir, dans le premier volame, le chapitre intitulé les Lacs.
2. Von Sass, Bulletin de l'Académie de Saint-Pétersbourg, t. YIII, n'* 6»
des fleuves, tandis que là où le niveau marin reste constamment le même, les digues de vase ou de sable déposées en cordons littoraux entre les eau!x douces et les eaux salées ferment toujours Feutrée du lit fluvial. Ainsi le rio Magdalena et TAtrato, dans la mer des Antilles, le Rhône, le Pô, le Nil, dans la Méditerranée, épanchent leur masse liquide par-dessus des barres qui souvent ont à peine un mètre à Tendroit le plus bas S tandis que le fleuve des Amazones, le Saint-Laurent, la <jironde, la Tamise, donnent à toute heure une libre entrée aux navires.
Cette diversité du régime fluvial suivant la hauteur des oscillations de marée qui s*y produisent a les conséquences lés plus importantes pour le commerce des régions qu'arrosent les grandes rivières. En général les ports des fleuves sans marées ne peuvent s'établir à l'embouchure même à cause du manque d'eau, et les négociants sont obligés de choisir pour leurs entrepôts une localité située sur le littoral marin, à une certaine distance des bouches ensablées de la rivière. Ainsi Marseille, où s'opèrent presque tous les échanges du grand bassin du Rhône, est construite au bord d'une baie profonde de la Méditerranée, loin des péninsules de vase entre lesquelles se déverse le fleuve ; Alexandrie, le grand port du delta égyptien, est à l'ouest de la région alluviale du Nil; Venise est loin des bouches du Pô; Livourne défend son port des approches de l'Arno; Barcelone n'est pas à l'entrée de l'Èbre; Carthagène des Indes et Santa- Marta ne sont en communication avec le grand Magdalena que par des canaux à peine navigables. Les exceptions à cette règle sont peu nombreuses ; néanmoins on peut citer Dantzig sur la Ylstule, Stettin sur l'Oder, Galatz sur le Danube'.
Dans les mers à grandes marées, les principaux ports se trouvent, au contraire, non sur le littoral maritime, mais sur les fleuves, et même à une certaine distance de l'embouchure, non loin de l'endroit où le flux remonte deux fois
4 . Voir, dans le premier volame, le chapitre intitulé les Rivières. t. Ernest Desjardins, De l'embouchure du Rhône.