L'ASPECT DES FALAISES
comme les feuillets d'un livre entr'ouvert, et permettent aux flots de se glisser en longues nappes écumeuses jusque dans le cœur de la falaise pour en jaillir ensuite en immenses fusées. Enfin, sur d'autres rivages, les rochers, coupés de failles verticales, sont graduellement isolés les uns des autres et séparés en groupes distincts par l'action des eaux* Entourés par une mer grondante, ils se dressent sur leur base d'écueils comme des tours, de monstrueux obélisques, des arcades gigantesques, des ponts croulants. Tels sont les rocs innombrables qui dominent les flots dans l'archipel des Shettland et dans les Orcades. Noirs, élancés, environnés d'embrun comme par une fumée, ces débris d'anciennes falaises justifient le nom de chimney-roks (rocs-cheminées) que les Anglais ont douné à plusieurs d'entre eux. Sur la côte de la Norvège septentrionale, non loin du cercle polaire, s'élève, au milieu des flots, un rocher de plus de 300 mètres de hauteur, qui ressemble à un cavalier géant : de là son nom de Hestmanden. On le voit, très-diverses de formes sont les falaises que vient ronger le flot de la mer. Toutefois il est permis de dire, en règle générale^ que les inégalités des parois sont en raison directe de la dureté des assises. Les rainures que les vagues creusent lentement dans la surface du roc, les cavités qu'elles y fouillent, les arcades et les grottes qu'elles y sculptent sont d'autant plus profondes que la pierre est plus dure, car les couches de formation peu solide s'écroulent dès que les assises inférieures sont érodées. La partie de la falaise qu'humectent seulement l'écume et le brouillard des gouttelettes brisées est moins décHiquetée que la base, et les rainures y sont moins nombreuses; mais la végétation n'y paraît pas encore. Plus haut, quelques lichens donnent à la pierre une teinte d'un gris verdâtre. Enfin les broussailles qui se plaisent à respirer l'air salé de la mer font leur apparition dans les anfractuosités et sur les corniches des rochers* C'est à 35 ou 40 mètres de hauteur que cette végétation commence à se montrer sur les falaises des bords de la Méditerranée \
4 Boblaye et Viiiet. ~ G. Gollegno, Geologia deW Italia.
Malgré Tétonnante variété d'aspect que présenlent ies falaises composées de substances diverses, craie, marbre, granit ou porphyre, cependant on observe un trait de ressemblance singulière dans la forme des roches que recouvrent les eaux de la mer au pied des abruptes parois. Ce trait de ressemblance consiste dans Texistence d'une ou deux platesformes, de dimensions variables , situées à la base des escardéments. Sur les rivages de la Méditerranée et des autres mers à faible marée, où le niveau des eaux ne varie guère que sous Tinfluence des vents et des tempêtes, il n'existe
Fig. 61. — Falaise méditerraDéenne.
qu'une seule de ces plates-formes, tandis que sur les côtes de rOcéan, là où les marées atteignent une amplitude de
Fig. 62. — Falaise de l'OcéaD.
plusieurs mètres au moins, deux degrés superposés s'étendent au-dessous de la muraille des falaises. Lorsque la roche est très-dure, la plate-forme unique ou multiple offre à peine