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LES FLÈCHES ET LES LAGUNES

sant, se rétrécissant tour à tour et se déplaçant tantôt dans un seDS, tantôt dans un autre, ne cessent de modifier le régime des étangs et des campagnes riveraines; ici elles laissent passer des masses d'eau qui submergent les rivages et creusent le sol; ailleurs elles s'obstruent, et devant les villages des bords étendent à perte de vue leurs bancs de vase infecte. Afin d'empêcher désormais la transformation des étangs en bourbiers et en marécages, M. Régy a proposé de remplacer les anciens graus tortueux par des canaux qui, pendant les beaux temps, laisseraient communiquer librement les eaux lacustres et celles de la mer, mais que fermeraient des écluses durant les tempêtes.

Les lidi de Commachio, ceux de Venise et de la vieille cité d'Aquilée rétrécissent aussi le bassin de l'Adriatique, qui pénétrait autrefois beaucoup plus avant dans les terres à l'ouest et au nord-est (fig. 76). Sur les côtes méridionales du Brésil, sur les rivages de la Guinée, les cordons littoraux séparent de rOcéan des étendues considérables; mais nulle part on ne voit ces levées de sable plus nombreuses et mieux développées qu'autour du golfe du Mexique et sur les côtes orientales des États-Unis. On peut dire que, sur une longueur d'environ /i,000 kilomètres, le pourtour du continent américain est formé d'un double rivage, l'un baigné par la mer, l'autre parles lagunes intérieures. Devant l'ancienne côte aux indentations irrégulières, la nouvelle plage décrit ses courbes gracieuses de promontoire à promontoire, et, ne se laissant pas même arrêter par les embouchures des fleuves, se continue sous les passes par des barres dangereuses .

Les péninsules déchiquetées de la Caroline du Nord et

les golfes ramifiés qui découpent ces presqu'îles et se prolongent même dans l'intérieur des terres sous forme de marécages sont masqués du côté de la mer par une levée naturelle de 350 kilomètres de longueur sur laquelle viennent se briser les vagues les plus redoutables de l'Atlantique boréal. D'ailleurs, ces flèches si gracieusement infléchies ne sont pas construites par la mer seule ; elles sont dues aussi à la pression des eaux douces apportées des AUeghanys par la Neuse,

le Tar, le Roanoke et d'autres rivières ' ; la direction des

brise-lames indique précisément la ligne d'égal équilibre entre

LJlGUNBS ET tlDI DB VBNISB.

les eaux marines et les eaux fluviales. En dedans du littoral extérieure, on a pu, sans travaux d'art considérables, mettre

I. Voir, dans le premier volume, le chapitre inlîlulé leg Biviirei.

LES FLÈCHES ET LES LAGUNES. 21t

eo communication toute la série des lagunes intérieures et permettre ainsi aux navires de faire de longs voyages maritimes complètement à l'abri des tempêtes. De même les marigots delà Guinée qui s'étendent parallèlement à la côte ont, de (out temps, servi à faciliter les échanges entre l^s peuplades du littoral; mais on dit que ces canaux marécageux se comblent peu à peu, soit à cause de l'activité de la végétation, soit aussi à cause du sable qu'y transporte le vent du désert *.

Beaucoup moins étendues que les flèches du golfe du Mexique et des Carolines, celles de la Baltique orientale ne

FLOCHES DE DANTZIO BT DB PILLAU.

sont pas moins curieuses par la régularité géométrique de leurs formes, et de plus elles ont été l'objet de longues et

( . Borghero, Bulletin de la Soâélé de Géographie, juillet 1866.

sérieuses études. Trois grands fleuves, l'Oder, la Vistule et le Niémen, se déversent chacun dans une vaste lagune ou Haff {hafetiy port), qu'une lagune de terre appelée Nehrung sépare de la haute mer. Le haff de l'Oder, dont la ville de Swinemùnde garde l'entrée, est déjà en grande partie comblé par les vases. Le Curiche Haff on haff de la Courlande est beaucoup plus libre d'alluvions, et la nehrung qui le défend est encore une flèche étroite ayant une longueur de 110 kilomètres environ. Le haff central, connu sous le nom de Frise he Haff^ est protégé par une flèche semblable à celle de la Courlande, mais encore plus régulière. Toute la partie occidentale de l'estuaire a déjà été comblée par les alluvions de la Vistule, dont les eaux doivent se frayer un passage à travers la levée. Cette embouchure a souvent changé de place. Jusqu'au xiv*" siècle, elle se trouvait au nord de la passe actuelle, près de Lochstâdt (ville du trou ou du « grau ») ; ensuite elle s'ouvrit à Rosenberg, à peu près vers le milieu de la digue. Pour conserver leur monopole commercial, les négociants de Dantzig comblèrent cette embouchure en y coulant cinq navires ; mais une autre passe se forma aussitôt à une petite distance vers le nord, près du château de Balga. Plus avides que savants, les Dantzickois essayèrent encore d'arrêter les eaux de la Vistule et fermèrent la passe de Balga. C'est alors que la nehrung fut brisée devant Pillau. Depuis cette époque, la passe ne s'est pas sensiblement déplacée, et Pillau est toujours resté le port du Frische Haff. Au nord de Dantzig, une curieuse levée de 33 kilomètres de longueur unit la terre ferme à l'île pittoresque de Hela (la Sainte) . Sans doute les anciens habitants de la contrée éprouvaient un sentiment d'effroi religieux à la vue de cette colline boisée, de ces flots qui l'assiègent et de cette étroite lagune de sable qui la prolonge vers le continent et se perd au loin dans la brume.

C'est au même ordre de phénomènes qu'il faut rattacher la prolongation graduelle de ces langues de terre qui, baignées de part et d'autre par un courant, se projettent à une grande distance en pleine mer, grâce à la pointe terminale qu'y ajoute chaque nouvelle marée. Ainsi en moins de

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