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LES VASES ET LES CALCAIRES MARINS

viennent les salicornes herbacées qui contribuent à Texhaussèment du sol par leurs branches roides et sortant de la tige à angle droit. A cette première végétation succèdent d'autres plantes marines, les carex, les plantago, les joncs, le trèfle rampant. Alors il est temps de conquérir pour l'agriculture la prairie limoneuse, et de la rattacher au continent en la défendant par de fortes digues contre les assauts des flots ^

Dans les mers dont les eaux ont une température moyenne élevée, les vagues ne se bornent pas à construire des cordons littoraux et à combler les baies, elles bâtissent aussi de véritables remparts de pierre. Par suite de la rapide évaporation que produisent les rayons du soleil, les molécules calcaires contenues dans l'eau et l'embrun des vagues se déposent graduellement le long des plages et sur la base des promontoires. Mélangées avec du sable et des débris de coquillages, elles finissent par former de solides rivages aux contours réguliers. Déjà, sur les côtes atlantiques de la France, à Royan, par exemple, on peut observer çà et là quelques formations de ce genre; on a même découvert beaucoup plus au nord, à Elseneur, de ces pierres qui contenaient d'anciennes monnaies danoises ^. Sur les rivages de la Méditerranée française, ces roches modernes sont nombreuses, et dans une courte promenade on peut souvent recueillir une grande quantité de blocs sablonneux et de conglomérats unis par des sédiments calcaires et contenant des multitudes de coquillages brisés : le musée de Montpellier possède même un canon qu'on a découvert près de la grande bouche du Rhône sous une couche de chaux cristalline. Sur les côtes septentrionales de la Sicile, où la température moyenne des eaux s'élève à 18 degrés centigrades, les pierres et les galets du bord sont en beaucoup d'endroits agglutinés par le ciment calcaire '. De même les débris de rochers que les torrents de l'Arabie Pétrée apportent tous les hivers du haut des montagnes sur la plage de la mer

4. Emile. de Laveleye, Revue des Deux Mondes, 4" nov. 1863. — Von Maack. Zeilschrift fur die allgemeine Erdkunde, janv. 4860.

î. Von Hoff, Verànderungen der Erdoberflàche, tome IH, p. 311. 3. De Quatrefages, Sotivenirs d'un naturaliste.

Rouge sont, dans Tespace de .quelques semaines^ convertis en une strate de solide conglomérat. Cliaque année, une nouvelle couche de pierre s'ajoute aux anciennes, et dans les siècles futurs on pourra peut-être évaluer l'âge de la formation par le nombre de ses lits superposés, de même que Ton reconnaît rage d'un arbre par la quantité de ses couches corticales *.

11 faut parcourir les rivages de la mer des Antilles ou d'autres mers tropicales pour observer ce travail de la formation des pierres dans toute son activité. Là, les flots, échauffés jusqu'à 32 degrés par les rayons d'un soleil vertical, laissent déposer le calcaire en quantités suffisantes pour que l'étendue des rivages en soit notablement augmentée. L« tuf de la Guadeloupe, dans lequel on a trouvé le fameux squelette de Caraïbe exposé au Musée britannique, appartient à cette formation récente. 11 s'accroît, pour ainsi dire, sous les yeux mêmes de l'observateur, et recouvre peu à peu d'une croûte rocheuse tous les objets que rejette la mer et qu'apportent les ruisseaux. En plusieurs endroits de la Côte-Ferme, on exploite activement ces carrières de pierre marine pour la construction des villes du littoral, et toutes les excavations qu'on pratique dans ces bancs de calcaire sont bientôt comblées par de nouveaux matériaux. La carrière croît sous les travailleurs occupés à en détacher les blocs : de là le nom de Maçonne-bùtiHlieu que les nègres ont donné à ces roches qui semblent renaître d'elles-mêmes.

Sur les rivages de l'Ile de l'Ascension, M. Darwin a trouvé <le ces conglomérats calcaires d'origine marine dont le poids spécifique était de 2,63, c'est-à-dire à peine inférieur à celui du marbre de Carrare. Ces couches de pierre compacte déposées par la mer renferment une certaine quantité de sulfate de chaux, ainsi que des matières animales qui sont évidemment le principe colorant de toute la masse. Parfois l'enduit translucide qui recouvre les rochers a le poli, la dureté et les reflets des coquillages; d'ailleurs, ainsi que le prouve l'analyse chimique, cette espèce d'émail et les enve-

« . Marsh, Mm and Salure, p. 455.

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