LA FORMATION DES DUNES
Quant aux dunes proprement dites, celles qui se trouyent au loin dans Fintérieur des continents ne peuvent être comparées pour Fimpor tance aux monts de sable qui se développent en longues rangées parallèlement aux rivages sablonneux de la mer. Sur les plages non rocheuses de l'Océan, l'existence des dunes est un fait presque constant; les seules plages qui en soient dépourvues sont celles que la houle a formées de matières argileuses, de vases compactes ou de sables fortement mélangés de détritus animaux et végétaux. Les rives sablonneuses de la Méditerranée, de la Baltique et des autres mers intérieures, où les marées sont à peine sensibles, n'offrent guère non plus que des dunes peu élevées, parce que le manque de flux et de reflux ne permet pas aux sables d'y acquérir une mobilité suffisante : cependant on en voit de plus de 30 mètres de hauteur entre la Vera-Cruz et Tampico, sur les bords du golfe du Mexique, où les marées sont trèsfaibles. Sur toutes les côtes océaniques dont le sable est assez meuble pour se laisser soulever par le vent, la formation des dunes s'accomplit avec une parfaite régularité.
Ces monticules se dressant pour ainsi dire sous les yeux mêmes de l'observateur, il n'est pas difficile d'en suivre les progrès ni d'en donner la théorie. Les vagues remuent constamment le fond mobile du bord, se chargent des matières arénacées et les étalent en minces nappes sur Testran ; puis à marée basse, les molécules de sable s'allègent peu à peu de leur humidité, cessent d'adhérer les unes aux autres et se laissent emporter vers la terre par le vent du large : ce sont là les matériaux des dunes. Si la plage se redressait vers l'intérieur du coptinent d'une manière parfaitement unie , ce sable, rejeté par les vagues au-dessus du niveau marin et reporté au loin par les bouffées successives du vent, s'étendrait sur le sol en couches d'une épaisseur uniforme ; mais les inégalités de la surface empêchent qu'il en soit ainsi. Des cailloux, des épaves, des branches et des troncs d'arbres, couverts de coquillages , des plantes et des arbustes aux racines tenaces, font saillie au-dessus de la plage et s'opposent à la marche du vent, qui glisse sur le sol en entrai-
nant les grains de sable restés à sec. Ces faibles obstacles suffisent pour déterminer la naissance des dunes en obligeant la brise à laisser tomber le petit nuage de poussière arénacée on calcaire dont elle est chargée. L'horizontalité de la plage esl ainsi rompue : les rangées de buttes sablonneuses, qui plu8 tard doivent se dresser en véritables collines, commencent à se profiler sur le sol.
Quand le vent du large souffle avec assez de force, on peut non-seulement assister à la croissance des dunes, mais on peut également aider à leur formation et vérifier par Texpérience directe les assertions de la théorie. Qu'on dépose un objet quelconque sur le sol, ou mieux encore, qu'on enfonce dans le sable une rangée de piquets perpendiculairement à la direction du vent, aussitôt le courant d'air, qui vient se
Fig. 87. — Formation de la dune.
heurter contre l'obstacle, se rejette en arrière pour former un remous ou tourbillon, dont le diamètre est toujours proportionnel à la hauteur des piquets. Arrêtés par ce remous, les grains de sable qu'apporte le vent se déposent graduellement en deçà de la barrière jusqu'à ce que la cime de la dune en miniature soit au niveau de la ligne idéale qui mène du
Fig. 88. — Formation du talus d'éboulement.
rivage à l'arête supérieure de l'obstacle. Alors le sable, que pousse le souffle de la mer et qui remonte le plan incliné oflFert par la face antérieure du monticule, ne se laisse plus entraîner dans le remous et ramener en arrière ; il iranchit le