LES DUNES
Dunes provenant de la décomposition des roches. — Formation des dunes mobiles sur le rivage de la mer. — Disposition symétrique des rangées de sable.
C'est principalement au-dessus des plages sablonneuses de rOcéan que s'allongent les rangées de monticules changeants connus sous le nom de dunes ; cependant le phénomène du redressement des sables en collines mouvantes peut s'accomplir également à une grande distance du rivage actuel des mers. Les dunes se forment sur tous les points du globe où le vent trouve et pousse devant lui de légers matériaux arénacés; mais, il faut le remarquer, ces matériaux n'existent en quantités considérables que sur le rivage des mers et des grands bassins lacustres, sur les fonds des anciens golfes et détroits transformés en déserts, sur le bord des fleuves qui roulent des sables dans leurs lits et qui sont exposés à de fréquents changements de niveau par l'alternance des sécheresses et des inondations. Ce sont les eaux qui, par leur action destructive sur les falaises, préparent les molécules sableuses nécessaires à la construction des dunes, et cette origine permet de considérer les rangées mobiles de sable, quelle que soit leur distance des rivages, comme des produits de l'Océan.
Dans tous les grands déserts de l'Asie et de l'Afrique, on voit de ces vagues terrestres qui se déplacent lentement sous Timpulsion des courants aériens *. Il en existe aussi sur le
1 . Voir, dans le premier volume, le chapitre intitulé les Plaines.
bord du Nil et de plusieurs autres grands fleuves. En France même, de fort belles dunes, hautes d'environ 10 mètres, s'élèvent sur la rive du Gardon, immédiatement en aval du célèbre pont roknain; c'est le mistral qui les a dressées. En sortant de la gorge qui l'enfermait, ce vent s'empare des molécules de sable fin laissées sur les plages et desséchées par le soleil, puis il les dépose à l'entrée de la plaine, à l'endroit précis où il s'épand sur une plus large étendue et perd en intensité ce qu'il gagne en surface.
Un certain nombre de dunes ont été formées sur place pendant le cours des siècles par la désintégration de rochers de grès. Les brouillards, les pluies, les gelées et toutes les intempéries rongent graduellement la pierre, l'implacable chaleur du désert la fait éclater* et la change en sables qui s'éboulent en laissant de nouvelles couches à découvert. Cellesci subissent à leur tour l'influence destructive des météores, et c'est ainsi que peu à peu le roc, jadis solide, devient, jusqu'à une profondeur plus ou moins considérable, une masse de sable croulant. Les grains, froissés les uns contre les autres durant leur chute, deviennent de plus en plus ténus, et lorsque le vent souffle avec force, il peut enlever ces molécules arénacées, leur faire remonter la pente du talus, et parfois même les soulever en tourbillons comme la fumée d'un volcan. Néanmoins la dune, enveloppant encore un noyau solide , et composée en grande partie de grains plus lourds que ceux du bord de l'Océan, ne se déplace point tout entière sous l'action des tempêtes ; elle prend seulement une autre forme par suite du changement graduel de ses pentes en talus d'éboulement Ainsi les dunes qui entourent le Chott Melr'ir sont d'anciennes collines érodées par les eaux. Près de Ghadaoïès, plusieurs montagnes de ce genre, qui furent autrefois des assises de grès, s'élèvent à 150 et 200 mètres de hauteur : Tune d'elles, qui n'a pas moins de 155 mètres, offre du côté exposé au vent une inclinaison de 37 degrés : c'est à peu près la pente la plus forte que puisse présenter un talus de sable *.
1. Vatlone,Mm'on deGhadamès;--Bdirih,ZeitschnflfûrErdkundejmTS^^i^'