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s'écroulent avec bruit et se disposent en couches inégales èuî le talus d'éboulement. Une tranchée pratiquée dans Tépaisseur de la dune permettrait de compter et de meMrer les strates d'épaisseur et de nature différentes que led vents ont successivement apportées. Telle douce brise n'a déposé que le sable fin comme la poussière, tel vent plus fort était chargé d'un lourd sable coquillier, tel orage a charrié des coquillages entiers, des branches et des épaves. Cependant les molécules transportées par le vent sont en général d'autant plus ténues qu'elles sont plus éloignées de la mer, et cela se comprend, car elles doivent s'envoler d'autant plus facilement qu'elles

Flg. 89. — Conches saccessiyes àes tains de sable.

offrent moins de résistance au courant aérien qui les entraîne. Dans les étroits cordons de dunes qui bordent certaines parties du littoral de la Méditerranée, on peut voir se succéder nettement, sur une largeur de quelques centaines de mètres, les matériaux mouvants espacés suivant leur poids : d'abord ce sont les fragments de coquillages, puis les gros débris arénacés, puis les sables fins *.

Si le plan incliné que la dune tourne du côté de la mer restait parfaitement uni, la zone du rivage n'offrirait, dans toute sa largeur, qu'un seul rempart de sable empiétant graduellement sur l'intérieur des terres ; mais à la longue, la pente de chaque dune ne peut manquer d'offrir quelques inégalités causées par des corps étrangers ou par des plantes qui prennent leur naissance dans le sable. Toutes les saillies assez fortes pour résister au vent servent de points d'appui à de nouvelles dunes entées, pour ainsi dire, sur le flanc de l'ancienne. Ces nouvelles dunes elles-mêmes se hérissent d'aspérités que reccmvrent bientôt d'autres monticules de sable, et

4. Marcel de Serres; BuUelin de la Sociélé géologique de France, 4859.

LA MARCHE DES DUNES. 2kZ

€*est ainsi que se dressent peu à peu toutes ces rangées de collines mouvantes que séparent d'étroites et longues vallées appelées lettes ou lèdes par les paysans des landes françaises. En certains endroits, notamment entre Biscarosse et la Teste, les lettes ressemblent, sur une longueur de plusieurs lieues, aux lits desséchés de larges fleuves entourant de leurs flots de sable de grands Ilots de verdure.

Malgré le désordre apparent de ces monticules, au milieu desquels un voyageur inexpérimenté peut facilement s'égarer, la disposition générale des sables peut toujours être ramenée à un type uniforme que modifient diversement les faits géo* graphiques locaux, les contours du rivage marin, la nature du sol, la force et la direction des vents, la présence ou Tabsence de végétattoA. La dune la plus rapprochée de la mer, et par conséquent la plus récente, est moins élevée que le monticule plus ancien situé immédiatement au delà; de même celui-ci atteint une hauteur moins considérable que la coUine suivante. Dans un système normal de dunes, chaque rangée qui se développe plus avant dans l'intérieur des terres dépasse les précédentes en élévation, cet forme comme un nouveau degré sur la pente de la grande dune primitive qui sert d'avant-garde à toute l'armée des sables. Cette dernière dune, véritable arête du système, s'agrandit peu à peu de tous les matériaux qui ont servi à la formation des dunes inférieures situées en deçà, du côté de la mer. Le grain de sable que l'air entraîne au 'Sommet du premier monticule^ et qui s'éboule ensuite dans un ravin, peut rester immobile pendant des siècles sous les masses surincombantes; mais, grâce au progrès constant de la dune, dont le vent balaye toutes les couches superficielles pour les laisser retomber plus loin en talus d'éboulement, ce grain de sable finit par reparaître : porté de nouveau sur une cime, il descend encore et ne cesse ainsi de voyager de dune en dune jusqu'à la dernière.

Les innombrables grains arénacés cheminant en vertu de lois rigoureuses, on peut en conséquence mesurer la force des vents par la hauteur, la masse et la rapidité du déplacement des monticules. Une observation attentive permet égale-

2kh L'OCÉAN.

ment de comparer entre eux les divers courants atmosphériques qui poussent les sables, et d'Indiquer d'une manière précise celui dont l'action est la plus énergique. Ainsi dans la péninsule d'Arvert ou de la Tremblade, située entre Fembouchure de la Gironde et celle de la Seudre, la chaîne des dunes se redresse graduellement dans la direction du nord, et c'est à Textrémité septentrionale que s'élève le plus haut monticule. Ce phénomène s'explique par la fréquence et l'intensité du vent de sud-ouest qui souffle dans ces parages : en vertu du « parallélogramme des forces, » il porte les sables plus loin et plus haut que ne peuvent le faire les vents d'ouest et de nord-ouest.

Toute dune isolée affecte des contours nettement définis rappelant ceux du croissant. 11 est facile de comprendre pourquoi la colline doit avancer de manière à projeter ainsi une pointe recourbée de chaque côté de sa masse principale. Les grains de sable auxquels le vent fait remonter dans toute sa hauteur la partie centrale de la dune ont à décrire un chemin plus considérable et à glisser plus longtemps à contre-pente que les molécules des deux extrémités latérales. Ils marchent en conséquence avec moins de vitesse ; les pointes extrêmes, dépassant en rapidité le reste de la dune, se reploient en guise de cornes avancées et donnent à l'ensemble de la colline mouvante l'aspect d'un volcan dont le cratère se serait effondré. Ce qui contribue encore à faire prendre cette forme semicirculaire aux monticules sableux, c'est que le vent dominant ne souffle pas toujours perpendiculairement à la masse de la dune ; souvent sa direction est oblique, tantôt dans un sens. tantôt dans un autre. Alors il fait avancer plus rapidement celle des ailes de la dune dont il frappe la crête à angle droit.

Dans le désert d'Atacama, dans la Pampa de Tamarugal, sur le plateau d'Arequipa, dans les Plaines-Jalonnées du Texas, dans le Sahara d'Algérie, dans les solitudes nubiennes et presque toutes les régions que parcourent des sables mobiles, les dunes en croissant offrent une telle régularité de forme que les voyageurs en ont toujours été frappés *. Les landes de

4. Pœppig, Meyen, Bollaert, Gillis, Ci. Marckham, Laurent, Georges Pouchet.

LA FORME DES DUNES. 2(i5

Gascogne offrent aussi des exemples remarquables de celte ilisposition semi-circulaire de la crête des dunes. Aux environs (l'Arcachon et de la Teste, tous les monticules ont cette appa-

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rcnce de volcans effondrés et se distinguent par la riche végétation de genêts et d'arbousiers qui remplit leurs cratères ou cmihots. Dans les parties du littoral des landes où la rondeur cratériforme des dunes s'est oblitérée, c'est évidemment parce '|ue deux ou plusieurs monticules ont été réunis et pour ainsi ■lire fondus ensemble par le vent impétueux qui souffle de la

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mer. Du reste, on peut se rendre compte de tous ces phénomènes en étudiant les petits renflements de sable ou dunes ei» miniature qui se forment par milliers sur les plages marines.

Hauteur des monticules. — Marche des dunes* — Déplacement des étangs,

disparition des villages.

En Europe, les plus hauts monticules de sable se trouvent sur le littoral des Pays-Bas, sur les côtes atlantiques de la France, et en Ecosse, sur les bords du Firth of Tay. Quant aux dunes de la Méditerranée, elles sont en général beaucoup moins hautes que celles* du littoral de l'Océan. Les golfes du sud de l'Europe n'ayant qu'une marée à peine sensible, les sables du bord ne sont point incessamment déplacés comme ceux des plages de l'Océan, et par suite ils offrent moins de prise aux vents qui poussent devant eux les molécules arénacées les plus ténues. C'est au sud de l'Afrique, sur le pourtour des golfes des Syrtes, où le flux et le reflux ont la plus grande amplitude, et où les plages sablonneuses occupent d'énormes étendues, que les dunes méditerranéennes atteignent la hauteur la plus considérable. En France, celles que Ton voit de Port-Vendres aux Bouches -du-Rhône ne s'élèvent guère à plus de 6 ou 7 mètres de hauteur, parce que les flèches sur lesquelles se forment ces monticules n'ont pas une largeur suffisante et surtout parce que le vent dominant, le mistral, souffle du nord-ouest et porte le sable des étangs dàns^ la Méditerranée.

Sur le littoral des landes de Gascogne, où les vagues de la mer apportent chaque année 6 millions de mètres cubes de sable S un très-grand nombre de dunes dépassent une éléva-

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