LES PROFONDEURS DE L'OCÉAN
Sondé, le capitaine Ringgold a trouvé le fond à -plus de Ift kilomètres au-dessous de la surface. Ainsi l'on pourrait jeter dans cet abîme non-seulement le Pélion sur Ossa, mais aussi Je Gaourisankar, la plus haute montagne du globe, et sur ce pie, si l'on dressait encore le mont Blanc, le sommet de ce colosse du continent d'Europe n'atteindrait même pas la surface des flots.
L'océan Indien est probablement aussi très-profond; mais on n'en connaît guère d'une manière approximative que les parages très-rapprochés des côtes. Ses golfes, de même que
PBOPONDBUR DB tA UES AUX BOUCHES DU GANGE.
ceux de la Méditerranée et de l'océan Atlantique, Ont relativement une faible épaisseur d'eau : ainsi le golfe Persiqne aurait en moyenne 100 mètres, et la mer Bouge de 300 à 500; ses plus grandes profondeurs sont de 600 mètres. Les parties du golfe du Bengale qui longent la cdte de Coromandel et le della du Gange s'approfondissent aussi très-lentement
au large des rives, sauf à rextrémité septentrionale : là se trouve un gouffre étonnant, le great swatch^ qui n'a pas moins de 4,000 mètres et qu'enveloppent au nord, à l'est et à l'ouest des fonds de boue et de limon où la sonde touche à quelques dizaines de mètres à peine. C'est peut-être à un remou des eaux de marée qu'est due la formation de ce singulier entonnoir, s'ouvrant précisément à l'endroit où viennent s'épancher dans la mer les alluvions du Gange *.
Presque tout l'archipel de la Sonde, Sumatra, Java, Bornéo et les îles avoisinantes reposent sur un banc sous-marin n'ayant en moyenne que 60 mètres de profondeur, et dans les endroits les plus creux 100 mètres seulement : ce piédestal est probablement la base d'un ancien continent dont les innombrables terres parsemées dans ces parages sont les débris. Un autre banc qui s'étend jusqu'à 700 kilomètres au nord et au nord-ouest de l'Australie porte ce continent et toutes les lies voisines, y compris la Nouvelle-Guinée : un détroit d'eaux trèsprofondes et non encore sondées sépare des archipels asiatiques ces hauts-fonds australiens qui, eux aussi, semblent être les anciens fragments de terres disparues *. C'est autour de ces deux grands socles continentaux que commencent les deux océans proprement dits du Pacifique et des Indes.
Quant aux mers antarctiques, on a trouvé 3,150 mètres de profondeur entre le 63"'' et le 6lV^ degré de latitude ; près du 78™* degré, à côté même de l'énorme barrière de glace qui l'empêchait de s'avancer vers le pôle, James Ross a touché le fond à 760 mètres : c'est là tout ce que les navigateurs nous ont appris. L'océan glacial du Nord est mieux connu, du moins dans quelques-uns de ses parages. Au nord de la Sibérie, le fond de la mer, continuant la pente des toundras à peine inclinées, se prolonge vers le pôle avec une si faible déclivité, qu'à 250 kilomètres du littoral, la sonde accuse en moyenne de 26 à 27 mètres seulement. Au nord du Spitzberg, près du 81* degré de latitude, les explorateurs allemands de l'expédition polaire
4 . Voir, dans le premier volume, le chapitre inlitulé les Rivières. 2. Voir, ci-dessous, les chapitres intitulés les Rivages et les Iles, et la Terre et sa Faune,