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LA FIXATION DES DUNES

C'est à rhomme d'arrêter maintenant par son travail ces monticules de sable qu'il a pour ainsi dire créés par son imprévopnce. Heureusement ce n'est pas là une œuvre impossible. Déjà le berger des landes françaises, quand il voulait protég€?r sa cabane érigée au fond de quelque ravin des dunes, avait soin de couper dans les lèdes ou les marécages environnants des graminées ou des roseaux qu'il étendait sur le sol de manière à le recouvrir complètement et à ne laisser aucune prise au vent de la mer. Cela suffit : le sable reste immobile et la dune est désormais fixée, aussi longtemps du moins que le pas d'un cheval, la dent d'une brebis ou d'un animal sauvage, une averse de pluie ou telle autre cause, n'ont pas transpercé la couche protectrice et rendu aux sables leur mobilité : il faut alors tapisser le sol d'une nouvelle litière de plantes.

Ce moyen de protection, qui d'ailleurs est praticable seulement sur de faibles étendues, est évidemment tout provisoire : pour obtenir un résultat définitif, il faut recourir à la fixation directe des dunes par des semis d'arbres ou d'autres plantes offrant aux vents une barrière infranchissable. Déjà dans le moyen âge les Portugais avaient su protéger ainsi les campagnes de Leiria menacées par les sables, et dès la fin du xm* siècle ou le commencement du xiv* siècle, le roi Dinis, dit <( le Laboureur, » avait arrêté par des plantations de pins les dunes mobiles qui s'avançaient à la conquête de la vallée du Liz. Les forêts plantées de son temps se voient encore; mais la méthode employée sur les plages lointaines du Portugal était restée ignorée dans le reste de l'Europe. Au nord des Pyrénées, les Hollandais, ces grands maîtres pour tous les travaux de la mer et des rivages, reconnurent les premiers l'absolue nécessité d'arrêter les dunes. A la fois défendus et menacés par ces masses de sable mouvant qui ne cessaient d'empiéter sur leur territoire, tout en le protégeant contre les"^ assauts de la mer, ils comprirent que le salut même de la patrie dépend de ce rempart de collines, et depuis un siècle ils l'ont définitivement consolidé par des plantations de roseaux, d'érables et de sapins.

Les premières tentatives faites pour la fixation des dunes de Gascogne datent du commencement du xvia'' siècle. M. de Ruhat, acquéreur de l'ancien captalat de Buch, ensemença de pins quelques collines de la Teste; mais, quoique les semis eussent réussi parfaitement, rœuvre ne fut pas continuée, et partout ailleurs les inertes Landais laissèrent les dunes marcher à l'assaut de leurs villages. Plus tard, les frères Desbiey et l'ingénieur Villers proposèrent à diverses reprises la fixation de toute la zone des sables : leur voix ne fut point entendue. C'est au célèbre Brémontier qu'échut l'honneur de faire adopter et de mettre en pratique un plan d'ensemble pour la culture des dunes. S'inspirant des écrits et de l'exemple de ses devanciers, ne dédaignant pas d'interroger les pâtres qui connaissaient par tradition les moyens d'arrêter les sables, Brémontier se mit pour la première fois à l'œuvre en 1787. Interrompus en 1789, puis repris en 1791, les travaux furent complètement abandonnés en 1793, par suite de l'opposition qu'avaient suscitée plusieurs habitants de la Teste; mais déjà on pouvait constater d'importants résultats. Plus de 250 hectares de sables mouvants avaient été fixés dans les environs d'Arcachon; des pins, des chênes, des plants de vigne étaient en parfaite croissance, et l'ensemencement d'un hectare n'avait pas coûté plus de 200 francs. La possibilité d'arrêter la marche des dunes à peu de frais était absolument démontrée.

Au commencement du siècle, l'œuvre interrompue fut reprise, et depuis quelques années tous les travaux sont terminés. Les dunes de Gascogne, désormais fixées, enrichissent les contrées qu'elles menaçaient autrefois d'engloutir, et, par suite de la valeur croissante des pins et des autres essences cultivées, c'est par centaines de mille francs qu'il faut compter l'accroissement annuel de la fortune publique sur le littoral. Actuellement la valeur estimée des forêts des dunes landaises est de 25 millions, soit de 600 francs l'hectare. Ainsi le moyen de salut appliqué par Brémontier est devenu pour les habitants une cause de prospérité. En même temps plusieurs résultats heureux, auxquels on ne pouvait s'attendre

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