‹ La terreChapitre 155 sur 447 · II · texte numérisé non relu

II

d'une circonférence de 12 mètres. Des titres de 1332 parlent aussi de forêts qui recouvraient les dunes de Médoc, et où les seigneurs de Lesparre allaient en joyeuse compagnie chasser le cerf, le sanglier, le chevreuil. Enfin Montaigne S privant au milieu du xvi* siècle, dit que les envahissements des sables avaient lieu « depuis quelque temps. » D'ailleurs, pourquoi les Landais donneraient-ils, comme les Espagnols, le nom de monts ou montagnes à leurs forêts, même à celles de la plaine, sinon parce que leurs collines de sable étaient précisément les régions couvertes des arbres les plus touffus?

Malheureusement toutes ces belles forêts qui protégeaient autrefois les terres basses du littoral maritime contre l'invasion des sables furent successivement détruites pendant les mauvais jours du moyen âge, soit par des envahisseurs barbares , soit par des seigneurs imprévoyants , soit par les paysans eux-mêmes. Encore au dernier siècle, le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume 1", ayant grand besoin d'argent, fit abattre la forêt de pins qui s'étendait sans interruption sur les dunes de la Frische Nehrung, de Dantzig à Plllau. L'opération lui rapporta la somme de 200,000 écus ; mais les sables mouvants envahirent la grande baie intérieure, détruisirent les pêcheries, obstruèrent le chenal de navigation, ensevelirent les forteresses de défense et modifièrent de la manière la plus fâcheuse l'économie hydrographique de tous ces parages '. En Hollande, en Bretagne, le déboisement du littoral a produit des résultats plus funestes encore. Sur les bords du lac Michigan, au cap Cod (Massachusetts), les défrichements de la plage ont aussi amené la formation de collines mouvantes ^ Les riverains n'ont à se plaindre que d'eux-mêmes : les dunes sont leur ouvrage. Une seule imprudence peut causer de grands malheurs : c'est ainsi que, d'après Staring, une des plus hautes dunes de la Frise doit son origine à la destruction d'un seul chêne *.

Page 1