‹ La terreChapitre 159 sur 447 · L'AIR · texte numérisé non relu

L'AIR

lear parcours. Aux régions tempérées qui sont principalement le domaine de Fhomme, ils apportent l*oxygèhe qu'ont exhalé les immenses forêts de la zone tropicale ; à ces mêmes forêts ils donnent le carbone, qui est la vie des ai^bres et qui serait la mort de Thomme. Bien plus, ils animent le globe lui-même, en charriant d'immenses quantités de vapeurs aux montagnes où s'élabore le filet des sources, puis en faisant circuler sur les mers un air sec et toujours avide de l'eau qui s'évapore à la surface. Comparable au cœur dans un organisme vivant, la zone productrice de courants atmosphériques occupe la région centrale de l'océan des airs et se déplace alternativement vers le nord et le sud; c'est ainsi que se produit dans toute la nasse aérienne un mouvement de systole et de diastole, imprimant la vitesse initiale aux courants artériels qui vont porter la fécondité sur tous les points de la planète.

Chaque molécule de gaz passe donc éternellement de vie en vie et s'en échappe de mort en mort; tour à tour vent, flot, terre, animal ou fleur, elle est, malgré sa petitesse, le symbole du mouvement infini. L'air est une source inépuisable, où tout ce qui vit prend son haleine, un réservoir immense, où tout ce qui meurt verse son dernier souffle. Sous Taction de l'atmosphère, tous les organismes épars naissent, puis dépérissent. La vie, la mort sont également dans l'air que nous respirons et se succèdent perpétuellement l'une à l'autre par l'échange des molécules gazeuses. Les mêmes éléments qui s'échappent des feuilles de l'arbre, le vent les porte aux poumons de l'enfant qui vient de naître; le dernier soupir d'un mourant va tisser la brillante corolle de la fleur, en composer les pénétrants parfums. La brise qui caresse doucement les tiges des herbes va plus loin se transformer en tempête, déracine les troncs d'arbres et fait sombrer les navires avec leurs équipages. C'est ainsi que, par un enchaînement infini de morts partielles, l'atmosphère alimente la vie universelle du globe.

Comparable à l'Océan par le circuit incessant de ses ondes, la grande mer atmosphérique n'est point enfermée, comme les eaux, dans un bassin limité de toutes parts. Ses

molécules se glissent partout de pore en pore ; elles entrent dans le sein de la terre, où elles activent la fusion des laves, dans la profondeur des mers, où elles se fixent dans les corps d'innombrables animalcules. L'atmosphère voyage et se déplace sans relâche, entraînant sur ses ondes tous les objets légers qui ne sont pas fixés sur le sol. Elle s'empare des cendres du cratère en éruption et les laisse retomber sur un autre poini du globe à quelques centaines ou quelques milliers de kilomètres; elle enlève dans ses tourbillons des milliards d'animalcules ou des nuages de pollen qui traversent l'Océan el retombent en poussière impalpable. Elle porte la mer ellemême, sous forme de nuées et de météores, et la distribue sur tous les points des continents; elle se charge de torrents d'électricité et les dégage par les rayons de l'aurore boréale ou par les éclairs de la foudre. Elle est le grand véhicule au moyen duquel s'accomplit le circuit universel des éléments qui composent la croûte solide, la masse des eaux et les corps organisés.

« Le monde est petit! » disait Colomb; mais c'est principalement grâce à Tair, qui supprime les distances, que la planète est rapetissée. Quel que soit le nombre de mètres ou* de kilomètres parcourus par une graine, le point de la terre où elle va tomber n'est point éloigné de la plante mère. Les côtes septentrionales de la Méditerranée sont rapprochées des grands déserts d'Afrique dont le sirocco leur apporte la poussière ; de même on peut dire que les rivages du Brésil, vers lesquels soufile le vent alizé, sont contigus aux lointains archipels des Açores et des Canaries. Toutes les parties du monde que réunissent des courants atmosphériques deviennent par cela même limitrophes, sinon pour les êtres qui rampent sur le sol, du moins pour ceux qui se laissent entraîner par les mouvements de l'air. Par le mélange incessant des masses aériennes, toutes les régions du noyau solide de la terre se rapprochent, les contrastes se fondent, l'harmonie s'établit entre les productions et les climats non moins que dans l'aspect général de la nature.

Les vents sont aussi de puissants agents géologiques*

Page 1