LES CYCLONES DANS LES DEUX HÉMISPHÈRES
cyclones du nouveau monde se dirigent d'abord vers le nordouest, parallèlement à la rangée des Antilles ou bien aux rivages de la Colombie et de T Amérique centrale, puis, revenant en arrière comme une boule de billard qui tourne sur elle-même en sens inverse de Fimpulsion reçue, ils longent les côtes des Etats-Unis, en décrivant dans les airs une orbite superposée au lit du Gulf-stream.
Dans rhémisphère méridional, c'est le phénomène inverse : les cyclones de l'océan des Indes prennent leur origine au sud de l'Hindoustan, se déplacent au sud-ouest vers la Réunion, Maurice et Madagascar, puis se recourbent brusquement pour se diriger au sud-est vers les mers antarctiques. Le mouvement d'hélice du vent dans ce grand tourbillon s'opère de l'ouest à Test par le nord, c est-à-dire dans le même sens que l'aiguille d'une montre. C'est le mouvement inverse de celui qui se produit dans les ouragans de l'hémisphère du nord.
Quelle est la cause du tourbillon lui-même et d'où vient le changement brusque qui s'accomplit dans sa direction vers la limite extérieure des alizés? Voici, d'après Dove, quelle serait l'explication de ces phénomènes :
Lorsque, sur les déserts de l'Asie et de l'Afrique, d'énormes quantités d'air chaud se sont élevées dans les espaces supérieurs, ces masses aériennes dilatées doivent s'épancher latéralement. Celles qui sont entraînées au-dessus de l'Atlantique boréal, dans la direction de l'ouest, contraire à celle du mouvement de la planète, rencontrent le courant de retour qui s'écoule du sud-ouest au nord-est, en sens inverse des alizés. U en résulte un conflit entre les deux fleuves atmosphériques ; au tourbillon d'air se propage en spirales dans la direction du nord-ouest, sous l'impulsion combinée des deux forces en lutte. En même temps la masse tournoyante, cherchant une issue, descend obliquement vers la surface de la mer, et, comprimée à droite par le souffle des alizés, elle continue à marcher vers le nord-ouest. Arrivé en dehors des tropiques, l'ouragan ne se trouve plus sous la pression latérale du vent de nord-est ; il a devant lui un chemin libre et, sous l'influence du mouvement
de la rotation terrestre, il se replie par une gracieuse courbe dans la direction du nord, puis dans celle du nord-est. Ea môme temps la tourmente qui vient d'entrer dans la zone tempérée élargit graduellement le diamètre de ses spirales et, par suite, perd de sa violence à mesure qu'elle av^ince vers le pôle. Ainsi l'ouragan de 1839, dont la largeur était d'environ 500 kilomètres par le travers des Antilles, s'était dilaté jusqu'à 800 kilomètres au-dessus de la mer des Bermudes, et vers le 50* degré de latitude nord, il n'occupait pas un espace moindre de 1 ,200 kilomètres ; mais aussi ses effets destructeurs avaient diminué en raison de sa dilatation. Le même vent qui vient de raser une ville des Antilles et de briser les navires comme des jouets se contente parfois, lorsqu'il arrive sur les côtes irlandaises, de déraciner quelques arbres et de renverser des pierres déjà branlantes.
Telle est la théorie proposée par Dove et qui semble la plus probable, du moins pour les ouragans de l'Atlantique. Quant aux cyclones de l'océan Indien, ils sont produits peutêtre par le conflit des alizés du sud-est et de la mousson qui se porte vers le continent d'Afrique. M. Bridet n'y voit que le résultat de la rencontre de deux vents accourus l'un de l'équateur, l'autre de l'hémisphère austral. Celui de l'équateur, participant à la grande vitesse angulaire de cette partie du globe, dévie vers l'est à mesure qu'il avance vers le tropique du Capricorne; le vent du sud, emporté moins rapidement autour de la terre, dévie au contraire vers l'ouest, et de ces deux déviations en sens inverse résulte, lors de la rencontre des vents, un mouvement de tourbillon dans le sens de l'est à Touest par le sud. En moyenne, les cyclones de l'océan Indien ont de 400 à 500 kilomètres au commencement de leur course, de 700 à 900 vers le milieu et de 900 à 1,100 vers la fin; leur influence se fait sentir quelquefois jusqu'à 2,000 kilomètres de Taxe de la. tempête. 11 est vrai que souvent deux ou plusieurs cyclones se suivent à peu de distance ; des remous latéraux accompagnent le tourbillon principal, de même qu'à la surface des mers on voit, à côté du grand entonnoir tournoyant, formé par la rencontre des eaux contraires, se creuser plusieurs cer-