LES AURORES BORÉALES
boyantes d'un édifice donl la façade est restée dans les ténèbres. Souvent un deuxième arc lumineux, puis un troisième ou même d'autres encore, s'arrondissent au-dessus du premier, et leurs nappes de feu concentriques brillent jusque dans le haut du ciel. Pendant quelque temps, ces arches de lumière éclairent seules l'espace; mais on voit soudain des rayons colorés s'élancer des arcs vers le zénith en faisceaux convergents. A la base le vert, au centre le jaune d'or, à l'extrémité le rouge pourpre se succèdent régulièrement sur les fusées, ajoutant ainsi à la splendeur de la lumière la beauté des couleurs les plus éclatantes ; souvent aussi, d'après Hansteen, des rayons noirs ou d'un violet sombre alternent avec les baguettes de lumière et les rendent plus éblouissantes par le contraste; pendant une magnifique aurore observée par Maupertuis à la fin du siècle dernier, le rouge était d'une telle intensité que la constellation d'Orion semblait noyée dans le sang. Parfois ces traits si diversement colorés restent longtemps aux mêmes points du ciel ; mais plus fréquemment la variété de leurs formes changeantes est infinie : tantôt les deux bases de l'arcade cessent de reposer sur l'horizon, et la nappe lumineuse ondule et se reploie sur elle-même comme une immense draperie frangée ; tantôt les gerbes de rayons, brusquement arrêtées dans le ciel, semblent se réunir en une coupole d'or; souvent elles sont séparées les unes des autres comme par des colonnes de fumée, et tour à tour les lueurs de l'aurore s'éteignent et se rallument. Les rayons, auxquels les Canadiens donnent le nom de marionnettes ou « de joyeux danseurs » {merry-'dancers) ^ varient incessamment de longueur et d'éclat; la terre elle-même, presque toujours couverte de neige quand brille l'incendie magnétique, apparaît tantôt plus claire, tantôt plus obscure par son contraste avec les gerbes flamboyantes. Au zénith magnétique, vers lequel se dirige le pôle méridional de l'aiguille aimantée, le ciel parait obscur; mais tout autour, les rayons convergents qui viennent de l'horizon du nord, et qui se continuent en s'éloignant les uns des autres vers l'horizon du sud, forment une sorte de couronne. C'est alors le moment le plus brillant du phénomène.
Ensuite l'éclat des arcs et des rayons diminue peu à peu; on les voit (( palpiter » pour ainsi dire, comme si la flamiDe étouffée cherchait à se raviver ; mais elle finit par s'éteindre; il ne reste plus çà et là que des « plaques aurorales » émettant une faible lueur, comme de lointains éclairs d'orage; puis on croit voir encore une vague phosphorescence sur les cirri blanchâtres. D'ordinaire l'aurore magnétique a complètement cessé quand du côté de l'orient commence à se révéler une autre aurore, celle du soleil qui s'approche de l'horizon \
Peltier*, Silbermann et d'autres physiciens pensent que les aurores polaires sont de lentes décharges électriques passant à travers les innombrables petits glaçons des cirrù S'il en est ainsi, la hauteur de l'espace où s'accomplissent ces conflagrations brillantes ne pourrait pas dépasser Taltitude de 10 ou 12 kilomètres à laquelle ces nuelles glacées se montrent encore dans le ciel. D'autres savants, assignant à ces phénomènes une élévation bien plus considérable, pensent qu'ils se produisent en général dans un milieu très-rarëfié, vers les limites supérieures de l'atmosphère, et, comme argument en faveur de leur opinion, ils signalent la remarquable analogie qui existe entre les couleurs éclatantes des arcs et des rayons de l'aurore et celles que les électriciens font passer dans le vide. Après avoir confirmé l'idée de Hansteen, que les aurores boréales ne sont point des arcades de lumière, ainsi que les montre une illusion d'optique, mais bien de véritables anneaux entourant le pôle magnétique et rayonnant à la fois vers toutes les régions circumpolaires de l'ancien et du nouveau monde, Bravais essaya d'en mesurer la hauteur et crut pouvoir conclure qu'elle est en moyenne de 150 kilomètres au-dessus de la surface terrestre. Depuis cette époque, M. Elias Loonais, un des physiciens les plus distingués de l'Amérique du Nord. a comparé et discuté avec le plus grand soin toutes les observations faites en diverses latitudes sur les deux magnifiques aurores boréales du 28 août et du 2 septembre 1859, et le