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LES ORAGES ET LES AURORES POLAIRES

force croissante avant que la flamme jaillisse du rocher; un Violent coup de tonnerre raccompagne et se répercute en longs échos dans l'étroit corridor marin : on dirait qu'une batterie, cachée dans l'intérieur de la falaise, canonne quelque casemate invisible de la muraille opposée. Tels furent les étranges phénomènes dont l'ingénieur géographe Krefting , chargé du levé topographique de la contrée, fut le témoin en 1855. Les habitants du pays ajoutent que, par un beau temps, et lorsque le vent du sud-est n'a pas soufflé de plusieurs jours, on voit sortir de la caverne une fumée d'un gris jaunâtre, qui s'élève en rampant le long du rocher*.

Aurores polaires.

Les orages bruyants et rapides qui déchirent l'atmosphère des régions tempérées, et plus souvent encore celle des régions tropicales, trouvent leur contraste le plus saisissant dans ces longs et silencieux orages des nuits polaires, qui jaillissent on dards de flammes pressés sur la rondeur du ciel. Ce sont les aurores australes et boréales. Lorsque ces illuminations de l'air sont faibles, elles apparaissent comme une nuée blanchâtre ou vaguement lumineuse dans la direction du pôle, et sauvent on ne peut reconnaître l'existence du phénomène que par les mouvements brusques de l'aiguille aimantée. Ces aurores polaires à peine visibles sont fréquentes sous les climats des zones tempérées; mais on n'y contemple que trèsrarement le tableau des gerbes de flammes et des fusées , qui donnent tant de magnificence aux grandes aurores boréales. Dans l'Europe du centre et du midi, nombre de personnes âgées

4. Vibe, Kû9ten von Norwegen. Ergànzungsheft, MiUheiltmgen van Pelermann, 4860.

meurent sans avoir eu jamais le plaisir d'assister à l'un de ces beaux spectacles de la nature. Les seules effluves silencieuses de l'électricité terrestre qu'il leur ait été donné d'apercevoir sont ces vagues lueurs qui s'échappent souvent du sol pendant les nuits sans lune et sans étoiles. Ainsi que le fait remarquer Humboldt, cette clarté 'tellurique devient parfois assez vive, surtout en hiver, lorsque la terre est couverte de neige, pour qu'il soit possible de discerner la forme dès objets à une grande distance, comme à la lumière mourante da crépuscule.

C'est en Ecosse, dans les Shettland, en Scandinavie, dans l'Amérique du Nord et surtout en Laponie, sur les bords de la baie de Hudson, et dans les îles polaires, où régnent de longues nuits de plusieurs semaines et de plusieurs mois, qu'il faut aller contempler ces vastes conflagrations aurorales. En 1838 et 1839, une commission scientifique française, campée sur les bords de l'Alten-Qord, sous le 70* degré de latitude nord, observa, dans l'espace de 206 jours, 153 aurores boréales, sans compte^: 6 ou 7 phénomènes de ce genre restés douteux, et sur ce nombre 64 avaient eu lieu pendant la période nocturne de 70 fois vingt-quatre heures qui s'écoula du 17 octobre 1838 au 25 janvier 1839. Les membres de l'expédition en étaient arrivés à attendre le retour périodique de ces embrasements du ciel comme celui d'apparitions régulières.

Les premières lueurs, encore douteuses, apparaissent à l'horizon du nord comme une aube indécise. Un large segment sombre de nuages, dans lequel Bravais a cru reconnaître la masse des brumes qui pèsent au loin sur la mer, se dessine en noir à travers le ciel, dans la direction du pôle magnétique; mais bientôt une courbe de lumière se montre au-dessus de la strate épaisse des vapeurs, semblable à une arcade immense déployée de l'une à l'autre extrémité de la terre. La lueur, d'un blanc jaunâtre, gagne rapidement en éclat, sans éteindre pourtant le feu des étoiles qui scintillent au travers; elle fulgure, elle ondule et se déplace comme la flamme secouée par le vent; parfois aussi elle se répartit en masses symétriques; on croirait voir les ouvertures flam-

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