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LES HABITANTS DES MERS

Des baleines et d'autres ce lacés dévoraient d'énormes quantirtés de ces gracieuses méduses, aux veines orangées, et, de leur côté, chacun de ces animaux absorbait des myriades de diatomées siliceuses. La quantité de ces organismes inférieurs contenus dans l'estomac de chaque méduse s'élevant certainement à sept cent mille, c'est donc par milliards et par milliards de milliards qu'il faut compter les êtres pullulant dans chaque vague ^ Les marins, accoutumés à voir les innombrables multitudes des méduses, n'y voient que la « crasse de la mer; » et Bacon lui-même, le grand observateur, pensait que ces gelées marines n'étaient autre chose que de « Técume échauffée. » Plus poétiques, les Péruviens de la côte d'Iquique donnent à l'un de ces animaux le nom gracieux d'a(pM viva ou « d'eau vivante*. »

Quelquefois la mer est tellement remplie d^ organismes de vie, qu'on peut la dire animée, saturée, et la couleur en est entièrement changée par des multitudes flottantes. Ainsi, sur les côtes du Groenland, les marins traversent des bandes liquides d'un brun foncé ou d'un vert d'olive, occupant fréquemment 300 et même AOO kilomètres de longueur : ce sont des colliers de diatomées siliceuses ayant en moyenne un sixième de millimètre de diamètre. Ces colliers, renfermés par centaines dans chaque centimètre cube d'eau, sont engloutis par centaines de milliers à chaque bouchée d'une baleine. Dans l'espace compris entre le 74* et le 80* degré de latitude, ces bancs, dont la limite est quelquefois parfaitement tranchée comme si elle avait été tirée au cordeau, occupent, d'après Scoresby, environ un quart de la superficie marine. Ils sont assez nombreux pour être chaque année un des agents les plus importants dans le phénomène de la fusion des glaces à la surface inférieure desquelles ils sont attachés ^ Ailleurs, ce sont d'immenses « serpents de mer, » formés par d'innombrables salpas qui s'attachent les uns aux autres comme les

4. Piazzi Smyth, Teneriffe, pages 5 et 6. %. Bollaert, Aniiquities, p. S56.

3. Voir ci -dessus, p. 46; — Robert Brown, Mitlheikmgen van Pelermann,

molécules d'un même corps ; ou bien, des étendues sans bornes visibles, les unes rouges de sang, les autres blanches de lait Là, ce ne sont pas des bancs d*animaux que traversent les navigateurs, ce sont des mondes, où chaque goutte d'eau renferme autant d'êtres qu'il y a d'étoiles dans la voie lactée. En août i85&, le capitaine Kingman traversa dans l'océan Indien un espace de plus de 40 kilomètres de largeur, dont la blancheur était assez éclatante pour éteindre la lumière des astres; quand la mer d'animalcules fut dépassée, on vit longtemps encore le ciel briller au-dessus comme des lueurs d'une faible aurore boréale. Dix ans après, le navire la Sarthe retrouvait, dans les mêmes parages, une vaste « mer de lait, » où le sillage de la quille se dessinait en noir. Près de Luçon, Freycinet avait traversé une nappe d'eau complètement rouge, dont chaque millimètre cube renfermait 40 millions d'algues microscopiques.

Du reste, le plus étonnant témoignage de la foule innombrable des organismes qui pullulent dans l'Océan n'est-il pas la merveilleuse phosphorescence des eaux due, pour une trèsforte part, aux animalcules vivants? Il n'est pas de voyageur qui, durant les nuits, n'ait observé ces nappes de lumière jaune ou verdâtre qui frémissent sur la mer, ces fusées d'éclairs qui jaillissent de la crête des vagues, ces tourbillons d'étincelles que le taille-mer»des vaisseaux soulève en plongeant, ces ondes flamboyantes qui glissent des deux côtés du navire, pour s'unir en longs remous derrière le gouvernail et transformer le sillage en un fleuve de feu. Dans le port de la Havane, le moindre objet qui agite la surface de l'eau apparaît soudain comme un trait de flamme, et soulève autour de lui toute une série de vaguelettes lumineuses, se propageant en cercles concentriques jusqu'à plusieurs mètres de distance; les embarcations qui voguent sur les eaux, poussées par le mouvement égal des rames, laissent derrière elles la trace d'un immense dragon de feu aux larges pattes étalées. Dans le golfe Persique, nous dit Palgrave, les flots sont tellement lumineux pendant les nuits, que les Arabes attribuent ces reflets aux feux de l'enfer brillant à travers les rochers du fond et la masse trans-

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