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LES BANCS ET LES ILES DE CORAIL

sait en montagne au-dessus de FOcéan a depuis longtemps disparu, et les navires jettent aujourd'hui l'ancre à l'endroit précis où s'est engouffrée la cime; mais autour des anciens rivages recouverts par les flots se développe une ceinture annulaire d'Ilots et de récifs croissant en dehors des eaux comme une muraille vivante : cette bizarre rangée de rivages étroits, disposés en forme de cercle ou d'ovale au milieu de la mer, est un de ces atolls dont la formation a été si bien expliquée par Darwin*. D'après Dana, les grandes îles coralligënes du Pacifique sont au nombre de 290 et comprennent ensemble une superficie de 50,000 kilomètres carrés, soit environ la huitième partie de la surface émergée dans cet océan. Quant aux petites lies de la même origine, on n'a point encore essayé de les compter. Sans exagérer, le roi des Maldives, nom qui signifie îles innombrables, a pu se donner le titre de sultan des treize atolls et des douze mille îles*.

Depuis Strahan, qui découvrit, en 1702, les merveilleux travaux des madrépores, tous les navigateurs ont raconté comment les constructions amenées par les polypes jusqu'à fleur d'eau peuvent se transformer graduellement en terre ferme et se revêtir de végétation. Les vagues brisent les tiges saillantes, soulèvent des fragments de corail mal assujettis et les roulent devant elles jusqu'au point le plus haut du récif. Là se forme peu à peu une plage de débris où déferlent les brisants en apportant du large le sable, les coquillages rompus, les restes des innombrables organismes qui pullulent dans la mer. Enrichi par ces relais du flot, le rivage calcaire se recouvre çà et là d'une mince couche de sol végétal, où tôt ou tard vient germer une graine dont le courant s'était emparé en rasant une terre éloignée. Quelques plantes terrestres embellissent de leur verdure la côte grise et monotone; puis des arbres y prennent racine; des insectes, des vers transportés sur des troncs de dérive comme sur des radeaux peuplent les bosquets naissants; des oiseaux accourent pour y cacher leurs nids

4. Voir^ dans le premier volame, le chapitre intitulé les Oscillations lentes du sol terrestre.

i, Dana, United Slales Expédition.

dans le feuillage; souvent enfin quelque famille de pécheurs, attirée de loin par la beauté du site» vient prendre possession de la terre nouvelle, et construire sa cabane au bord d'une

le da Fip«tti (tu d« Tahiti].

source, qui s'est peu à peu formée dans une cavité par l'écoulement souterrain des eaux de pluie. Telle a été l'histoire de centaines et de milliers d'tles éparses dans l'océan Pacifique et la mer des Indes. II en est qu'on a vues naître pendant le cours de ce siècle. Ainsi l'Ile de Bikri, dans l'atoll d'Ebon, n'atteignait pas encore la surface de l'eau en 1825; en 1860, c'était déjà un rocher émergé d'une quarantaine d'ares, et quelques pendanus semés par les vagues croissaient dans le sable de la plage. D'autres lies, jadis séparées, se sont maintenant réunies pour former une seule terre en croissant, et l'on

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