LA DIVERSITÉ DES MILIEUX
modifier le type primitif de l'homme éloigné du sol natal, et lui substituer un nouveau type plus conforme à la nature ambiante. C'est cette lutte entre le passé et le présent, entre les hommes et le milieu, et non point le récit des batailles d'armées et des crimes de rois, qui constitue la véritable histoire, c'est-à-dire l'évolution de l'homme dans ses rapports avec le globe.
D'ailleurs, lors même que les peuples ne changent point de patrie et ne se mêlent pas avec d'autres peuples, leurs besoins, leurs mœurs se modifient avec les divers changements de l'état social, et, par suite, l'influence de la nature environnante varie avec les siècles. Ainsi les grandes forêts, où le nombre des habitants dépend fatalement de la quantité du gibier, cessent de convenir i l'homme quand il se fait agriculteur; les arbres tombent sous la hache, des clairières sans cesse agrandies sont occupées par les champs de céréales ; le climat change et réagit sur les populations qui se pressent dans les espaces devenus libres. La mise en culture des steppes, des terres basses et marécageuses et de toutes les régions jadis désertes, a également pour conséquence de modifier le milieu et les peuples qui s'y trouvent. Les grands fleuves navigables, avec tout leur réseau de rivières et de canaux, sont à peine utilisés par les tribus sauvages, et, pour n'en citer qu'un exemple, l'immense fleuve des Amazones, le plus magnifique chemin commercial de l'intérieur des continents, cette méditerranée d'eau douce moins périlleuse que la méditerranée d'Europe, n'a guère eu, pendant tous les siècles écoulés, d'influence appréciable sur le développement de la civilisation chez les populations riveraines*. Grâce aux échanges, les rivières, qui pour des hommes primitifs ou n'ayant qu'une civilisation rudimentaire peuvent être des obstacles tout à fait infranchissables, deviennent au contraire pour les peuples policés les principaux agents matériels du progrès, jusqu'à ce que la création de voies artificielles de communication plus rapides ait de nouveau diminué l'impor-