‹ La terreChapitre 396 sur 447 · Oscar Peschel, Ausland, n» Î · texte numérisé non relu

Oscar Peschel, Ausland, n» Î

levés dans les régions glaciales de Taîr, ne peuvent pas plus échapper aux investigations de Thomme que les vastes étendues de la zone arctique et de la zone antarctique. C'est principalement aux Anglais que revient Thonneur d'avoir donné l'impulsion à ce grand mouvement d'exploration des hautes cimes. Il y a déjà cent vingt-cinq ans, Pococke et Wyndbam avaient, pour ainsi dire, découvert le mont Blanc. Depuis cette époque mémorable, ce sont aussi des Anglais qui, dépassant en zèle et en intrépidité les habitants mêmes des Alpes suisses, et, bien plus encore, les montagnards savoyards, italiens et français, ont le plus souvent gravi le mont Blanc et les autres géants des Alpes; ce sont eux qui ont étudié avec le plus d'ardeur la Mer-de-Glace et les divers glaciers des massifs occidentaux, et qui nous ont expliqué la'vérilable topographie des groupes peu connus du Pelvoux, du Grand- Paradis, du Viso; ce sont eux qui, par la fondation du premier Alpine Club, ont fait depuis surgir un grand nombre de sociétés du même genre dans les diverses contrées de l'Europe. Enfin, ne viennent-ils pas aussi d'établir à Lahore un « club de l'Himalaya », dans l'espérance d'arriver un jour à vaincre successivement tous ces grands sommets de l'Asie centrale, doubles en hauteur des colosses de l'Europe?

Conquête de la terre par la culture. — Irrigations des anciens et des modernes.

Bien avant de s'approprier le sol par la science, l'homme avait commencé de se l'approprier par la culture. Les tribus de chasseurs et de pêcheurs, de même que les bergers nomades, n'avaient en rien modifié l'aspect de la terre, et si leur race avait disparu, aucun vestige n'en eût indiqué le passage à la surface des continents; mais dès que les familles,

s'éUiblissant d'une manière permanente à côté des végétaux nourriciers, eurent appris à planter les arbres, à semer les graines et les fruits, l'œuvre de transformation fut inaugurée. Chaque point de la terre où des plantes utiles à Thomme, telles que les céréales et les arbres à fruit, avaient pris la place d'autres végétaux coupés par la hache ou brûlés par le feu, est devenu un centre autour duquel les cultures se sont étendues de proche en proche, et maintenant, grâce aux centaines de millions d'hommes travaillant sans relâche à solliciter les forces productives du sol, d'immenses territoires ont complètement perdu leur physionomie première. On peut évaluer à 1,200 millions d'hectares^ soit environ à la dixième partie de la superficie des continents, l'ensemble des espaces qui sont cultivés par les mains de l'homme et partagés en champs aux contours réguliers. Il est vrai que la plus grande partie de cette vaste étendue est plutôt exploitée par une sorte de pillage que mise sérieusement en culture.

Dans les contrées dont les terrains naturellement salubres et fertiles ne sont point encore habitées par des populations nombreuses, les agriculteurs n'ont que l'embarras du choix, et le sol qu'ils labourent est de ceux qui produisent sans même qu'on ait besoin de le féconder par des engrais. Ainsi, dans les États-Unis, où plus de 350 millions d'hectares de terre inoccupées sont encore à la disposition des citoyens, les colons ne mettent guère en culture que les plaines alluviales, les bords des fleuves, les vallons arrosés par des eaux courantes. En revanche, dans les pays de l'ancien monde, où les populations pressées commencent à manquer de sol nourricier, nombre de terrains, qui seraient dédaignés ailleurs comme infertiles, sont annexés au domaine de la culture et finissent par se couvrir de récoltes. Il n'est point de sols que l'homme, poussé par le besoin, et disposant des immenses ressources que lui donnent la science et le travail associés, ne puisse maintenant transformer en riches campagnes : par le drainage, il fait disparaître les eaux pernicieuses qui refroidiraient la terre et corrompraient les racines des plantes; par l'irrigation, il amène, au temps voulu, l'eau nécessaire au développement de la sève

et des tissus; par les engrais, il enrichit le sol et nourrit la plante; par les amendements, il change la nature du terrain lui-même* L'agriculture, qui jadis se pratiquait comme au hasard, tend de plus en plus à devenir une industrie scientifique; elle le sera tout à fait quand les lois de la chimie, de la physique, de la météorologie, de Thistoire naturelle, seront parfaitement connues*

Parmi les grands travaux agricoles accomplis déjà par la seule ténacité du paysan, même dépourvu des ressources de Tindustrie moderne, il en est de vraiment admirables. Ainsi, quoi de plus étonnant que ces coteaux des bords de la Moselle et du Rhin, du Rhône et de TÂrdèche, ou ces monts de la Provence, de la Ligurie, de la Toscane, de la Morée, de File de Java S qui, de la base au sommet, sont entourés de larges gradins concentriques, tous portant leurs cultures, vignes, oliviers, céréales ou la canne à sucre et des palmiers? Le pic et la pioche ont démoli les roches croulantes, et les débris ont servi à construire cet immense escalier de murailles dont chacune, comme la terrasse d'un jardin, retient la terre végétale et Fempôche de glisser sur la déclivité du roc. Qu'un orage éclatant sur les hauteurs renverse les murs et ravine les terres, dès le lendemain, des paysans sont à l'œuvre pour reconstruire les gradins, tandis que d'autres, et le plus souvent des femmes, rapportent péniblement du bas de la montagne, bottée par bottée, cette précieuse terre qu'avait entraînée la trombe. Combien peu de chose devaient être les célèbres jardins suspendus de Babylone à côté de ces monuments prodigieux du travail humain!

Les pentes des volcans méditerranéens offrent aussi des exemples remarquables de ce que peut faire la tenace volonté du cultivateur. Sur les flancs mêmes de l'Etna, dont la cime se dresse au loin dans la région des neiges, vivent plus de 300,000 habitants. Le sol des champs, ombragé par des multitudes d'arbres fruitiers, n'est que laves et que cendres; mais l'âpre travail de chaque jour en a fait un jardin , qui est

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