‹ La terreChapitre 397 sur 447 · Junghuhn. — Waliace, Malay archipelago, ï, p · texte numérisé non relu

Junghuhn. — Waliace, Malay archipelago, ï, p

la merveille de la Sicile. Le paysan s'est attaqué avec acharnement à toutes les roches et les a conquises pas à pas pour en transformer fa surface raboteuse en terre végétale. Quand la montagne, en s' entr' ouvrant, vomit sa lave sur les cultures et les villages , le travail agricole est tout simplement interrompu. Les familles conservent religieusement leurs titres de propriété, comme si la propriété elle-même n'avait pas disparu; puis, après un laps d'années plus ou moins considérable, dès que les laves refroidies sont recouvertes çà et là de plaques de lichens, le cultivateur se met à l'œuvre pour utiliser les moindres crevasses de la roche qui se prêtent à la végétation. Certaines laves compactes, notamment celle qui détruisit une partie de Catane en 1669, se délitent avec une singulière lenteur ; pour en cultiver durant le cours du même siècle les scories superficielles, il faut les broyer et les mélanger à des terres déjà fertiles; néanmoins le travail finit par en venir à bout : les jardiniers y insèrent les bourgeons des cactus , qui se développent rapidement et cachent la pierre rougeâtre sous l'impénétrable fourré de leurs palettes épineuses, brillant au soleil d'un éclat métallique. Des figuiers, rampant sur le sol, glissent leurs longues racines dans les interstices de la roche. En certains endroits, la vigne même réussit à vivre et à porter des fruits sur ces dures scories, qui semblent autant de blocs de fer. D'autres laves, à cause de la friabilité de leurs cristaux et de la quantité de cendres que leur ont apportée les vents, se prêtent à une culture rudimentaire dans l'espace de quelques années. Telles sont les coulées de Zafiarana, sorties du sein de la terre en 1852 et en 1853, et dans les creux desquelles les habitants des villages voisins plantaient déjà des genêts cinq ans après l'éruption*. Mais que les « cheires » de laves soient friables ou dures, elles n'en finissent pas moins toutes par se transformer en vergers et en jardins. Non moins persévérants que les fourmis, qui rebâtissent sans se lasser leurs buttes détruites par le pied des promeneurs , les paysans de l'Etna recommencent

Page 1