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LES TRAVAUX HYDRAULIQUES

C'est dans les grandes villes surtout que la canalisation souterraine commence à se faire de nos jours suivant le plan le plus systématique. On sait que les ruisseaux et les fleuves d*eau pure deviennent dans nos villes des réceptacles d'immondices. Qu'on aille à Londres, la grande cité dont les trois cent mille maisons renferment près de trois millions et demi d'habitants et qui se relie par d'interminables rues à tant de jeunes villes de banlieue grandissant à vue d'œil, qu'on suive les bords marécageux de cette large Tamise, qui passe entre les immenses ruches humaines, et l'on verra combien le peuple du monde qui sait pourtant le mieux apprécier la nature peut aussi la souiller. A la marée descendante, lorsque le courant du fleuve aux eaux lentes et noirâtres se dirige vers la mer, les bancs d'une vase à demi liquide et remplie de débris en putréfaction se découvrent peu à peu et laissent échapper dans l'air leur odeur nauséabonde : par un sentiment d'horreur instinctive, on s'étonne presque de voir le bleu du ciel et les nuages se refléter dans ces ordures humides. Au retour du flot, lorsque la masse liquide s'arrête, puis s'éleva graduellement et remonte dans la Tamise, les îles de vase cessent d'être visibles, mais la plupart des immondes débris qu'avait emportés le reflux, le flux les apporte de nouveau : un mouvement de va-et-vient promène incessamment ces impuretés sous les yeux des habitants.

C'est ainsi qu'on salit encore le grand fleuve ; quant aux ruisseaux et môme aux petites rivières qui se jetaient dans la Tamise après avoir parcouru une partie de la province qui €st devenue Londres, il y a longtemps déjà que ces cours d'eau ont disparu sous les rues et les maisons pour se transformer en égouts. Et ce qui s'est fait dans la vaste cité britannique se fait également dans toutes les grandes agglomérations humaines ; Paris aussi change la Bièvre, que les coteaux de Saint-Cyr lui ont donnée si pure, en un fossé d'immondices liquides; parfois, lorsque les eaux de la Seine sont basses, on pourrait en extraire une masse solide d'impuretés égale à près du quarantième de tout ce que le fleuve entraine. Partout les groupes d'hommes qu'attiraient les eaux

courantes ont commencé par les souiller, et souvent ils les ont rendues impropres à la boisson ou même tout à fait nuisibles à la santé. Les noms énergiques et grossiers que les habitants du midi de la France ont donnés à quelques-uns des ruisseaux qui traversent leurs grandes villes révèlent l'état de hideuse malpropreté dans lequel se trouvent ces cours d'eau.

Après s'être privées des eaux potables que la nature avait mises à leur disposition, et qui d'ailleurs seraient rarement suffisantes, les villes ont dû s'occuper de les remplacer par des eaux de source ou de rivière amenées à grands frais. Tel est le problème capital qu'il s'agit de résoudre pour le bienêtre des populations qui se pressent de plus en plus nombreuses dans nos vastes cités. Jadis la puissante Rome, qui faisait travailler pour elle les vaincus du monde entier, avait détourné par des aqueducs l'eau de toutes les montagnes voisines et l'avait dirigée vers ses places, où elle jaillissait en abondance d'une multitude de fontaines et s'étalait en larges bassins; elle recevait alors à peu près autant d'eau que la Marne en déverse en temps ordinaire dans la Seine; il en reste encore assez pour que chaque habitant puisse employer à lui seul 941 litres par jour. Bien peu nombreuses actuellement sont les villes modernes qui reçoivent une quantité d'eau aussi considérable en proportion que Tétait celle de l'ancienne Rome; grandissant à l'aventure comme des étourdies, la plupart des jeunes cités n'ont pas encore compris quels étaient leurs besoins les plus impérieux et manquent encore de fontaines inépuisables. Toutefois, leur attention s'éveille de plus en plus, et le xix* siècle ne se passera point sans que la plupart des grandes villes soient abondamment pourvues de l'eau nécessaire à leur alimentation et à leur propreté. Déjà les travaux de ce genre entrepris autour de Marseille, de Paris, de Glasgow, de New-York, de Philadelphie, de Washington, de Chicago, dépassent tout ce qu'avaient fait les Romains, non par la beauté des travaux d'art, mais par la longueur et la capacité des aqueducs, et surtout par l'habileté avec laquelle les ingénieurs ont su triompher des obstacles naturels. Londres reçoit de ses aque-

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