LA PÉNINSULE DE GRAVE
sens leurs travaux de sape et de mine, dénouent ces fascines si habilement tressées, et bondissent par-dessus les constructions pour attaquer la plage qui s'étend au delà.
A la Pointe-de-Grave, la lutte n'a guère été moins vive entre la mer et la volonté de l'homme. Sur la partie du rivage maritime qui s'étend à 2 kilomètres au sud du cap, quatorze épis, semblables à ceux de l'anse des Huttes, s'avancent dans la mer. A la pointe même, l'épi est remplacé par une jetée de 120 mètres de long, composée de blocs artificiels et naturels qu'on a précipités dans les flots du haut des wagons de transport. L'extrémité sous-marine de la jetée se continue au ioin sous les eaux par des entassements de rochers que des chaloupes viennent déposer quand la mer est favorable. Telle est cependant la violence des lames que ces rochers, pesant en moyenne plus de 2 tonnes, sont très-souvent déplacés par la rencontre du jusant et du flot de marée, et sont entraînés en dérive dans la direction du large. Sous le choc des vagues, la jetée elle-même se fendille dans toute sa largeur, et les ouvriers doivent de temps en temps recharger les talus, maçonner les lézardes, consolider les blocs dont l'équilibre est menacé. Parfois aussi les eaux creusent des cavernes sous les rochers de la base : il faut alors descendre à marée basse pour boucher les excavations, en fortifier les abords, en interdire l'approche à l'ennemi.
Irritée de l'obstacle infranchissable que lui oppose le puissant brise-lames de la pointe, la mer s'est acharnée sur la langue de sable qui s'étend en arrière de la jetée. Prenant le rivage à revers, les vagues ont agrandi sans relâche la petite anse du Fort tournée du côté du fleuve, et de iSI\li h 185&, lorsque déjà la plage maritime était à peu près fixée, celle qui fait face à la Gironde recula de plus de 500 mètres, c'est-àdire de 50 mètres par an. Encore quelques années, et la péninsule amincie était complètement percée, le phare et les autres édifices étaient emportés, et la jetée, séparée du continent, n'était plus qu'un écueil battu des flots. Il fallait donc à tout prix fermer le passage à la mer en construisant à l'anse du Fort un brise-lames semblable à celui qu'on avait
déjà construit à l'anse des Huttes. C'est là ce qu'on a fait depuis et ce qui permet enfin de faire succéder la période de simple surveillance à la période de lutte qui avait duré déj«^ vingt années entre l'homme et l'Océan. Les travaux, heureusement complétés, donnent enfin un démenti à la superstition générale qui attribuait aux flots une force irrésistible. La puissance des vagues océaniques, comme celles des ondes aériennes que pousse la tempête, peut être exactement évaluée en tonnes ou même en kilogrammes, et pour vaincre leur effort brutal, l'homme n'a qu'à leur opposer une résistance supérieure, mesurée par ses calculs. Bien plus, il est probable qu'une connaissance approfondie des lois hydrologiques permettra d'utiliser un jour ces mêmes forces auxquelles il est actuellement si difficile de résister : la marée, le jusant, les vagues de tempête, parfois si terribles, auront aussi leur œuvre à faire, et leur action, bien dirigée, deviendra un instrument de l'homme.
Voies de communication naturelles et artîBcielles. — Plages, déserts et savanes. — Rivières, canaux, chemins de fer. — Ponts ot viaducs. — Percement des isthmes. — Canal de Suez. — isthmes de l'Amérique centrale.
Tous les progrès réalisés dans la conquête du sol auraient été impossibles si les peuples ne s'étaient mis en rapport les uns avec les autres par des communications fréquentes; c'est ainsi que les denrées se sont échangées de climat en climat, que les idées sont devenues un patrimoine commun, et que l'intelligence créatrice des travailleurs a pu se développer et grandir.
Les premiers chemins qu'ont employés les hommes pour voyager et transporter leurs produits, sont les routes naturelles qu'offrent les plages de l'Océan, les déserts de sable,