LES VOIES DE COMMUNICATION
d'argile ou de roche dure dépourvue de toute végétation, la surface horizontale ou les longues ondulations des prairies et des savanes. Grâce à ces voies de communication toutes faites, les peuples, que les eaux, les forêts et les montagnes séparaient les uns des autres, ont appris à se connaître; mais les rapports qu'ils avaient entre eux n'en restaient pas moins très-difficiles. Les plages sont coupées de fondrières et d'embouchures fluviales dangereuses à traverser; les déserts, les savanes sont le royaume de la faim, et le voyageur qui s'y aventure sans vivres est certain d'y périr. Depuis des milliers d'années et des milliers de siècles, ces voies naturelles sont toujours aussi périlleuses qu'elles Tétaient lorsqu'on s'y hasarda pour la première fois : c'est par son industrie seulement que l'homme a pu se créer des chemins plus sûrs et plus commodes.
L'invention des radeaux et des barques donna d'autres routes aux peuples; elle leur livra le cours sinueux des fleuves, ces « chemins qui marchent »• C'était un progrès immense pour les communications entre les peuples, puisque chaque rivière avec ses affluents relie les uns aux autres tous les pays de son bassin; mais à son tour, ce progrès a été dépassé. Dans les contrées civilisées de l'Europe, où l'homme se fait peu à peu une nature à son gré, ces cours d'eau capricieux, aux longs méandres, aux périlleux rapides, aux crues soudaines, aux étiages prolongés, ne peuvent plus convenir aux commerçants et aux voyageurs, devenus de plus en plus exigeants pour la vitesse et la régularité. La navigation intérieure diminue, excepté sur les embouchures fluviales qui sont en même temps des estuaires marins, et que l'art de l'ingénieur transforme graduellement en canaux réguliers ayant une grande profondeur normale : c'est ainsi que pour la Clyde, le lit, qui se trouvait, il y a un siècle, à 1 et 2 mètres seulement au-dessous de la surface, est maintenant creusé à 7 mètres et demi, de sorte que les grands navires peuvent toujours remonter librement aux quais de Glasgow. Dans l'intérieur des terres, les voies d'eau naturelles sont abandonnées pour les voies d'eau artificielles dont l'homme
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peut régler la direction et la profondeur à son gré; elles sont abandonnées surtout pour les routes carrossables, construites dans tous les sens à travers le territoire en un immense lacis, et pour les chemins de fer, sur lesquels la vapeur per-
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met d'obtenir une vitesse bien plus grande encore. Déjà, nous l'avons vu % des ingénieurs se sont hasardés à demander nettement la suppression de nos rivières d'Europe, la Loire, la Garonne, le Bhin, comme voies de communication etl'uiilisation de leurs eaux pour l'arrosement des campagnes. « Les rivières ne sont des chemins que pour les sauvages, et le cirilisé reconnaît pour seules voies de transport celles qu'il a créées de toutes pièces. » En effet, les centaines de millions et même les milliarils qu'a coulés la Loire depuis le commencement du siècle, en réparations de digues, de levées et de maisons, en renflouements de bateaux, en cultures reprises, n'auraient-ils pas amplement suffi pour la construction d'un double chemin de fer dans toute la longueur de la vallée et pour un système d'irrigation complet qui eût transformé en un immense jardin ces campagnes, toujours menacées d'un désastre par les eaux grossissantes?
Les voies ferrées sont incontestablement, parmi toutes les grandes inventions modernes, celles qui contribuent le plus