LES CHEMINS DE FER
niquer en tout temps, et maintenant la pression des deux courants commerciaux qui demandent à se rejoindre à travers le rempart des Alpes est si forte qu'il a fallu improviser un chemin de fer de construction spéciale pour attendre la grande voie internationale qui supprime les Alpes entre Paris et Turin.
Les ingénieurs qui percent les montagnes ne craignent pas davantage de suspendre les voies ferrées au-dessus des grands fleuves ou même des bras de mer. Au Canada, un pont-viaduc, long de plus de 3 kilomètres, franchit le Saint- Laurent; non loin de la cataracte du Niagara, un autre pont, portant quatre lignes de chemins de fer, traverse l'abîme dans lequel vient de plonger le fleuve. En Angleterre, le détroit d'Anglesey, les estuaires de la Mersey, de Saltash et d'autres encore sont franchis par de magnifiques ponts-tubes; tôt ou tard, les deux rives du « Phare » de Messine et celles * du canal de Lépante seront réunies aussi par un viaduc où les convois passeront en grondant; le Bosphore subira le pont que déjà Michel-Ange voulait construire. Depuis plusieurs années, les ingénieurs proposent à l'envi de supprimer la lacune du Pas-de-Calais entre le réseau du continent et celui de la Grande-Bretagne, soit en creusant un tunnel au-dessous de la mer, soit en jetant un pont de 30 kilomètres entre les deux falaises. Ce n'est point là un rêve chimérique : l'argent dépensé pour les terribles fêtes de Solferino, de Sadowa ou de Sedan suffirait amplement à cette œuvre. En quelques années, l'industrie aurait reconstruit cet isthme que les flots ont mis des milliers de siècles à détruire.
De même que les détroits ne doivent plus arrêter la locomotive, de même les isthmes ont à s'ouvrir pour la navigation. Déjà les anciens s'étaient essayés dans ces grands travaux, mais leurs tentatives n'aboutirent à aucun résultat définitif. Ainsi les Grecs, et après eux les Romains, du temps de Néron, commencèrent à diverses reprises les tranchées d'un canal entre les deux baies de la mer Ionienne et de l'Archipel que sépare l'isthme de Corinthe. A l'endroit choisi, les terrains à percer n'ont pas même une largeur de 6 kilomètres et s'élè-