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LE PERCEMENT DES ISTHMES

y a près de vingt-cinq siècles, entre le cours du Nil et le golfe de Suez, était plus facile à mener à bonne fin que la percée de l'isthme de Corinthe, car il s'agissait uniquement de tracer, à travers des terres basses, plus populeuses et plus fertiles qu'elles ne le sont aujourd'hui, une rigole de dérivation, apportant à la mer Rouge les eaux douces du fleuve. Darius rouvrit le canal oblitéré. Ptolémée II Philadelphe reprit cette œuvre, longtemps abandonnée, puis à son tour Adrien fit recreuser le canal ; après quelques siècles d'interruption, le calife Omar le fit rétablir par son lieutenant Amrou, et, pendant plus de cent années, cette voie d'eau facilita les échanges entre le delta du Nil et les villes de' l'Arabie. De nos jours, ce canal d'eau douce, recreusé sans peine par les ingénieurs francs, sert non- seulement au transport des denrées entre le bassin fluvial et la mer Rouge, il alimente aussi d'eau pure la ville de Suez, exposée à mourir de soif à cause du manque de fontaines et de pluies, et renouvelle l'ancienne fécondité dans les terres, naguère dépourvues de toute végétation, qui bordent ses deux rives. Mais ce canal, plus utile et certainement plus durable que nos ancêtres n'avaient su le faire, n'est qu'un simple détail dans l'œuvre grandiose commencée en 1854. Le grand canal, auquel on a travaillé pendant seize années, est un véritable bras de mer de 164 kilomètres de longueur, qui rétablit entre la Méditerranée et l'océan Indien l'ancienne communication détruite peu à peu pendant le cours des âges géologiques. Le canal , assez profond pour recevoir les navires d'un très-fort tirant d'eau, assez large pour que les convois de bâtiments puissent s'éviter, est en outre pourvu de vastes ports intérieurs, où peuvent remiser des flottes entières, et de deux magnifiques ports extrêmes, dont l'un, celui de Port-Saïd, est déjà, après celui de Marseille, le plus commode et le plus sûr de toute la Méditerranée. La masse de terre qu'il a fallu déplacer pour ouvrir la route aux navires et creuser le canal d'eau douce n'est pas moindre de 83 millions de mètres cubes, c'est-à-dire que, si l'on entassait tous ces déblais, ils se dresseraient en une pyramide d'un kilomètre de côté à la base et de 250 mètres de hauteur. En outre, il a fallu verser par la

mer Rouge dans les lacs Amers deux milliards de mètres cubes d'eau. Par suite de Tattraction que Fimmense chantier ne pouvait manquer d'exercer sur les populations de l'Egypte et de l'Europe, le désert s'est peuplé et parsemé de jardins et d'oasis ^ deux villes importantes, Port-Saïd et Ismaïlia, ont surgi des sables; près de cinquante mille habitants se sont établis à demeure dans ces plaines , où jadis le voyageur ne s'aventurait qu'en tremblant. Et que sont ces premiers groupes de colons, en comparaison de ceux qui accourront de toutes parts lorsque Port-Saïd et Suez auront tourné à leur profit une grande partie de cet énorme trafic de 6 millions de tonnes qui contourne annuellement le cap de Bonne-Espérance, en allongeant ainsi sa route normale de 12,000 kilomètres par traversée? Certes, on peut bien dépenser 450 millions de francs pour une pareille entreprise, alors que les négociants d'Amsterdam n'ont pas hésité, afin d'épargner à leurs navires le petit détour par le Zuyderzee et le passage du Texel, à faire construire un premier canal de 78 kilomètres à travers la péninsule de Hollande, puis un autre de 27 kilomètres seulement, qui ne leur coûtera pas moins de 60 millions. Ce dernier canal coupe la péninsule à la racine et passe à travers d'anciennes lagunes et les marais de l'Ij, transformées rapidement en de magnifiques polders.

L'ouverture du canal de Suez doit naturellement se compléter tôt ou tard par la coupure de l'un des isthmes de l'Amérique centrale. En 1528 déjà, Cortez, après avoir constaté qu'il n'existe point de détroit entre le golfe du Mexique et la mer du Sud, s'occupait des moyens de le créer en perçant l'isthme de Tehuantepec par un canal de navigation. Depuis que les anciennes colonies américaines, devenues terre libre, sont dégagées des entraves commerciales qui en faisaient le fief de quelques maisons de Se ville et de Cadix, les projets de percement se sont succédé en foule, les uns rédigés au hasard par des ignorants ou des aventuriers sur des cartes de fantaisie, Jes autres étudiés avec tout le soin que permettait d'y apporter la connaissance du pays , et présentés par des hommes d'une valeur scientifique. Les parties de l'Amérique centrale à

ISTHMES DE L'Ali

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