LES ISTHMES DE SUEZ ET DE DARIEN
travers lesquelles les ingénieurs ont fait ainsi passer à Tenvi leurs divers tracés de canaux à écluses ou sans écluses comprennent sans exception tous les étranglements de la grande terre de jonction entre le Mexique et la Colombie. L'istlime de Tehuanlepec, celui de Honduras, la vallée du San- Juan et l'étroite zone de campagnes qui sépare les eaux du Pacifique de celles des deux lacs de Nicaragua et de Managua, l'isthme de Chiriqui, le rio Chagres et Panama, le Darien, faible pédoncule qui rattache au continent du Nord la masse énorme du continent méridional, et qui en certains endroits n'a pas plus de 23 kilomètres, de marée à marée, enfin le bassin de l'Atrato et de plusieurs de ses tributaires ont été tour à tour prônés comme les endroits où devait nécessairement s'ouvrir la grande porte commerciale du monde. D'après M. Jules Flachat, les sommes que demanderait la plus facile de ces diverses entreprises, au nombre de dix-neuf à vingt, celle du Nicaragua, atteindraient au moins le chiffre de 320 millions, et le percement le plus coûteux, celui qui emprunterait le cours de l'Atrato et du Truando, reviendrait à 750 millions de francs. Le commandant Selfridge, de la marine américaine, qui a fait l'exploration la plus complète de l'isthme, et qui propose de faire passer le canal de l'Atrato à la baie de Napipi, sur le Pacifique, fixe le devis de cet immense travail à près de 700 millions. C'est là peu de chose, comparé aux trésors qui se dépensent chaque année pour acheter des armes de guerre et fondre des balles et des boulets; mais c'est beaucoup pour une œuvre d'intérêt universel dont le résultat serait de rapprocher les continents les uns des autres et de hâter le jour de la grande réconciliation.
Puissance industrielle de l'homme. — Le télégraphe électrique. — Prise de possession de la mer. — L'ostréiculture.
Des statisticiens ont calculé qu'en l'année 1860, toutes les machines travaillant dans la Grande-Bretagne au profit de r industrie représentaient une somme d'activité égale à celle de 1,200 millions d'hommes valides : c'est beaucoup plus que la force collective de l'humanité tout entière, car parmi les 1,300 millions d'êtres humains, les trois quarts sont trop faibles, trop jeunes ou trop âgés pour fournir un travail soutenu. Et pourtant cette énorme puissance industrielle de l'Angleterre s'accroît chaque année d'une force équivalente à celle de plusieurs dizaines de millions de « bras » ; en France, en Allemagne, en Italie, aux États-Unis, dans l'Amérique du Sud, en Hindoustan, en Chine, au Japon, en Egypte, dans tous les pays où la civilisation importe ses machines, raccroissement des moteurs appliqués au travail s'accomplit suivant une proportion analogue ou plus rapide encore. Grâce au souffle de l'air, aux courants d'eau, à la vapeur et aux autres agents naturels que l'homme a chargés de son propre labeur, l'industrie achève chaque année une besogne de plus en plus grande et contribue sans cesse plus activement à modifier l'aspect de la planète.
Et que sont les merveilles d'aujourd'hui , comparées à celles que la science nous fournira un jour les moyens d'accomplir? Quand nous pourrons saisir et lier, pour la faire travailler à notre service, la puissance que le souffle continu d'un ouragan des Antilles exerce dans un espace restreint; quand nous pourrons nous emparer de la force d'impulsion développée par les vagues qui se brisent pendant un hiver orageux sur la digue de Cherbourg, ou bien encore des ûots