Cialdi, Sul moto ondoso ael mare, p
comprend que, lorsque des milliers et des millions d'entre elles sont arrêtées brusquement dans les anfractuosités des roches et sur les versants rapides des hauts-fonds, il doit se produire de violents remous qui reparaissent ensuite en (( lames sourdes » à la surface. De là ces mers houleuses que les navires rencontrent parfois par un temps calme, et surtout dans le voisinage des bancs sous*marins; de là ces « lames de fond » qui, tout à fait inattendues, gonflent en un moment la nappe des eaux et mettent les bâtiments en danger; de là ces ras de marée formidables qui jaillissent des pro* fondeurs de TOcéan et remontent soudainement la pente des rivages en détruisant tout ce qu'ils rencontrent sur leur chemin.
C'est au bord des lies et des continents et sur le pourtour des écueils que vagues ordinaires et lames^ sourdes apparaissent dans toute leur grandeur et se dressent vraiment terribles. Par suite de l'inclinaison plus ou moins graduelle du fond vers le rivage, l'onde venue de la haute mer se déroule au*dessus d'un lit de plus en plus rapproché de la surface et doit forcément se ralentir ; mais, en même temps, elle augmente de sa propre épaisseur la couche d'eau qu'elle recouvre, et par conséquent l'onde qui la suit subit un moindre ralentissement dans sa force d'impulsion. La deuxième vague gagne peu à peu sur la première, elle finit par l'atteindre, en gonfle la crête, et, se ralentissant à son tour, donne parfois à une troisième vague le temps de la distancer aussi. Enfin, dans le voisinage de la grève, la masse liquide, grossie des flots qui la poursuivaient, ne peut plus développer sa base sur le fond trop rapproché ; elle prend en hauteur tout ce qui lui manque en amplitude, se redresse comme un mur, replie en avant sa large volute, et s'écroule avec fracas en projetant au loin sur le rivage l'eau mêlée au sable et à l'écume. Ces lames, effrayantes pendant les tempêtes, s'élèvent bien plus haut que les ondes du large : pour les anciens, les flots blanchissants de la haute mer, dont ils voyaient briller les crêtes comme des toisons de brebis, étaient les troupeaux de Protée, tandis que les vagues du bord, encore appelées de nos jours