George P. Marsh , Man and Nature
2. Grove, Address io Ihe BritUh Association, Nottingham, 4866.
qu'une dizaine d'années après celle des premiers chemins de fer; mais, grâce à la simplicité relative qu'offrent les travaux d'établissement des fils, la longueur totale des lignes de télé* graphes dépasse déjà de beaucoup celle des voies ferrées. Moyennant une dépense d'environ un milliard de francs, on a pu tendre entre les diverses stations près de 600,000 kilomètres de fils, et plus d'un million de kilomètres, si l'on compte tous les fils doubles ou multiples des lignes importantes : c'est une longueur égale à celle d'une hélice qui entourerait trente fois la terre à l'équateur. Chaque année, les nouveaux fils qui se déroulent suffiraient à compléter un nouveau tour d'hélice sur la rondeur de la planète : c'est la portée de la volonté humaine qui se prolonge d'autant sur le domaine qu'elle a fait sien par l'industrie.
Ce n'est pas seulement à la surface des continents, c'est aussi dans les profondeurs des mers que le fluide électrique transmet la pensée humaine autour du globe. Par une quinzaine de fils qui reposent sur le lit de la Manche et de la mer du Nord, la Grande-Bretagne est rattachée aux côtes de France, de Belgique, de Hollande; la Scandinavie est reliée directement à l'Allemagne à travers la Baltique; la Sicile, la Sardaigne, sont devenues terres italiennes en dépit de la Méditerranée. On se rappelle encore avec quelle émotion furent accueillis les premiers échanges de pensées dardés d'une rive de l'Atlantique. à l'autre, sous Timmense couche d'eau, profonde de 4,000 mètres et large d'un huitième de la circonférence terrestre. Ces premières paroles que l'ancien monde envoyait au nouveau étaient des paroles de paix et de bonne volonté; tous comprenaient que la grande fraternité humaine venait de s'affirmer d'une manière solennelle ; en dépit des obstacles de toute nature, en dépit des continents, des mers et de l'espace, les peuples épars commençaient à se sentir une âme commune. Après avoir transmis ces paroles de paix, puis griffonné quelques syllabes indistinctes, le câble transatlantique, comme épuisé par ce premier effort et cessant de vivre, pour ainsi dire, refusa tout service aux savants électriciens qui le sollicitaient des deux côtés de l'Océan : le silence reprit
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son empire A travers l'étenJue des eaux. Mais les persévéranis Anglo-Saxons ne sont pas restés sons le coup de la défaite; de nouveau, Ils fabriquèrent des milliers de kilomètres de fil; de nouveau, ils chargèrent leurs ingénieurs et leurs marins les
CABLES éLECTRlQUBS DU PARIS A N8W-Y0RK.
plus habiles de le déposer au fond de l'Océan; puis, avec une anxiété plus grande qu'à la veille d'une bataille décisive, ils virent leur plus beau vaisseau s'éloigner en déroulant le cible qui devait les unir A leurs frères d'Amérique. Nouvel insuccès : le fil se rompit en pleine mer. N'importe, ils en posent un troisième, et le puissant Greal-Easlein accomplit la traversée de l'Ailaniique, sans cesser un instant de communiquer avec les côtes de l'Irlande, comme s'il eût laissé derrière lui un long sillage électrique. Actuellement, trois télégraphes sousmarins rejoignent les continents opposés, et l'on s'occupe d'en placer d'autres encore. Toutefois, des lignes assez courtes n'ont pu être établies d'une manière permanente : les câbles se sont toujours rompus ; ceux de la Méditerranée orientale, de la mer Rouge, de l'océan Indien, ont été aussi très-fréquemment brisés. Une longueur totale de 35,000 kilomètres de fils télégraphiques a été posée au fond delà mer entre les diverses parties du monde, leurs Iles et leurs presqu'îles ; mais il n'existe pas encore une seule ligne continue qui ceigne en entier la rondeur de la planète à travers les masses continentales et les
profondeurs océaniques. La ligne de San*Francisco à Sydney par New-York, Londres, Vienne, Constantinople, Bagdad, Calcutta, Singapore, n*a pas moins de 30,000 kilomètres.
Les grandes choses accomplies déjà sur les bords et dans les gouffres de l'Océan permettent de dire que l'homme en a pris possession. La mer n'est plus aujourd'hui « l'infranchissable abîme », et le marin peut l'explorer dans presque toute son étendue. Près de deux cent mille navires parcourent les eaux entre les rivages des continents et des lies; en certains détroits, comme celui de Gibraltar, passent dans l'année jusqu'à 10 millions de tonneaux de marchandises ; plus d'un million de matelots ont fait leur patrie des vagues redoutées, et la moitié de leur vie se passe loin des côtes sur des embarcations que balance le flot, que secoue la tempête. Les traversées maritimes deviennent de plus en plus fréquentes, et c'est maintenant par centaines de mille que l'on compte le nombre des voyageurs qui se déplacent chaque année de l'un à l'autre bord de l'Atlantique : ils égalent en multitude les passagers qui franchissent, entre la Grande-Bretagne et le continent, les étroites mers du Nord, du Pas-de-Calais et de la Manche. Non-seulement les ports naturels que forment les anses du littoral et les embouchures de rivières sont améliorés par les travaux hydrauliques de toute espèce, mais de nouveaux ports sont ouverts aux navires sur les côtes les plus dangereuses. Ainsi les redoutables écueils de Holyhead , de Kingston, de Howth, et les îlots rocheux de Cherbourg, de Plymouth , ont servi de points d'appui à des jetées et à des digues enfermant de vastes surfaces où les grands vaisseaux trouvent un abri sûr. Ailleurs, comme à l'embouchure du Danube, les deux rives ont été prolongées au loin dans la mer jusque dans les eaux profondes*. A Portland, on a renversé le sommet d'une colline dans la mer pour en construire un énorme brise-lames enfermant tout un golfe où pourraient manœuvrer des flottes entières. On parle même de construire des ports en pleine mer, de même qu'on a déjà établi des
1 • Voir, dans le premier rolume, le chapitre intitulé les Rivières.