LA PRÉVISION DU TEMPS
Bien que les ressources de la civilisation nous aient rendus plus indépendants que nos ancêtres des variations atmosphériques, cependant les intérêts constamment menacés par des modifications imprévues de la température sont immenses, surtout pour les agriculteurs et les marins ; en outre, les chercheurs ont, pour les animer dans leurs études, Tattrait puissant qu'offre la contemplation des lois de la nature. Il est beau de retrouver l'ordre et le rhylhme dans ce qui semblait un pur caprice des éléments et de tracer d'avance dans les airs le chemin de ces forces invisibles dont le conflit incessant produit toutes les variations du temps. Telle est l'ambition que l'on peut avoir désormais. Récemment encore, Arago doutait que l'homme pût en arriver ainsi à voir d'avance les alternatives de la température et des météores; mais de nos jours presque tous les savants, enhardis par les grandes découvertes des dernières années, sont au contraire pleins de confiance et se voient déjà, dans un avenir prochain, maîtres des secrets du temps. Dès l'année 1808, Lamarck proposait la fondation d'un établissement central de correspondance météorologique, afin d'arriver à la connaissance et à la prévision des météores; mais, dénoncé au maître despotique de la France et trouvé coupable d'être « sorti de sa spécialité », il dut renoncer à son plan d'observations comparées. Depuis, l'amiral Fitz-Roy, en Angleterre, MM. Buys-Ballot et Andrau, en Hollande, M. Marié-Davy et d'autres météorologistes en France, ont pu, grâce à l'étude attentive des indices de l'atmosphère et des phénomènes 'météorologiques, se hasarder à prédire le temps deux jours à l'avance, et souvent leurs prévisions, affichées dans les ports du littoral, se sont trouvées justifiées. M. Gibert, de Bordeaux, va plus loin : il annonce les changements de température, des semaines et des mois avant qu'ils se produisent. D'ailleurs la comparaison de l'événement, calme, rafale ou tempête, avec la prédiction ne peut laisser aucun doute dans les esprits : car c'est bien en suivant les chemins des météores dans l'espace, que l'observateur arrive à signaler d'avance les points et les heures où se rencontreront les courants d'air, où se formeront les nuages, où se