LA PRÉVISION DU TEMPS
puissent toujours voguer sans crainte à proximité du rivage : le littoral de la Méditerranée n^est pas moins parsemé de débris que celui de l'Océan, et certains de ces parages, notamment la partie de la courbe qui se développe entre Cette et Marseille, sont tout particulièrement redoutés. Pour diminuer le nombre des naufrages, on s'occupe, avec juste raison, d'améliorer les ports, d'ouvrir des havres de refuge, d'éclairer les côtes par des phares visibles à une grande distance en mer, de signaler les écueils par des bouées et des balises, de converser avec les marins par la télégraphie des sémaphores ; mais c'est avant tout par la connaissance précise des mouvements de l'atmosphère et par la prévision de plus en plus claire des phénomènes du temps que les désastres pourront être évités. La navigation, surtout la navigation à vapeur, qui dispose de l'immense privilège de la vitesse, n'aura plus à braver que bien peu de dangers lorsque l'équipage saura louvoyer entre les tempêtes et que chaque bâtiment sera devenu un observatoire flottant, ainsi que le demandait l'illustre Américain Maury.
A toute époque de l'histoire, les hommes se sont occupés de la prévision du temps. Grâce aux avantages si nombreux que nous donne la civilisation, l'utilité pratique de connaître d'avance les changements météorologiques prochains est devenue moins pressante, car de nos jours nous pouvons nous soustraire partiellement à l'influence de ces variations par nos vêtements, nos demeures, notre nourriture; ainsi que le dit un proverbe américain, le charbon est devenu un « climat portatif ». Certaines personnes, par une vie tout à fait artificielle, en arrivent à ignorer la plupart des météores de l'atmosphère. 11 n'en était pas ainsi pour les peuples antiques. Vivant en plein air ou dans des huttes mal closes, demandant leur existence à la chasse, à la pêche, à l'agriculture ou à l'élève des bestiaux, ils devaient sans cesse interroger l'horizon pour y découvrir les signes précurseurs des vents , des orages et des pluies. Par un examen constant du ciel, les observateurs les plus habiles en étaient arrivés à découvrir d'une manière plus ou moins approximative un grand nombre de
faits qui leur permettaient de pressentir le temps; surtout dans les contrées où les phénomènes de l'atmosphère s'accomplissent avec une assez grande régularité, comme en Egypte et dans les Indes, ceux que l'on appelait les « sages » à cause de leur connaissance des temps et des saisons, apprenaient à pronostiquer avec bonheur des changements prochains de température que rien n'indiquait encore à la foule. Transformées en proverbes qui se répétaient de bouche en bouche, ces prédictions sont en grande partie parvenues jusqu'à nous, et Ton peut juger maintenant du degré de vérité qu'elles offraient dans les différents lieux où elles ont été formulées. Bien des faits mal connus sont constatés depuis des milliers d'années par ces dictons populaires, et ce serait rendre un grand service à la science que de faire un recueil complet de ces paroles éparses de l'enfance des peuples.
Toutefois, dans leur désir de connaître d'avance les changements de température, les hommes n'ont point fait uniquement appel à l'expérience, ils ont cherché à discerner l'avenir dans les mouvements des astres , aussi bien pour les saisons que pour leur propre destinée : c'est par les apparitions et les conjonctions des planètes lointaines et non par les phénomènes mômes de l'atmosphère qu'ils prétendaient arriver à la prescience des variations du temps. Ces chimères de l'astrologie, qui d'ailleurs offraient à d'ambitieux thaumaturges les moyens de dominer les esprits par le prestige du surnaturel, n'ont point encore entièrement disparu de la science et se reproduisent de temps à autre sous un A'êtement d'emprunt plus ou moins scientifique. Sans qu'il soit nécessaire d'affirmer ou de nier l'influence des astres sur les phénomènes de l'atmosphère terrestre, il est certain que, pour atteindre enfin ce grand but de la prévision du temps, il faut procéder avec mélhoile par des observations de plus en plus rigoureuses et complètes, faites sur tous les points de la terre. C'est eu classant les faits particuliers, et en les discutant pour donner à chacun une juste valeur, que l'on découvre successivement les lois générales et que l'on recule de jour en jour le rideau dé])loyé au delà du champ de notre vue.