LE CHANGEMENT DES CLIMATS
sible de leur en fournir; au contraire, on s'est demandé combien d'hommes il serait possible d'entasser les uns sur les autres dans les espaces les plus petits et les plus sombres. Les grandes cités, somptueuses en apparence, doivent être reconstruites presque en entier.
De même dans la campagne, les déboisements à outrance ont eu pour résultat en plusieurs contrées de troubler l'harmonie première de la nature. Par ce fait seul que le pionnier défriche un sol vierge, il change le réseau des lignes isothermes, isothëres, isochimènes qui passent au-dessus du pays. Dans plusieurs districts de la Suède dont les forêts ont été récemment coupées, les printemps de la période actuelle commenceraient, d'après Âbsjiônsen, environ quinze jours plus tard que ceux du siècle dernier. Aux États-Unis, les défrichements considérables des versants alléghanlens semblent avoir rendu la température plus inconstante et avoir £ait empiéter l'automne sur l'hiver, l'hiver sur le printemps. On peut dire d'une manière générale que les forêts, comparables à la mer sous ce rapport, atténuent les différences naturelles de température entre les diverses saisons, tandis que le déboisement écarte les extrêmes "de froidure et de chaleur, et donne une plus grande violence aux courants atmosphériques. D'après quelques auteurs, le mistral lui-même, ce vent terrible qui descend des Cévennes pour désoler la Provence, serait un fléau de création humaine, et soufflerait seulement depuis que les forêts des montagnes voisines ont disparu. C'est là une erreur, car MM. Marié-Davy et Sonrel ont prouvé que le mistral se rattache aux mouvements généraux de l'atmosphère, mais son action est devenue certainement plus destructive. De même les fièvres paludéennes et d'autres maladies endémiques ont souvent fait irruption dans un district lorsque des bois ou de simples rideaux d'arbres protecteurs sont tombés sous la hachée Quant à l'écoulement des eaux, aux conditions du climat qui en dépendeift, on ne saurait douter que le déboisement ait eu pour conséquence d'en troubler la régularité.