LE GULF-STREAM SUR LES COTES D'EUROPE
un courant d*eau froide se porte de Test à l'ouest. Rencontrant sur son chemin la grande lie de la Nouvelle-Zemble, il en recouvre les plages et les écueils d'énormes quantités de glace qui rendent l'île tout à fait inhabitable et ferment les détroits à la navigation. Arrêtées par cette barrière, les eaux du courant glacial sont obligées de refluer, en se dirigeant au nord-ouest vers le Spitzberg, dont elles contournent l'archipel au nord pour entrer ensuite dans les parages du Groenland. C'est là qu'elles commencent enfin à prendre directement le chemin des mers équatoriales : tous les navigateurs qui se sont hasardés au nord-ouest de l'Islande ont reconnu l'existence de ce courant qui longe le littoral jusqu'au cap Farewell; sa vitesse moyenne, d'après Graah et Scoresby, est de 5 à 6 kilomètres par jour.
Au sud du Groenland, la nappe amincie du Gulf-stream doit rencontrer ce courant transversal, et sans doute, par suite du poids plus considérable que lui donne sa forte teneur en substances salines, elle plonge dans les profondeurs pour se changer en un courant sous-marin, qui finit par se mêler complètement aux eaux froides des mers boréales et reflue ensuite vers l'équateur en sens inverse de sa première direction. Ainsi le fleuve d'eau tiède sorti du golfe du Mexique alimente, par ses apports incessants, les contre-courants polaires, et le grand circuit s'établit de la zone des chaleurs à celle des glaces. Peut-être même le reflux du Gulf-stream s'accomplit-il parfois, sous la pression des eaux du nord, par un brusque renversement : c'est là ce qui expliquerait la forte salinité de 35 millièmes que Forchhammer a trouvé dans les eaux du courant polaire à l'est du Groenland.
Ce n'est point seulement dans la large étendue de l'Atlantique boréal, de la Nouvelle-Zemble à l'Islande, que le Gulfstream prend un cours sous-marin, c'est également, paraît-il, dans la mer de Baffin, à l'ouest du Groenland. En effet, du cap Farewell jusqu'à 8 degrés plus au nord, on a constaté l'existence d'un courant littoral qui porte les glaces dans une direction exactement contraire à celle du courant qui suit à l'ouest les côtes du Labrador et qui sert de grand chemin aux banqui-
ses en débâcle ^ On considérait naguère ce courant comme la continuation de celui qui longe du nord au sud les côtes orientâtes du Groenland, et qui se serait brusquement reployé autour du cap Farewell ; mais il est beaucoup plus naturel de penser que le courant polaire continue directement sa route vers le grand foyer d'appel des mers tropicales. Dans ce cas, le courant de la côte occidentale du Groenland serait tout simplement une branche du Gulf-stream, et ce qui le rend presque certain, c'est que les eaux en sont relativement tièdes ; la mer gèle peu sur le littoral qu'elle baigne, et le climat y est en moyenne de 5 degrés plus cbaud que sur les rivages tournés vers l'orient. Vers le 78* degré de latitude, ce courant riverain cesse complètement, et 0*^6$ t là sans doute qu'il redevient sous-marin pour aller peut-être refluer à la surface de la mer libre deKane*.
Du reste si, dans les mers glaciales, les diverses branches du Gulf-stream se changent en contre-courants inférieurs, les courants polaires en font autant plus au sud et deviennent le lit des eaux qui se portent vers le nord. Celles-ci contiennent, il est vrai, plus de substances salines, mais elles sont aussi plus tièdes : alourdies par le sel, elles sont allégées par leur haute température, de sorte qu'une légère différence de chaleur ou de salinité peut en modifier l'équilibre et leur faire changer de position avec le courant polaire. Dans les mers tempérées, où elles sont encore tièdes et fortement salées, elles surnagent; elles s'enfoncent, au contraire, dans les mers glaciales, où elles se sont refroidies et où s'opère le mélange des eaux salées. C'est là ce qui explique le croisement des courants. Au nord du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble, le Gulf-stream est une nappe sous-marine: au sud de l'Islande ce sont les eaux venues du pôle qui coulent dans les profondeurs. Non loin des Ferôer, la sonde peut même indiquer la direction suivie par le contre-courant glacial, grâce aux couches de débris volcaniques qui ont été apportés des côtes de l'Islande et répartis entre le 47* et le 52* degré de latitude nord sur un espace de 25 de-