LA PROFONDEUR DES MERS
auraient pour résultat d'égaliser le fond des océans et d'en transformer les abîmes en dépressions aux pentes à peine marquées ; les eaux, de leur côté, envahiraient graduellement la surface des continents, puis, après des myriades de siècles, la terre redeviendrait ce qu'elle fut jadis, un sphéroïde recouvert sur tout son pourtour d'une couche liquide d'épaisseur uniforme.
Une ancienne opinion populaire, qui, à défaut d'observations directes, n'était pas plus contradictoire au bon sens que tant d'autres hypothèses dites scientifiques, voulait que la mer fût « sans fond », et pour bien des ignorants cette expression proverbiale est encore ce qui répond le mieux à la réalité des choses. Au commencement du siècle dernier, Marsigli luimême parlait de « l'abîme » de la Méditerranée comme d'un gouffre absolument insondable *. En revanche, des mathématiciens, s'appuyant sur des considérations théoriques, ont essayé d'évaluer par le calcul la profondeur moyenne des mers. Buffon, qui ne cite pas l'auteur italien auquel il avait emprunté son raisonnement, donnait à l'Océan une épaisseur d'eau d'un quart de mille, soit 230 toises ou 440 mètres *. L'astronome Lacaille, dont les évaluations ne se rapprochaient pas davantage de celles que les sondages opérés récemment ont rendues probables, donnait à la mer de 300 à 500 mètres de profondeur. Quant à Laplace, évaluant par erreur l'élévation moyenne des terres à 1,000 mètres, c'est-à-dire à trois fois la hauteur déterminée aujourd'hui d'une manière approximative ', il pensait que la couche d'eau marine devait avoir également 1,000 mètres d'épaisseur environ. Evidemment. les recherches basées sur des théories qu'il s'agit d'abord de prouver n'ont qu'une valeur relative, et c'est par l'observation directe que l'on doit arriver un jour à connaître toutes les saillies et les ondulations du fond de l'Océan ; mais les instruments que les marins ont à leur disposition sont encore imparfaits, et, sauf pour les