LES INÉGALITÉS DBS MARÉES
de vue sur d'énormes espaces, qui lors du reflux émergent de nouveau. Ce contraste étonnant dans Tamplitude totale du flot provient de la diflérence de vitesse qu'offre la marche des oscillations dans les mers et dans les baies du littoral. En effet, la grande intumescence soulevée par les astres peut être considérée comme formée d'un très-grand nombre de vagues successives, occupant une largeur considérable à la surface de la mer. En plein Océan, toutes ces rides se déplacent avec une grande vitesse ; mais à mesure qu'elles se rapprochent des rivages, elles ralentissent leur mouvement et par suite doivent gagner en hauteur ce qu'elles perdent en rapidité. A la simple vue de la carte des marées, on peut affirmer d'avance que le flux s'élève de plusieurs mètres dans les golfes où l'on voit les lignes cotidales se presser les unes sur les autres par suite du retardement graduel de la vague d'intumescence.
Sous ce rapport, les faits confirment pleinement la théorie. Le golfe du Bengale, celui d'Oman, la mer de Chine, les échancrures de la côte orientale de la Patagonie, la baie de Panama, celle de Fundy, entre le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse, la Manche et le canal d'Irlande sont des parages où les crêtes d'égale intumescence se poursuivent de très-près, et c'est aussi là que la plus grande étendue de rivages est alternativement couverte et découverte par le flot. Dans le port de Panama, les marées s'élèvent à plus de 7 mètres, cachant et délaissant tour à tour une plage immense dans leur m'ouvement diurne de va-etvient, tandis qu'à 60 kilomètres de distance à peine, sur l'autre rivage de l'isthme, le flux et le reflux sont à peine sensibles ^
Dans la mer d'Oman et la mer de Chine, l'amplitude de la marée d'équinoxe est de près de 11 mètres à l'extrémité des golfes; à l'embouchure de la Severn et dans la grande baie française du mont Saint-Michel, la différence de hauteur entre les malines et les plus basses eaux est