CHAPITRE II. — l'aplatissement DU GLOBE. I
Cassini, adoptant cette conclusion, entreprit de la vérifier. Il aurait fallu, pour le faire d'une façon probante, mesurer deux arcs de méridien séparés en latitude par un grand espace. On pensa qu'il suffirait de relier par une chaîne de triangles Dunkerque à Perpignan, et que la comparaison des degrés au nord et au sud de Paris trancherait la question. Cette opération importante est décrite dans l'Ouvrage intitulé : De la grandeur et de fa figure de la Terre, Paris, 1720. Le degré moyen fut trouvé égal à 56 960 toises au Nord, à 57 097 toises au Sud, ce qui donne raison à Eisenschmidt contre Newton et indique
un allongement de -r • Mais il est reconnu aujourd'hui que de graves
erreurs s'étaient glissées dans la mesure de l'arc du Sud et que le chiffre final repose sur une base des plus fragiles.
Considérant ce résultat comme établi, Mairan entreprit de le justifier théoriquement ('). il déploie beaucoup d'ingéniosité pour mettre en doute la fluidité primitive de la Terre. Ne peut- elle pas, dit-il, avoir été primitivement allongée? Alors la force centrifuge n'aurait fait que diminuer l'allongement sans le détruire. Reste à concilier la forme oblongue avec l'augmentation constatée de la pesanteur vers le pôle. Mairan forge dans ce but une loi compliquée, faisant varier la pesanteur en raison inverse du produit des rayons de courbure principaux en chaque point de la surface.
Newton accordait, avec raison, peu de crédit aux chiffres de Cassini, comme aux raisonnements de Mairan. Dans la troisième édition de son Ouvrage, parue l'année qui précéda sa mort (1726), il maintient la position qu'il avait prise concernant la figure de la Terre. Mais, sous l'influence d'un amour-propre national mal placé, l'opinion publique en France se prononçait fortement pour Cassini. Celui-ci, d'ailleurs, annonçait de nouvelles vérifications. La mesure d'un arc de parallèle par Brest, Paris et Strasbourg, exécutée en collaboration avec Maraldi, de 1780 à 1784, lui semblait décisive. « Ces observations, disait le commissaire de l'Académie, se sont trouvées si favorables au sphéroïde allongé que M. Cassini a eu la modération de ne pas vouloir en tirer toul l'avantage qu'il eût pu à la rigueur et de s'en retrancher une partie. » En réalité, la démon-
(*) Mâirân, Recherches géométriques sur la diminution des degrés en allant de Véquateur vers les pôles. Pari^, 1720.
stration est plus faible encore que celle qui se fonde sur l'arc de méridien.
Jean BernouUi, qui s'était déjà trouvé en conflit avec Newton dans une controverse célèbre, concourait en 1784 pour un prix de l'Aca-
Fig. 3.
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Instrument employé au xviii" siècle pour la mesure des angles géodésiques*
demie des Sciences de Paris. Pour cette double raison, il devait incliner vers l'opinion qui dominait en France. Aussi le voyons-notris s'écrier pour conclure : « Après cette heureuse conformité de not? re théorie avec les observations célestes, peut-on plus longtemps refus .er à la Terre la figure du sphéroïde oblong, fondée d'ailleurs sur la d is-